Ce Jour-là

Ota Benga

Pygmée congolais du peuple des Mbuti

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Ota Benga (ou Otto Bingo à l'état civil américain), né vers 1883 dans la forêt de l'Ituri (bassin du Congo), et mort le 20 mars 1916 à Lynchburg en Virginie, est un Pygmée du peuple des Mbuti déplacé de force et asservi aux États-Unis.

Il est mondialement connu pour avoir été exposé, pendant près de deux ans au début du XXe siècle, dans diverses manifestations internationales, culturelles et scientifiques et même dans des spectacles déshumanisants et particulièrement racistes, en tant que véritable captif, notamment au Zoo du Bronx. Il est libéré le 28 septembre 1906 par le maire de New York, George B. McClellan Jr., grâce aux protestations d'un grand nombre d'Américains scandalisés.

Après sa libération, il doit apprendre à vivre dans la société civile occidentale. Il est hébergé dans des orphelinats puis, après avoir appris l'anglais et s'être vu refaire les dents, part travailler dans une manufacture de tabac en Virginie. Libre mais malheureux, seul survivant de son clan et voyant qu'il lui est impossible de retourner dans son pays d'origine après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, Ota Benga met fin à ses jours.

Il est un symbole du racisme inhumain qui caractérise le XXe siècle aux États-Unis et plus largement dans le monde.

Ota Benga, né vers 1883, est un Pygmée originaire de la tribu des Mbuti, un groupe ethnique d'Afrique centrale équatoriale vivant principalement de la chasse et de la cueillette. Alors qu'il revient de la chasse à l'éléphant, la Force publique (FP) de Leopold II attaque son village, tuant tous les membres de son clan parmi lesquels sa femme et ses deux enfants. Seul survivant, il se retrouve prisonnier des soldats qui le laissent dans un village de Bantous Bashilele. Ces derniers le réduisent en esclavage, l'enfermant dans une cage entre les séances de travail forcé.

C'est ainsi que le découvre Samuel Phillips Verner (en), ancien missionnaire américain devenu explorateur et négociant entre les États-Unis et l'Etat indépendant du Congo. Il est chargé de ramener des autochtones africains pour les présenter à l'Exposition universelle Louisiana Purchase Exposition, qui doit avoir lieu en 1904 à Saint-Louis dans le Missouri. Samuel Phillips Verner acquiert le jeune Pygmée contre des rations de sel, des fils de cuivre et du tissu. Ce dernier fait partie d'un « lot » de douze noirs africains, avec quatre autres Pygmées.

Exposition universelle de 1904

Ota Benga arrive à Saint-Louis aux États-Unis au mois de juin 1904, soit un peu plus d'un mois après l'inauguration de l'Exposition universelle ; Samuel Phillips Verner, tombé malade, ayant dû laisser les Africains à La Nouvelle-Orléans.

L'arrivée des pygmées suscite un vif intérêt auprès des visiteurs américains. Ceci s'explique par l'engouement, à cette époque, pour l'étude anthropologique des Africains, dont les caractéristiques morphologiques et culturelles suscitaient la curiosité d'un public raciste : ces Pygmées sont en effet très petits par rapport à la taille moyenne des Indo-Européens, et leur sourire laisse paraitre leurs dents pointues, rituellement aiguisées. Ota Benga et ses compagnons se produisent devant les visiteurs, entonnant des chants traditionnels et jouant entre autres du « molimo », une sorte de trompette sacrée. Les visiteurs leur donnent des pièces de monnaie pour voir leurs dents si particulières.

Lorsque l'Exposition universelle s'achève en décembre 1904, Ota Benga part en tournée avec Samuel Phillips Verner à travers les États-Unis.

Ayant passé plusieurs années au Congo, Samuel Phillips Verner avait appris à parler le dialecte Tshiluba. Lors de ses visites aux États-Unis, il tenait des conférences, publiait des articles notamment sur les pygmées et était considéré comme un expert du « continent noir ».

Samuel Phillips Verner emmène ainsi Ota Benga dans plusieurs autres grandes villes des États-Unis, notamment à Washington DC pendant l'hiver 1904-5, où Benga découvre la neige pour la première fois de sa vie. Là-bas, il est reçu par l'ambassadeur de Belgique. À Baltimore (Maryland), Ota Benga rencontre le cardinal américain James Gibbons, auquel il raconte son épopée et les actes d'extrême violence perpétrés par les Belges dans son pays d'origine.

À l'issue de cette tournée, Samuel Phillips Verner ramène Ota Benga et les quatre autres Pygmées à La Nouvelle-Orléans, d'où ils doivent embarquer pour rentrer au Congo. Ils arrivent au moment du carnaval de la ville, qui ne manque pas d'intéresser Ota Benga qui se mêle à la fête.

En 1905, Ota Benga et les quatre autres pygmées accompagnés de Samuel Phillips Verner, montent ainsi à bord d'un navire afin de retourner en Afrique. Ils effectuent d'abord une escale d'une durée d'un mois à La Havane (Cuba), et arrivent au Congo en mai de la même année.

À leur retour, les Pygmées tentent d'expliquer à leurs compatriotes leur vécu extraordinaire, mais il leur est difficile de décrire les objets modernes du monde occidental que personne ne connait et ne peut concevoir, comme la photographie ou le train.

Samuel Phillips Verner les a accompagnés afin de partir en expédition pour réunir des objets de valeur, comme de l'ivoire pour les musées américains, avec Ota Benga comme guide et interprète. Ce dernier l'aide à éviter les attaques d'animaux sauvages et à négocier avec la population locale. En contrepartie, l'Américain l'initie au maniement des objets modernes. D'étape en étape, Ota Benga retrouve sa vie d'avant, notamment la pratique de la chasse. Il épouse même une femme Twa. Cependant, cette dernière meurt d'une morsure de serpent, ce qui provoque le bannissement de Benga et son maître Verner par les Twa (qui le considèrent comme un sorcier responsable de la mort de la femme).

Les deux hommes quittent ensemble la région du Kasaï, en juin 1906, et arrivent deux mois plus tard à New York après avoir effectué des escales en Sierra Leone et en Angleterre. Les carnets de voyage de Verner indiquent qu'Ota Benga l'aurait imploré de l'amener sur le navire qui les transporterait une fois de plus vers les États-Unis, en raison de son désespoir de n'avoir pu se réintégrer dans son pays d'origine ainsi que de son envie de s'instruire en Occident.

Muséum américain d'histoire naturelle

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