George Orson Welles [ d͡ʒɔɹd͡ʒ ˈɔɹsən wɛlz], simplement appelé Orson Welles, parfois crédité sous les noms de O. W. Jeeves ou G. O. Spelvin (né le 6 mai 1915 à Kenosha, dans le Wisconsin et mort le 10 octobre 1985 à Hollywood, en Californie) est un artiste américain, à la fois acteur, réalisateur, producteur et scénariste, mais également metteur en scène de théâtre, dessinateur, écrivain et illusionniste.
D'abord révélé à lui-même par le théâtre de Shakespeare, puis rendu célèbre par une émission de radio (La Guerre des mondes), Orson Welles devient une figure incontournable du cinéma avec son premier long métrage, Citizen Kane (1941), que l'ensemble des critiques considère comme l’un des films les plus importants du XXe siècle.
Par la suite, son style cinématographique, mais aussi son jeu d'acteur, exercent une grande influence sur le cinéma des années 1950-1970, en particulier sur Stanley Kubrick. Artiste précoce et polymorphe, farouchement épris de son indépendance, amateur de cigares, de tauromachie et d'illusionnisme, Welles ne cesse tout au long de sa carrière de revenir au théâtre et à la littérature, aux grands textes classiques (Othello, Don Quichotte) comme aux contemporains (Le Procès). Se défiant du système de production et entretenant sa propre légende d'effets à la fois spectaculaires et énigmatiques, il laisse de nombreux films inachevés.
Dans le numéro 500 des Cahiers du cinéma — publié en mars 1996 — dont il avait été invité à être le rédacteur en chef exceptionnel et sur la couverture duquel il figure, Martin Scorsese rend hommage à l'auteur de Citizen Kane en déclarant à propos de l'œuvre d'Orson Welles : « Regardez les films d'Orson Welles, parce qu'il définit à lui seul le cinéma. »
Son père, Richard Heard Welles, est un industriel dilettante et un grand voyageur ; sa mère, Béatrice Welles née Ives, est pianiste. Le fils les décrit ainsi : « Mon père était un bon vivant de l'époque édouardienne qui aimait se dire inventeur. Il était généreux et tolérant, adoré de tous ses amis. Je lui dois une enfance privilégiée et l'amour des voyages. Ma mère était une femme d'une beauté mémorable, elle s'occupait de politique, était championne de tir au fusil, ainsi que pianiste de concert très douée. Je tiens d'elle l'amour de la musique et de l'éloquence sans lesquels aucun être humain n'est complet. »
Le jeune Orson grandit dans une ambiance raffinée et cultivée avec une touche d'excentricité. Les témoignages sur sa précocité abondent : il sait lire à deux ans, apprend à jouer du piano à trois ans et met en scène des pièces de Shakespeare à sept ans. La légende, difficile à démêler de la réalité, veut en effet qu'il ait été un enfant prodige et qu'il ait joué Le Roi Lear tout seul à l'âge de sept ans et accompli d'autres exploits avant cela. Ces « exploits » sont désormais connus : il fait à trois ans une apparition dans Samson et Dalila à l'Opéra de Chicago, puis plus tard dans Madame Butterfly.
En 1919, ses parents se séparent et Orson suit sa mère à Chicago. À dix ans, il interprète Pierre Lapin dans les locaux du centre commercial Marshall Field's à Chicago. Par la suite, le journal local lui consacre un article titré : « Dessinateur, acteur, poète ; il n'a que dix ans ». Ses aptitudes et sa passion pour le monde du spectacle ne s'arrêtent pas là : il se veut également décorateur, metteur en scène et surtout comédien, et ce qu'il préfère avant tout sont le transformisme et les postiches.
À dix ans, il entre comme interne dans une école située à Madison (Wisconsin), où il monte une adaptation théâtrale de Docteur Jekyll et Mister Hyde. Il rencontre le magicien Harry Houdini qui l'initie à l'illusionnisme. Le 15 septembre 1926, il intègre la Todd School for Boys (en), un établissement ouvert aux pratiques artistiques situé à Woodstock (Illinois) et dirigé par Roger Hill (à qui Welles rendra hommage par la suite, au mentor et à l'ami pour la vie). En effet, durant ses quatre années passées à la Todd School (en), il approfondit son goût pour la tragédie et la poésie classique, mais aussi pour l’illusionnisme. Il obtient son diplôme en 1931. Très attaché à cette école, il y retourne durant l'été 1934 pour y monter un festival de théâtre qui donne lieu à son premier ouvrage (premier d'une série de 3 livres écrits en collaboration avec Roger Hill, et publiés en 1934) : Everybody's Shakespeare.
Deux événements personnels viennent ternir l'enfance et l'adolescence d'Orson : il perd sa mère, âgée seulement de quarante ans, le 10 mai 1924, perte suivie six ans plus tard par la mort de son père. Orphelin à quinze ans, il est pris en charge par le pédiatre Maurice Bernstein (qu'Everett Sloane incarne plus tard dans un rôle transposé pour Citizen Kane), un ami de longue date de ses parents qui va continuer à parfaire son éducation : il a discerné en Orson, dès son plus jeune âge, un goût hors du commun pour le théâtre et l'illusion, lui offrant même une lanterne magique et un théâtre de marionnettes.
En 1930, encore étudiant à la Todd School, Orson gagne le prix de la meilleure mise en scène estudiantine avec son Jules César, prix décerné par l'Association dramatique de Chicago. Bernstein lui propose de l'inscrire à Harvard puis le présente à Boris Anisfeld de l'Art Institute of Chicago qui se montre impressionné par ses dessins, et Welles demande un congé sabbatique pour faire un « tour d'Europe ».
Il choisit de partir durant l'été 1930 pour l'Irlande, afin d'étancher sa soif de peinture — de fait, Welles a dessiné toute sa vie. Il parcourt le pays avec une roulotte tractée par une mule, fait un crochet par les îles d'Aran, se rend à Dublin et de là, à Paris. Âgé de seize ans et sans un sou, il revient à Dublin et se présente comme « vedette de théâtre new-yorkaise » à Hilton Edwards (en) et Micheál Mac Liammóir, directeurs du Gate Theatre : Orson se montre très convaincant, car il s'est habilement grimé, et sa voix chaude et grave le fait passer pour plus âgé qu'il n'est. Grâce à cette mystification, il est enrôlé et demeure à Dublin, où il approfondit son expérience de la scène : « Je commençais en jouant les premiers rôles en vedette. Les petits rôles vinrent plus tard. » Le Gate, où débute également James Mason, révèle Welles à son « démon du théâtre ». Il interprète le rôle du duc Charles‑Alexandre dans une adaptation du Juif Süss, mais surtout les rôles titres dans Hamlet, Richard III, King John, Timon d'Athènes, soit une vingtaine de pièces, rencontrant pour la première fois un vrai public. Par intermittence, il est également régisseur son et lumières pour l'Abbey Theatre, le concurrent plus conservateur du Gate.
Ambitieux, Welles décide de partir à la conquête des théâtres londoniens, mais son permis de travail lui est refusé et il retourne à Dublin. Entre deux saisons théâtrales, il effectue un séjour à Séville et se fait passer pour un auteur de romans policiers. Il a déclaré à ce propos : « J'habitais dans le quartier de Triana. J'écrivais des romans policiers, ce qui me prenait deux jours par semaine et me rapportait trois cents dollars. Avec cet argent, j'étais un grand seigneur à Séville ». C'est également durant cette période qu'il se prend de passion pour la corrida. Après avoir découvert l'Andalousie à dix-sept ans, il pratique la tauromachie en tant qu'Aficionado practico, puis la corrida en tant que novillero. Ce sera une de ses passions sa vie durant (voir plus loin).
En 1932, il réalise un premier exercice cinématographique, un essai de dix minutes, mettant en images le Docteur Jekyll et Mister Hyde, mais d'après Joseph McBride, « il ne s'agit que d'un travail amateur et chaotique, dans lequel Welles et quelques amis dublinois s'amusent ». En 1934, il décide de retourner aux États-Unis.
En 1934, après cette immersion dans le théâtre, il retourne aux États-Unis, non sans amertume et quelque peu désœuvré. Le jeune homme possède alors une solide culture littéraire, ainsi qu'une bonne maîtrise des techniques de mise en scène. Pourtant les années 1933-1934 apportent nombre de changements, d'abord par la scène puis par son mariage.