L'ordre cistercien de la Stricte Observance (en latin : ordo cisterciensis strictioris observantiae, en abrégé OCSO), dont les membres sont familièrement appelés trappistes, est un ordre monastique catholique contemplatif issu d'une réforme de l'ordre cistercien au xviie siècle. Il forme, avec l'ordre cistercien (en latin ordo cisterciensis, en abrégé OCist) et les moniales bernardines, la Famille cistercienne ou Familia Cisterciensis vivant selon la règle de saint Benoît et les textes fondateurs de l'ordre.
L'ordre cistercien de la Stricte Observance rassemble en 2023 1500 moines et 1400 moniales, répartis respectivement dans 103 et 72 abbayes ou prieurés.
Aux origines : l'étroite observance de l'ordre de Cîteaux
L'ordre cistercien est né en 1098 avec la fondation de l'abbaye de Cîteaux, qui fondera ou incorporera très vite de très nombreux monastères: dès le début du XIIe siècle, ils s'organiseront selon des principes codifiés dans la Charte de charité. Pourtant, malgré le succès, et en dépit des rappels à l'ordre du chapitre général, dès la fin de ce XIIe siècle de nombreuses abbayes s'éloignent de l'idéal cistercien primitif, en particulier en acceptant d'autres revenus que le travail des frères et en faisant exploiter leurs domaines par des fermiers ou salariés. Avec les années, au fil de diverses calamités comme la peste noire et la guerre de Cent Ans, l'observance des monastères s'était encore plus relâchée. En réaction, dès la fin du XVIe siècle, l'esprit de réforme du concile de Trente se fait sentir dans plusieurs monastères cisterciens. Par exemple, Jean de La Barrière, abbé de l'abbaye de Feuillant, réforme sa communauté et crée une congrégation réformée: les Feuillants, approuvée par le pape en 1586; au début du XVIIe siècle, un mouvement de réforme naît à l'abbaye de la Charmoye, au diocèse de Châlons-en-Champagne. Son abbé, Octave Arnolfini, abbé initialement commendataire avant de devenir abbé régulier (comme plus tard Rancé), gagne à son projet d'autres abbayes de l'ordre, d'abord Clairvaux, puis Châtillon (1605). La même année, indépendamment, Bernard de Montgaillard, un ancien feuillant, rétablit l'observance dans son abbaye d'Orval. En 1616, l'influence de la réforme naissante s'étend à l'ensemble de la filiation de Clairvaux ; chaque communauté garde la liberté d'y adhérer ou non.
À partir de 1618, la réforme s'étend dans l'ordre, qui se divise peu à peu en deux mouvements : celui de « l'étroite observance » (en référence à l'observance de la règle de saint Benoît et des statuts, constitutions et décrets des chapitres généraux de l'ordre cistercien) et celui de la « commune observance ». La réforme touche de plus en plus d'abbayes, comme Sept-Fons ou le Val-Richer. Ces monastères dépendent de l'ordre cistercien, dont une partie est fortement hostile à la réforme.
Dans la mouvance de l'étroite observance, à l'abbaye Notre-Dame de la Trappe à Soligny-la-Trappe, l'abbé de Rancé rétablit également l'observance cistercienne primitive à partir de 1662. L'objectif était de revenir à une vie monastique « authentique » en retrouvant la simplicité et l'austérité originelles de la vie cistercienne, fondées sur la règle de saint Benoît, qui met en avant le travail manuel ainsi que la prière liturgique et personnelle et le silence; mais Rancé augmente considérablement la rigueur des austérités et développe une culture de la mortification. D'autres abbayes suivent un mouvement semblable, comme celle d'Orval, qui devient une des plus importantes d'Europe sous l'impulsion de l'abbé Charles de Bentzeradt - mais qui est plus mesuré que Rancé.
La Révolution française amena la fermeture de toutes les maisons religieuses et donc des monastères cisterciens de France et des régions occupées par elle, comme la Belgique, et la dispersion forcée des moines. Avec la fermeture de Cîteaux, l'ordre cistercien perdait son chef naturel, et, le chapitre général ne se réunissant plus, l'ordre comme tel disparut, même si plusieurs monastères subsistaient hors de France - mais la plupart de la commune observance. Avant la dispersion de sa communauté, dom Augustin de Lestrange, maître des novices à l'abbaye de la Trappe, organisa l'émigration d'une partie des moines vers la Suisse. Des moines d'autres communautés et des moniales y rejoignirent le groupe, lequel fut appelé par la suite les « trappistes ». Les moines s'installèrent à la chartreuse de La Valsainte, les moniales à Sembrancher, où Lestrange établit des règlements minutieux, et qui renchérissaient encore sur les mortifications de Rancé. La guerre et de nombreuses difficultés obligèrent ces moines et moniales à un long voyage à travers la Suisse, l'Europe centrale, la Russie. Ils essaimèrent un peu partout en Europe (Westmalle en Belgique, Lulworth en Angleterre, Darfeld en Westphalie, notamment) et même au Nouveau Monde (États-Unis, Canada). Après l'abdication de Napoléon Ier et sous la Restauration, des cisterciens de cette filiation se réinstallèrent en France.
1892 : la constitution de l'ordre
Partout en Europe, les abbayes disparues se relevaient. En 1836, une congrégation belge se détache des abbayes françaises. En 1847, l'abbaye de Sept-Fons forma une seconde congrégation française, à côté de celle de La Trappe. À la demande du Saint-Siège, les diverses congrégations "trappistes" se réunirent en 1892, prenant le nom d’ordre des Cisterciens réformés de Notre-Dame de la Trappe, élisant un abbé général. Il s'agissait donc, de fait, d'une séparation juridique de l'ordre de Cîteaux, qui avait de facto cessé d'exister avec la suppression par la révolution française de très nombreux monastères et de l'abbaye de Cîteaux, chef d'ordre. Puisque les monastères héritiers de la commune observance avaient de leur côté formé en 1891 le Saint ordre de Cîteaux (O. Cist), il y avait désormais deux ordres cisterciens. En 1899, l'ordre des Cisterciens réformés put racheter Cîteaux et y recréer une communauté. L'abbaye de la Trappe, qui avait donné son nom aux cisterciens trappistes, lui céda donc le rang de tête de l'ordre. Cet ordre s'appelle désormais ordre cistercien de la Stricte Observance (constitution apostolique Haud mediocri, 30 juillet 1902), dont l'abréviation est OCSO..
Évolution aux XXe et XXIe siècles
En 1903, lors de l'expulsion des congrégations l'ordre cistercien de la stricte observance fut un des seuls à être autorisé à continuer à exister sur le territoire français, en raison de sa contribution à l'agriculture française et de sa non-immixtion dans les affaires politiques.
Au XXe siècle, l'Ordre s'est considérablement développé en fondant des maisons en Europe (Italie, Norvège, Royaume-Uni…) et hors d'Europe: en Amérique du Nord (Canada et États-Unis), du sud (Argentine, Chili), en Asie (Israël, Chine, Japon, Philippines), en Afrique (Madagascar, Maghreb, Nigeria, Rwanda…). Alors qu'il était très majoritairement francophone, et même français, il est désormais « globalisé ».
Dans les années 60, le concile Vatican II a suscité un aggiornamento (« mise à jour »), qui était pour une bonne part un retour à la tradition authentique, et qui a eu un impact important dans la vie concrète des monastères. La division des communautés entre religieux et religieuses de chœur et frères ou sœurs converses a été abolie par le décret d'unification de 1963. La liturgie a été profondément transformée, passant, au prix d'un important travail de création, du latin aux langues locales, et du grégorien à des compositions diverses; les messes "privées" ont été remplacées par une concélébration. De façon général, la rigueur et l'uniformité des observances ont été assouplies, avec un recentrement sur les fondamentaux: prière, travail, vie fraternelle: l'alimentation a intégré les œufs et le poisson; un peu partout, on est passé du dortoir commun aux cellules individuelles; et la règle du silence perpétuel et le langage des signes ont fait place à la possibilité des échanges quand ils sont utiles ou nécessaires.
Les communautés ont eu une plus grande latitude pour aménager leur mode de vie concret en l'adaptant à leur contexte particulier - mais toujours en concertation avec l'ensemble de l'ordre. Ce contexte n'est pas étranger à la modification des constitutions, qui a fait progresser l'unité de l'ordre en instaurant un seul et unique chapitre général commun aux moines et moniales, et la parité entre moines et moniales dans le conseil de l'abbé général, la commission centrale et les commissions régionales.