L'opération militaire israélienne au Sud-Liban en 1996, appelé par Israël opération Raisins de la Colère, est une opération de grande envergure déclenchée en avril 1996, d'une durée de 16 jours, visant dans un premier temps les forces du Hezbollah au Liban du Sud, au nord de la partie sous occupation israélienne, puis des infrastructures civiles sur différentes parties du territoire libanais. Le bombardement de Cana, une installation de l'ONU touchée par les obus israéliens, a entraîné la mort de 118 civils libanais ; ce drame constitue un des moments les plus marquants du conflit. Le but déclaré de l'intervention israélienne était de faire cesser les tirs de lance-roquettes multiple du Hezbollah contre des villes du nord d'Israël.
L'armée de l'air israélienne largue en 16 jours plus de 25 000 bombes au cours de plus de 1 100 raids sur le territoire libanais. Ces bombardements ont fait 175 morts et 351 blessés, pour l'essentiel des civils, et ont jeté sur les routes du Liban plus de 300 000 réfugiés. Le nord d'Israël est visé par 639 roquettes du Hezbollah, sans faire de mort.
À la suite de la médiation de la France et des États-Unis, un cessez-le-feu est conclu le 27 avril 1996 pour empêcher davantage de victimes civiles.
Cette intervention militaire est considérée comme un échec pour Israël.
L'opération se produit alors que le Sud-Liban est occupé par Israël depuis 1978, sur une superficie de 700 km2 entre 1978 et 1982, puis de 1 200 km2 soit 10% du Liban, de 1982 à 2000. Ce territoire, que l'État hébreu appelle «zone de sécurité», est habité par 200 000 civils libanais, et contrôlé militairement par des supplétifs de l'armée israélienne, qui forment l'Armée du Liban sud. Par cette zone dite "de sécurité" ou zone tampon, Israël cherche à maintenir la guérilla en dehors de son propre territoire.
Le Liban est aussi, de fait, sous tutelle syrienne. Le Hezbollah libanais, milice islamiste pro-iranienne, est dans une large mesure contrôlé par la Syrie de Hafez el-Assad, qui maintient une présence militaire dans le pays de 35 000 soldats en 1996 ; cette occupation militaire commence en 1976, et se poursuit jusqu'en 2005. La Syrie instrumentalise le Hezbollah, « sa carte maîtresse » dans le cadre de négociations plus larges entre la Syrie et Israël ; la milice armée qui harcèle l'armée israélienne au Sud-Liban lui sert à faire pression sur Israël.
En avril 1996, Israël déjà intervenu militairement au Liban en 1978, 1982, 1993, intervient dans un contexte interne particulier. Shimon Peres est Premier ministre d'Israël et souhaite retrouver les faveurs de l'opinion publique israélienne : d'une part, une série d'attentats-suicides meurtriers commis par le Hamas à Jérusalem fin février 1996 et à Tel Aviv début mars 1996 ont fait 50 victimes civiles ; d'autre part, il doit affronter lors des élections fixées au 29 mai 1996 le nouveau leader du puissant parti de droite le Likoud, Benyamin Netanyahou. Des tirs de roquette du Hezbollah depuis le Sud-Liban « compliquent la situation », selon P.R. Kumaraswamy. L'opposition israélienne se déchaîne. La droite conservatrice et religieuse accuse le gouvernement d’avoir négligé la sécurité de la population civile israélienne habitant à proximité de la frontière libanaise et exposée aux tirs répétés de katiouchas du Hezbollah, notamment à Kyriet Shemona, petite ville de 20 000 habitants tout au nord d'Israël.
Selon le spécialiste du Moyen-Orient P.R. Kumaraswamy le Hezbollah a intensifié ses tirs « en réponse au meurtre présumé par Israël de deux enfants libanais à l'intérieur de ce qu'Israël appelle sa "zone de sécurité" ». Durant une période de 16 jours courant mars 1996, les combattants du Hezbollah parviennent à tuer six soldats israéliens et à en blesser 26 autres dans la zone de sécurité ou à proximité. Par ailleurs le 30 mars, deux hommes sont tués par un blindé de l’armée israélienne à Yater au Liban. Le 8 avril deux enfants libanais sont tués en bordure de la zone de sécurité et le lendemain, la réplique du Hezbollah blesse 13 autres personnes en Galilée.
L’état-major de l'armée israélienne annonce le 10 avril le déclenchement de l’opération contre le Liban qui commence le lendemain.
Shimon Peres déclare « que les objectifs de l’offensive sont de faire pression sur les gouvernements du Liban et de la Syrie — le dirigeant de facto du Liban et le superviseur du Hezbollah — pour qu’ils freinent la guérilla » et dès le premier jour de cette offensive, Ehud Barak annonce que « Le Liban doit exercer sa souveraineté et procéder au désarmement du Hezbollah ». Militairement, le principal objectif est de détruire les capacités militaires du Hezbollah et les empêcher de tirer des Katiousha.
Face à la pression des objectifs du gouvernement israélien, le premier ministre libanais, Rafiq Hariri, répond « que ce serait un suicide politique que le gouvernement réprime le Hezbollah alors que le groupe est considéré comme héroïque pour avoir résisté à 12 ans d’occupation israélienne d’une « zone de sécurité » de 15 kilomètres de large dans le sud du Liban ».
Bombardements par l'aviation israélienne
L’opération militaire israélienne est massive. Des bombardements intensifs font intervenir l’aviation avec plus de 1 000 raids, la marine, l’artillerie et des hélicoptères ; il n’y a pas d’intervention des troupes israéliennes au sol. Les cibles sont dans un premier temps les installations du Hezbollah et de ses combattants dans le sud du Liban et dans la Bekaa. L'armée israélienne cible ensuite les installations et les infrastructures civiles et économiques du Liban sur tout le territoire, y compris à Tyr, à Beyrouth et jusqu’à Tripoli, détruisant des routes, des ponts, des installations portuaires et les centrales électriques alimentant la capitale. Ces destructions conduisent le premier ministre libanais, Hariri, à déclarer que l'objectif d'Israël est de détruire l'économie de son pays.
25 000 bombes sont larguées par l'armée israélienne sur le territoire libanais. Ces bombardements s'accompagnent de victimes civiles dont trois événements majeurs feront basculer l'opinion. Celui de l'attaque de Mansouri (en) est le premier. Ce jour-là, le 13 avril, un hélicoptère israélien détruit une ambulance à quelques kilomètres de Tyr, tuant deux femmes et quatre enfants avec une roquette AGM-114C de fabrication américaine et contredisant les affirmations des officiels israéliens sur la précision des frappes qu'ils qualifient de « chirurgicales » sur des positions chiites. À ce moment-là, près de 25 civils libanais avaient été tués et 85 autres blessés dans le Sud-Liban. À cela s'ajoute déjà près de 200 000 personnes fuyant les bombardements. Le deuxième bombardement causant la mort de plusieurs civils est l'attaque, encore par hélicoptère, du village de Nabatieh dans lequel 9 civils ont été tués. Le troisième, le plus meurtrier, sera le bombardement de Cana.
De son côté, le Hezbollah aurait lancé sur toute la période du conflit, pas moins de 790 roquettes dont 639 tombés sur le territoire israélien sans faire de mort.
Par la voie de messages radio et télévisés, l’armée israélienne somme la population du Sud-Liban à évacuer les villes et les villages pour isoler et frapper les forces du Hezbollah. Plus de 300 000 habitants sont jetés sur les routes et cherchent refuge vers le nord. L’objectif annoncé par le gouvernement israélien est d’annihiler définitivement la capacité militaire du Hezbollah et de forcer le gouvernement libanais à mettre un terme aux activités des milices sur son territoire. Côté israélien 30 000 personnes évacuent la zone frontalière pour échapper aux attaques du Hezbollah.
Le 18 avril peu après 14 h, des tirs d’artillerie issus de deux batteries israéliennes installées sur la frontière avec le Liban frappent pendant près de quinze minutes un camp de la FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liban) situé à proximité du village de Cana où se trouvaient un bataillon de soldats fidjiens, mais aussi près de 800 civils venus y chercher refuge pour fuir les opérations militaires. Bilan : 118 morts, 150 blessés, presque tous des réfugiés libanais.