L'opération Frankton est une opération militaire de la Seconde Guerre mondiale menée par dix hommes d'une petite unité de commandos britanniques, le Special Boat Service des Royal Marines, rattachés aux opérations combinées. Le raid, qui commence le 7 décembre 1942 par la mise à l'eau de cinq kayaks au large de l'estuaire de la Gironde, a pour but l'attaque de forceurs de blocus, des navires de l’Axe, basés dans le port de Bordeaux assurant des liaisons avec le Japon. L'opération est un succès mais huit des dix commandos y perdent la vie, noyés ou exécutés par les Allemands.
L’opération Frankton est conçue pour répondre aux désirs de Lord Selborne, ministre de la Guerre économique du gouvernement de Winston Churchill, qui demande, en mai 1942, qu’on prenne des mesures pour attaquer les navires de l’Axe, basés dans le port de Bordeaux, dont on sait qu’ils forcent le blocus entre la France et l’Extrême-Orient. Ces convois transportent des armes à destination du Japon et reviennent d’Extrême-Orient avec du caoutchouc.
Cette opération audacieuse par sa conception, par le soin de sa préparation et le courage de son exécution, fut l'un des premiers raids des forces alliées en territoire occupé. Lord Mountbatten, vice-amiral et chef des opérations combinées, le considéra comme « le plus courageux et imaginatif de tous les raids jamais menés par les hommes des opérations combinées »[réf. nécessaire].
Le plan consiste, en bref, à ce qu'un officier et onze autres hommes des Royal Marines remontent la Gironde dans de petits canots, ne circulant que pendant la nuit, et placent des mines limpets (explosifs aimantés) sous la ligne de flottaison des navires qu’ils trouveront dans le port de Bordeaux. Les canots seront amenés jusqu'à quelque neuf milles (16 km) de l’embouchure de la Gironde dans un sous-marin effectuant son service normal de patrouille et n’auront pas besoin d’être spécialement conçus.
Dans la soirée du 7 décembre 1942, le sous-marin britannique HMS Tuna met cinq kayaks à l'eau (Catfish, Coalfish, Crayfish, Cuttlefish et Conger) avec ses dix hommes d'équipage au large de Montalivet-Soulac (département de la Gironde). Un sixième kayak (Cachalot) ayant été déchiré lors de la mise à l’eau, l'équipage (William Ellery et Eric Fisher) rentre en Angleterre à bord du sous-marin. Les membres du commando devaient remonter l'estuaire en se cachant le jour, poser des mines sur les navires qu'ils trouveraient et abandonner leurs canots arrivés à Bordeaux. Un des cinq kayaks (Conger) disparaît en passant les remous de l'embouchure. Le Cuttlefish est perdu de vue. Le sergent Wallace et le marine Ewart, du Coalfish, sont capturés à l'aube près du phare de la pointe de Grave où ils étaient parvenus.
À la fin de la deuxième nuit (8-9 décembre), le Catfish et le Crayfish, poursuivant leur raid, sont portés par la marée près du Verdon et obligés de se glisser entre le môle et quatre navires ennemis à l'ancre. Les deux kayaks ne peuvent naviguer que de nuit et avec une marée favorable. Il leur faut passer la journée cachés dans les broussailles de la berge. La nuit du 11 décembre 1942, vers 21 h, les deux kayaks entrent dans le port de Bordeaux et se préparent à exécuter la dernière phase de leur mission. Le Catfish se dirige vers les quais de la rive gauche du port et réussit à fixer des mines magnétiques sur trois grands navires amarrés. Le Crayfish reste sur Bassens en rive droite et pose ses mines sur deux navires amarrés dans le môle. La mission accomplie, les quatre hommes ont seulement quelques heures pour s'enfuir. Les explosions commencent six heures plus tard, le 12 décembre 1942 à partir de 7 heures du matin.
Les quatre hommes descendent la Gironde jusqu'à Saint-Genès-de-Blaye en profitant de la marée descendante et du courant, coulent leurs embarcations et s'enfoncent dans les terres pour entreprendre un voyage de 160 km en zone occupée à pied jusqu'à Ruffec (Charente). Pour plus de sécurité les deux équipes se séparent. Le 14 décembre 1942, l'un des deux groupes (Laver et Mills) est repéré et dénoncé, près de Montlieu-la-Garde. Laver et Mills sont arrêtés et, malgré leur uniforme de l'armée britannique, sont considérés comme des terroristes (et non des militaires). Ils sont fusillés en mars 1943 à Paris.
L’autre groupe (Herbert Hasler et William Sparks (en)), aidé par la Résistance française puis par les réseaux catalans et républicains espagnols, rejoignent Gibraltar le 1er avril 1943, en passant par Blaye, Donnezac, Saint-Germain-de-Vibrac, Saint-Même-les-Carrières, Saint-Preuil, Ruffec (18 décembre 1942), bois de Benest, Marvaux (où ils restent cachés 42 jours), Roumazières, Limoges, Lyon, Marseille, Perpignan, Bañolas, Barcelone, Madrid et enfin Gibraltar.
Les mines ont explosé, quatre cargos, le Tannenfels, le Dresden, l'Alabama et le Portland, sont très sévèrement endommagés. Un Sperrbrecher et le pétrolier Cap Hadid sont également touchés. Les pompiers français du port, sous l’autorité de l’ingénieur Raymond Brard, alias colonel Raymond, du Réseau Triangle-Phidias, sont immédiatement appelés, et selon un rapport français, ils ont contribué délibérément à aggraver les dommages en inondant les navires avec leurs lances afin de les faire chavirer.
Le cargo Tannenfels donne fortement de la bande et ne tarde pas à sombrer. L’arrière du cargo Dresden, dont le blindage et l’arbre porte-hélice ont été transpercés, coule par le fond. Le cargo Alabama est troué par les cinq limpets collés. Le cargo Portland est sérieusement endommagé, le feu causant beaucoup de dégâts. Ultérieurement, le Tannenfels, l'Alabama et le Portland seront renfloués avec l’aide de plongeurs, remontés et mis en cale sèche pour subir d’importantes réparations. On ne sait pas avec précision ce qui arriva au Sperrbrecher et au pétrolier Cap Hadid.
Le destin des hommes du commando
Des dix hommes qui ont participé à la mission, seuls le major H.G. « Blondie » Hasler et le caporal William Sparks ont survécu. Sur les huit autres, deux sont morts noyés, six ont été capturés, puis fusillés. Ils faisaient partie des Royal Marines Boom Patrol Detachment, un des commandos britanniques.
Kayak Catfish (Poisson-chat) :
Major H.G. « Blondie » Hasler (chef du commando) ;
Marine William E. Sparks (Londonien).
La mission accomplie, ils descendent la Gironde jusqu'à Saint-Genès-de-Blaye, coulent leur embarcation, s'enfoncent dans les terres et entreprennent un voyage, en zone occupée, à pied jusqu'à Ruffec (Charente). Aidés par la Résistance française puis par les réseaux catalans et républicains espagnols, ils rejoignent Gibraltar le 1er avril 1943.
sergent Samuel Wallace, soldat de métier qui avait 12 ans de service. Célibataire irlandais originaire de Dublin ;
marine Robert Ewart, Écossais ayant habité Scone, Alloa puis Glasgow, était employé dans une usine de textiles. Lorsque la guerre éclata, il s’engagea dans les Royal Marines Boom Patrol Detachment.