Ce Jour-là

Olivier V de Clisson

Seigneur féodal breton, chevalier et connétable de France

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Olivier V de Clisson, né le 23 avril 1336 au château de Clisson et mort le 23 avril 1407 au château de Josselin, est un grand seigneur féodal breton, représentant le plus illustre de la famille de Clisson, mais aussi comte de Porhoët (Josselin) et baron de Pontchâteau. Bien que longtemps adversaire des rois de France, il est fait connétable de France en 1380 par Charles V, puis est révoqué en 1392. Sa vie est en effet marquée par deux grands retournements, en 1370, lorsqu'il passe du camp du roi d'Angleterre à celui du roi de France, en 1392, lorsqu'il est destitué de ses fonctions à la cour de France.

Fils d'Olivier IV de Clisson, mort en 1343 exécuté de façon arbitraire sur décision du roi Philippe VI, il se range d'abord dans le camp des ennemis des Valois, participant notamment à la bataille d'Auray aux côtés du duc de Bretagne Jean IV et de l'Anglais John Chandos. Puis il se retourne contre le duc pour se mettre au service des rois de France Charles V puis Charles VI. Il est disgrâcié en 1392, lorsque les oncles du roi reviennent au pouvoir à la faveur de sa première crise de folie ; il rentre en Bretagne et se réconcilie en 1396 avec Jean IV, devenant tuteur de son fils et successeur, Jean V.

Il fait preuve d'une exceptionnelle valeur militaire, mais sa cruauté au combat lui vaut d'être surnommé le Boucher[réf. nécessaire]. Sa situation de grand féodal fortuné, impliqué dans les conflits de succession en Bretagne, le plonge au cœur des antagonismes de la guerre de Cent Ans.

Contexte à la naissance d'Olivier V de Clisson

Système politique en France au XIVe siècle

Depuis le Xe siècle, la société d'Europe occidentale est fondée sur les rapports féodaux. À l'origine, les liens de vassalité sont des liens personnels, mais dès le XIe siècle, l'aspect économique l'emporte, et le vassal en rendant hommage convoite des terres confiées par les suzerains, le fief. En outre, il arrive dès l'origine que des vassaux rendent hommage à plusieurs suzerains, pratique devenue générale au XIIe siècle. À cette même époque, les titres de noblesse sont héréditaires. Chaque seigneur dispose de son fief, peut même le vendre ou l'échanger, et aux liens de vassalité se substituent les alliances et les retenues. Le principe de ces dernières est simple : les princes et grands seigneurs rémunèrent leurs alliés en terres, numéraire et avantages. Les nobles prêtent serment successivement à plusieurs suzerains au gré de leurs intérêts. Et pour pouvoir payer ces nouvelles charges, la haute aristocratie a besoin d'utiliser l'argent public. Les seigneurs justifient les levées d'impôts par les guerres qu'ils doivent mener.

Les XIVe et XVe siècles sont l'âge des monarchies, mais aussi celui de l'aristocratie, dont les membres les plus importants sont souvent désignés sous le nom de prince. La très haute noblesse, les pairs, est chargée d'assurer la continuité de l'État en cas de vacance du pouvoir, et d'élire le roi s'il n'y a pas d'héritier direct. Au début de la guerre de Cent Ans, les princes de sang royal sont : les ducs de Bourbon, Robert d'Artois, Charles le Mauvais, puis les frères de Charles V (Jean, duc de Berry ; Philippe II, duc de Bourgogne ; Louis Ier, duc d'Anjou), et plus tard le frère de Charles VI (Louis Ier, duc d'Orléans). Complétant l'aristocratie du royaume de France et bien qu'extérieurs à celle-ci, on trouve les grands seigneurs du Midi (comte d'Armagnac, comte de Foix, familles d'Albret et de Grailly), les ducs de Bretagne et de Lorraine. Le gouvernement est assuré par le Conseil royal.

Dès le début de la guerre de Cent Ans, les échecs français entraînent un changement radical sur les plans militaire et politique. Les armées de mercenaires, plus efficaces, remplacent les levées féodales constituées par devoir vassalique. Ces armées rétribuées nécessitent des fonds toujours plus importants. Pour obtenir des fonds par la levée d'impôts, notamment le fouage, les rois doivent passer par la convocation des États généraux, institution créée en 1302 par Philippe le Bel. Ils réunissent le clergé, la noblesse et la bourgeoisie des bonnes villes. Pour asseoir leur pouvoir, les Capétiens s'appuient sur la suzeraineté directe du roi, court-circuitant les couches intermédiaires de l'aristocratie, y compris les ducs.

Situation du royaume de France

La France au XIVe siècle s'étend sur 200 000 km2, et est le royaume le plus peuplé d'Europe occidentale (environ seize millions d'habitants).

Les Capétiens sont au pouvoir depuis 987, mais il faut attendre le milieu du XIIe siècle pour qu'ils parviennent à s'affirmer face à leurs grands vassaux. Au XIIe siècle, lorsque Henri II Plantagenêt épouse Aliénor d'Aquitaine puis conquiert la couronne d'Angleterre, il est un vassal du roi de France Louis VII, mais le roi d'Angleterre est suzerain de la moitié du royaume de France. Philippe Auguste parvient par la guerre à rétablir sa suzeraineté directe sur la Normandie, la Bretagne, l'Anjou, le comté du Maine, la Touraine et le nord du Poitou et de la Saintonge. Ses descendants confirment ces succès. Jusqu'à la mort de Philippe le Bel, la dynastie est solide, mais en 1328, Charles IV le Bel s'éteint sans descendance. Le roi d'Angleterre Édouard III, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, et le neveu de ce même Philippe le Bel, Philippe de Valois, peuvent prétendre au trône. C'est finalement le second que les pairs du royaume de France choisissent ; il est sacré sous le nom de Philippe VI en 1328.

Début de la Guerre de Cent ans

Édouard III conteste des annexions opérées par les rois de France sur des fiefs continentaux de l'Angleterre, et s'oppose à l'intrusion française en Flandre, région importante pour l'économie anglaise. Cette opposition économique et territoriale se traduit diplomatiquement : vassal du roi de France pour certains de ses fiefs, Édouard III tarde à rendre hommage à Philippe VI. Le roi de France prend prétexte de cet « outrage » pour solliciter auprès du Parlement la levée d'impôts pour la défense du royaume. En 1337, alors que le sacre de Philippe VI n'avait pas fait l'objet de contestations dix ans plus tôt, le roi d'Angleterre, après six ans de négociations sur les contentieux franco-anglais, revendique la couronne de France. Philippe VI saisit l'occasion pour en découdre : la guerre de Cent Ans commence.

Le duché de Bretagne est proche culturellement d'une partie des îles Britanniques et fait partie de la sphère d'influence économique de l'Angleterre, à laquelle il fournit du sel. La Bretagne a eu les Plantagenêt comme suzerain au XIIe siècle, et la Maison d'Anjou profite des conflits entre les comtes de Nantes et les ducs de Bretagne pour prendre la tête du duché en 1156. Entre 1189 et 1204, les Plantagenêt Richard Ier d'Angleterre dit « Richard Cœur de Lion », puis Jean sans Terre s'opposent aux tentatives d'autonomie bretonnes, et la crise culmine avec l'assassinat supposé d'Arthur de Bretagne. Le duché bascule dans le giron capétien lorsque Philippe Auguste parvient à placer Pierre Mauclerc à sa tête.

En 1341, la mort de Jean III de Bretagne sans héritier entraîne la guerre de Succession de Bretagne (ou guerre des deux Jeanne) entre les partisans de Charles de Blois soutenu par le roi de France et ceux de Jean de Montfort soutenu par le roi d'Angleterre.

Olivier V de Clisson (voir en Généalogie pour la numérotation de la dynastie), fils d'Olivier IV de Clisson et de Jeanne de Belleville, naît le 23 avril 1336 dans le château de Clisson.

Son père, qui choisit le camp de Charles de Blois et du roi de France, est gouverneur militaire de Vannes lorsque les Anglais prennent la ville après le quatrième siège de Vannes en 1342. Prisonnier, Olivier IV est conduit en Angleterre et libéré contre une somme relativement peu élevée. Du fait du montant selon eux anormalement faible de cette rançon, le roi de France Philippe VI et ses conseillers soupçonnent Clisson d'avoir intrigué avec le roi Édouard III d'Angleterre. Attiré par traîtrise à Paris, Olivier IV est exécuté par décapitation sur ordre du souverain français le 2 août 1343. Cette exécution expéditive choque la noblesse, la culpabilité de trahison n'étant à l'époque pas publiquement démontrée, puisque la décision a été le fait du roi, sans procès. De plus la notion de trahison ne s'entend pas à l'époque de la même manière pour les nobles : ils revendiquent le droit de choisir à qui rendre hommage, sans pour autant être indigne. Or l'exécution d'Olivier IV de Clisson s'accompagne d'une humiliation posthume : son corps est pendu par les aisselles à des fourches patibulaires au gibet de Montfaucon à Paris, puis sa tête exposée à la porte Sauvetout à Nantes, tandis que le reste de son cadavre est exposé aux portes de Paris, outrages réservés aux dépouilles des grands criminels.

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