Ce Jour-là

Olivier Greif

Compositeur et pianiste français

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Olivier Greif, né à Paris 14e le 3 janvier 1950 et mort à Paris 6e le 13 mai 2000, est un compositeur français.

Élevé dans un milieu favorable (père neuropsychiatre et pianiste, frères polytechniciens), Olivier Greif est marqué par l’histoire de ses parents, juifs polonais installés en France, victimes des persécutions nazies. L’indélébile matricule bleu sur le bras de son père, rescapé du camp d’Auschwitz, apparaîtra dans sa sonate Le Rêve du monde.

Enfant prodige, il commence le piano à l'âge de trois ans et joue sa première composition, Nausicaa (perdue), lors d'une audition des élèves de Lucette Descaves, à l'âge de neuf ans. Un an plus tard, il entre au Conservatoire de Paris (actuel Conservatoire national supérieur de Musique de Paris, CNSM) où il reçoit différentes médailles avant d'entrer à quinze ans dans la classe de composition de Tony Aubin, en court-circuitant les prix d'harmonie, de contrepoint et de fugue, encouragé en cela par le directeur d'alors, Raymond Gallois-Montbrun. Il obtient un Second prix de piano en 1966 et un Premier prix de composition ainsi que de musique de chambre, en 1967. Après un troisième cycle de musique de chambre dans la classe de Jean Hubeau, Olivier Greif part en 1969 pour les États-Unis où il est admis à la Juilliard School de New-York dans la classe de composition de Luciano Berio, dont il devient l’assistant l'année suivante.

Il revient toutefois au Conservatoire de Paris en 1972 dans la classe d'initiation à la direction d'orchestre de Robert Blot, en obtenant en 1974 un certificat de Direction d'orchestre et, quelques années plus tard, un diplôme d'Instrumentation et d'orchestration de la classe nouvellement créée de Marius Constant. Dans les mêmes années, il se produit en tant que pianiste et compositeur dans plusieurs pays d'Europe ainsi qu'aux États-Unis et au Japon, et commence à enseigner, notamment à l'Académie-Festival des Arcs fondée par Roger Godino et dirigée par Yves Petit de Voize. Il mène cette triple activité jusqu'en 1982, avec une notoriété croissante et des commandes de plus en plus nombreuses (Radio Suisse Romande, Théâtre national de l'Opéra de Paris, IRCAM, CNSM). Les premiers interprètes créateurs de ses œuvres sont alors Henri Barda, Nell Froger et Gaëtane Prouvost. En 1976, il fait la connaissance de Dom Jean Claire et engage, avec le chef de chœur de l'Abbaye bénédictine de Solesmes, une correspondance qui se poursuivra jusqu'à sa mort.

Sa rencontre en 1976 avec le maître spirituel indien Sri Chinmoy détermine les années suivantes. Ayant adopté en 1978 le nom Haridas Greif (Haridas : « serviteur de Dieu », en sanskrit), il s'éloigne du milieu musical officiel de 1982 à 1992, consacrant essentiellement cette période à représenter son maître et en créant un chœur amateur, le Sri Chinmoy Song-Waves Choir, avec lequel il fait de nombreux voyages dans le monde entier. Il conserve toutefois quelques activités pédagogiques, de chambriste et de concertiste, donnant des concerts aux côtés des pianistes Henri Barda, Michel Dalberto, Jean-François Heisser, Georges Pludermacher, Bruno Rigutto, des violonistes Augustin Dumay, Raphaël Oleg, Régis Pasquier, Gérard Poulet, Gottfried Schneider, ou encore des violoncellistes Frédéric Lodéon, Roland Pidoux et Christoph Henkel.

À partir de 1991-92, il revient à la composition. Parmi ses interprètes d'alors, on trouve le violoniste Renaud Capuçon, le pianiste Jérôme Ducros, les violoncellistes Henri Demarquette et Jerôme Pernoo, les chanteurs Jennifer Smith, Doris Lamprecht, Stephan Genz, les Quatuors Sibelius, Danel, Vogler, Sine Nomine, ainsi que le chef d'orchestre Jérémie Rohrer. Freiné en 1994 par un cancer du colon puis en 1996 par une pancréatite aiguë, il prend conscience de l'urgence de réfléchir à l'acte même de composer et d'achever son œuvre essentielle, multipliant alors les créations. En 1997 et jusqu'en 1999, il est artiste en résidence à l'Abbaye de La Prée à l'invitation du violoncelliste Dominique de Williencourt et du compositeur Nicolas Bacri. S'étant peu à peu détaché de son engagement spirituel, il y renonce définitivement en 1998 et c'est sous son prénom de naissance, Olivier, qu'il meurt le 13 mai 2000, à l'âge de cinquante ans.

Il est le frère cadet du journaliste et écrivain Jean-Jacques Greif, qui raconte leur enfance dans son roman biographique Sans accent.

Il est enterré au cimetière du Montparnasse (17e division).

Marqué par ses racines juives polonaises, puis par la spiritualité indienne, Olivier Greif compose des œuvres dont une partie importante est en lien avec la Shoah et le thème de la guerre. Son catalogue comporte 361 numéros d'opus entre 1961 et sa disparition. Il écrit de nombreuses œuvres vocales, principalement sur de la poésie anglaise et allemande (Heine, Hölderlin et Paul Celan notamment), mais, pianiste d'exception, compose aussi pour son instrument, entre autres vingt-trois sonates. Il est l'auteur de nombreuses pièces de musique de chambre dont quatre quatuors à cordes, un trio avec piano, trois sonates pour violon et piano, et plusieurs œuvres pour violoncelle. Son œuvre chorale comprend une dizaine de pièces, avec instruments ou a cappella (Requiem). Son œuvre symphonique est plus rare, comprenant un concerto pour violoncelle, un quadruple concerto et une symphonie.

Il est difficile de réduire la musique d’Olivier Greif à un seul aspect, car elle peut être tonale aussi bien qu’atonale ou parfois modale, et emprunter à de nombreux langages, du passé comme contemporains. La catégorie esthétique d’expressionnisme peut paraître la plus juste, comme le propose Emmanuel Reibel, « par son intensité, ses cris déchirants, ses fulgurances, son énergie désespérée, sa volonté de posséder l’auditeur, de le “charrier à terre”». De même, le terme de postmodernité a-t-il été proposé, du fait de son refus des « récits » de la modernité (progrès, complexité, primat de problématiques de langage), et de son emploi systématique de la citation, allant des chants traditionnels aux cantiques ou au jazz, à quoi s'ajoutent de très fréquentes auto-citations. En cela, l’influence de Luciano Berio fut semble-t-il décisive, Greif ayant rencontré celui-ci peu après la composition de Sinfonia, œuvre dans laquelle Berio utilisait des dizaines de citations, venues d’univers différents, notamment de Gustav Mahler. Enfin, l’influence des compositeurs répétitifs américains, Steve Reich en particulier, est notable, et reconnue par le compositeur lui-même : « Ce Finale, avec son caractère motorique et son système d’ajout de notes et d’amplification, trahit l’influence sur le jeune compositeur fraîchement sorti de deux ans passés aux États-Unis que j’étais alors, de la musique répétitive américaine, et plus particulièrement de celle de Steve Reich». Parmi les compositeurs qu'il admirait le plus, on peut citer Beethoven, Berlioz, les romantiques allemands, Mahler, ainsi que Britten et Chostakovitch, les deux compositeurs qu'il citait le plus fréquemment, et auxquels il a rendu hommage (cf. op. 31 et op. 70 ci-dessous). Parmi ses contemporains, il fut proche d'Olivier Messiaen, d'Henri Dutilleux, de son maître Luciano Berio et de son ami Philippe Hersant.

Liste de ses œuvres principales (pour un catalogue chronologique complet, cf. le site oliviergreif.com/catalogue) :

In memoriam [Gustav Mahler] op. 31, 1969

Rondo 42nd Street, op. 33a, 1970

Sonate "Dans le goût ancien", op. 48, 1967/1974 (dédiée à Arthur Rubinstein)

Sonate en trois mouvements, "De guerre", op. 54, 1965/1975

Le tombeau de Ravel op. 56, piano à quatre mains, 1975

Sonate "Trois Pièces sérieuses", op. 289, 1993

Sonate "Le Rêve du Monde", op. 290, 1993

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