L'offensive de Maarat al-Nouman et Saraqeb, baptisée « Aube d'Idleb 2 » par le régime, a lieu lors de la guerre civile syrienne. Elle est lancée le 19 décembre 2019 par l'armée syrienne et l'armée russe dans le sud-est du gouvernorat d'Idleb et l'ouest du gouvernorat d'Alep et est menée contre les forces de l'opposition syrienne, constituées principalement par les djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham et les rebelles de l'Armée nationale syrienne.
Les combats sont à l'avantage des loyalistes, qui s'emparent de la ville de Maarat al-Nouman le 29 janvier, puis de Saraqeb le 8 février. Ils achèvent la reprise totale du contrôle de l'autoroute M5 le 11 février et dégagent la périphérie ouest d'Alep le 16 février. Saraqeb est cependant reprise par les rebelles le 27 février, puis à nouveau reconquise par les loyalistes le 2 mars.
L'offensive du régime syrien provoque la fuite d'environ un million de civils, soit la plus importante vague de déplacés depuis le début du conflit. Intensivement bombardés, les villes et villages qui retombent aux mains des loyalistes sont en ruines et abandonnés par leurs habitants.
L'avancée de l'armée syrienne entraîne à partir de février une intervention de l'armée turque, présente depuis octobre 2017 dans la région d'Idleb où des troupes sont cantonnées dans plusieurs postes d'observations établis dans le cadre des accords d'Astana conclus avec la Russie et l'Iran le 4 mai 2017. La Turquie envoie des renforts et entre en affrontement avec les troupes du régime syrien. Le 1er mars, Ankara annonce le déclenchement d'une opération militaire contre l'armée syrienne, baptisée Bouclier du printemps.
Cette contre-offensive provoque des tensions entre la Turquie et la Russie, inédites depuis leur rapprochement diplomatique en 2016 et la conclusion des accords de Sotchi en 2017. Les deux pays cherchent cependant à éviter la rupture et le 5 mars 2020, ils concluent un accord pour instaurer un cessez-le-feu dans la région d'Idleb.
Le 31 août 2019, la Russie proclame un cessez-le-feu qui met fin à l'offensive de Khan Cheikhoun, dans le gouvernorat d'Idleb. Cependant, des combats ponctuels continuent d'éclater dans la région. Ainsi, entre le 31 août et le 1er décembre, les combats sporadiques font au moins 250 morts chez les loyalistes et 220 morts chez les djihadistes et les rebelles selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), tandis qu'au moins 160 civils, dont 45 enfants, sont tués par des bombardements.
Le 30 novembre et le 1er décembre, des affrontements ont lieu près de Maarat al-Nouman, la deuxième plus grande ville du gouvernorat d'Idleb, peuplée de 150 000 habitants. Quatre villages sont pris par les rebelles, puis reconquis par les forces du régime. Selon l'OSDH, ces combats, les plus violents depuis le début de la trêve, font au moins 51 morts chez les loyalistes et au moins 45 morts chez les djihadistes et les rebelles.
À partir du 16 décembre, les frappes aériennes du régime s'intensifient dans la région de Maarat al-Nouman, provoquant la fuite de dizaines de milliers de civils. Maarat al-Nouman est abandonnée par une large partie de sa population civile. Le 17 décembre, 23 civils sont tués par des frappes menées contre le village de Talmenas.
Offensive loyaliste à Maarat al-Nouman en décembre 2019 et janvier 2020
L'offensive au sol débute le 19 décembre. L'opération est baptisée Aube d'Idleb 2 par le régime. Les 19 et 20 décembre, de violents combats ont lieu au sud de Maarat al-Nouman, faisant au moins 30 morts chez les loyalistes et 51 du côté des djihadistes et des rebelles. Les loyalistes progressent vers Maarat al-Nouman et s'emparent de 25 villages entre le 19 et le 22 décembre. Le 23 décembre, le poste d'observation de l'armée turque à al-Surman se retrouve encerclé par l'armée syrienne. La localité de Jarjanaz est également conquise le même jour par les troupes du régime.
Le 24 décembre, les djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham et d'Ansar al-Tawhid lancent une contre-offensive pour tenter de freiner la progression des loyalistes qui ne sont alors plus qu'à six kilomètres de la ville Maarat al-Nouman. L'attaque est contenue par les troupes du régime qui ouvrent également un nouveau front à l'est d'Idleb, où elles s'emparent de deux villages.
Le 25 décembre, l'armée syrienne s'empare encore de quelques localités, faisant passer à 40 le nombre de villages conquis depuis le début de l'offensive, et est à 4 kilomètres de Maarat al-Nouman.
Le 24 décembre, la Turquie annonce qu'elle est en pourparlers avec la Russie pour obtenir un nouveau cessez-le-feu. Le porte-parole de la présidence turque, İbrahim Kalın, déclare : « Nous suivons de près le processus en vue de mettre fin aux bombardements. Ces bombardements doivent cesser immédiatement à la faveur d'un nouveau cessez-le-feu. C'est notre principale attente de la partie russe ». Le président turc Recep Tayyip Erdoğan affirme pour sa part le 22 décembre que « la Turquie ne peut accueillir une nouvelle vague de réfugiés en provenance de Syrie » et que « les effets négatifs de cette pression que nous subissons seront ressentis par tous les pays européens, à commencer par la Grèce ». Le 26 décembre, le président américain Donald Trump appelle la Russie, la Syrie et l'Iran à cesser le « carnage », tout en saluant le rôle de la Turquie. La France demande également une « désescalade immédiate ».
Le 1er janvier 2020, un missile balistique doté d'une ogive à sous-munitions tirée par l'armée syrienne frappe une école à Sarmin (en), causant la mort de 12 civils, dont deux femmes et cinq enfants, et faisant 13 blessés. Le 5 janvier, neuf autres civils sont tués à Ariha.
Le 9 janvier 2020, la Russie annonce l'entrée en vigueur d'un nouveau cessez-le-feu dans la région d'Idleb après la conclusion d'un accord avec la Turquie.
Cependant, les raids aériens se poursuivent. Le 11 janvier, au moins 18 civils sont tués par des frappes aériennes du régime sur les villes et localités d'Idleb, Binnish et Neirab (en). Le 15 janvier, au moins 19 autres civils sont tués par un raid sur la ville d'Idleb. Le 23 janvier, au moins huit civils, dont cinq enfants, sont tués dans des raids russes à Saraqeb et Arnaba.
Des combats au sol éclatent également ponctuellement. Dans la nuit du 15 au 16 janvier, les troupes du régime s'emparent de deux villages près de Maarat al-Nouman au terme de combats qui font au moins 29 morts chez les loyalistes et 26 du côté des djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham.
Les 25 et 26 janvier, les troupes du régime font une nouvelle poussée : elles s'emparent de sept villages et atteignent les abords de la ville de Maarat al-Nouman. Le tronçon d'autoroute entre Maarat al-Nouman et Saraqeb, au nord, est également coupé. Au matin du 27 janvier, Maarat al-Nouman est presque encerclée : les loyalistes tiennent les villages au nord et à l'est de la ville et accentuent la pression sur son flanc ouest. Plus au nord, l'armée syrienne tente également d'avancer dans la région de Saraqeb et dans l'ouest du gouvernorat d'Alep. Le 28 janvier, les troupes du régime entrent dans Maarat al-Nouman et prennent rapidement le contrôle de plus de la moitié de la ville, laquelle est alors abandonnée par la majorité de ses habitants. Des combats ont lieu, mais le gros des forces djihadistes et rebelles battent rapidement en retraite. Le matin du 29 janvier, Maarat al-Nouman est entièrement aux mains du régime. Les loyalistes contrôlent alors 40 % du gouvernorat d'Idleb.