Nuit debout est un ensemble de manifestations sur des places publiques, principalement en France, ayant commencé le 31 mars 2016 à la suite d'une manifestation contre la loi Travail.
Ce mouvement social est pluriel et cherche à construire une « convergence des luttes ». Sa revendication initiale, le refus de la loi Travail, s'élargit à une contestation plus globale des institutions politiques et du système économique.
Créé à l’issue d’une réunion publique organisée par François Ruffin à l'époque journaliste, le mouvement fonctionne ensuite sans leader ni porte-parole. Il est organisé en commissions et les prises de décisions se font par consensus lors d'assemblées générales, suivant les principes de la démocratie directe.
Le mouvement s'étend sur une centaine de villes, certaines organisant des assemblées quotidiennes. L'affluence aux assemblées baisse à partir de fin mai 2016.
Le 17 mars 2016, entre 69 000 et 150 000 personnes manifestent en France pour protester contre la loi Travail, à l'appel d'organisations de jeunesse. La contestation prend de l'ampleur deux semaines après, le 31 mars 2016 lorsque, soutenues par des syndicats de salariés, les manifestations rassemblent entre 390 000 et 1,2 million de personnes. Cette contestation ne se limite pas au projet de loi, les manifestants se disant surtout « déçus par la gauche ».
Les conséquences sécuritaires des attentats du 13 novembre 2015 font alors pleinement partie du contexte politique en France.
Le mouvement tire son origine d'une rencontre publique organisée à la bourse du travail de Paris le 23 février 2016, notamment par François Ruffin, rédacteur en chef du journal de critique sociale Fakir et réalisateur du film alors en salles Merci Patron !. Elle est motivée par la « lutte contre l'oligarchie ». Cette rencontre, baptisée « Leur faire peur » et motivée par les réactions du public au film Merci Patron !, a pour but de faire « converger des luttes dispersées, qu'il s'agisse de celle contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, de celle des ouvriers de Goodyear, de celle des profs contre la réforme des collèges, etc. ».
Après la manifestation du 31 mars, le mouvement occupe la place de la République.
Le « collectif de pilotage », une quinzaine de personnes, réunit Johanna Silva du journal Fakir, Loïc Canitrot, intermittent de la compagnie Jolie Môme, Leïla Chaibi du collectif Jeudi noir et adhérente du Parti de gauche (PG), une syndicaliste d'Air France également au PG, un membre de l'association Les Engraineurs, ou encore un étudiant à Sciences Po, l'économiste atterré Thomas Coutrot et Nicolas Galepides de Sud-PTT.
Le collectif refuse d'établir une plateforme revendicative mais dénonce « des réformes de plus en plus rétrogrades », un « déni démocratique » et lance un appel pour construire un « projet politique ambitieux, progressiste et émancipateur ». Une cagnotte lancée sur Internet récolte 3 000 euros. L'association Droit au logement offre son aide, notamment juridique et pratique et tente d'encadrer la place, l'organisation altermondialiste Attac et l'union syndicale Solidaires se joignent également au collectif, bien qu'étant organisations politisées d'encadrement habituel des mouvements sociaux.
C'est l'économiste Frédéric Lordon qui est sollicité par le collectif d'initiative pour ouvrir cette première nuit parisienne du 31 mars. Il y prononce un discours, notamment sur la convergence des luttes, qui se conclut ainsi : « Apportons-leur la catastrophe. » Lors de ses différentes prises de parole, Frédéric Lordon expose ses idées, telle celle d'un mouvement social généralisé à tous les secteurs de la société, idée développée notamment dans un article publié dans Le Monde diplomatique de mars 2016, intitulé « Pour la république sociale ».
Ainsi naît le mouvement, présenté comme citoyen et pacifique. Mais le collectif se reconnaît rapidement « dépassé » par le succès et l'ampleur de la mobilisation et passe la main à un mouvement horizontal et qui n'a pas de représentant.
Des structures s'organisent progressivement à Paris pour tenir la place de la République le plus longtemps possible : accueil, infirmerie, cantine, nettoyage, campement.
Des rencontres s'opèrent entre les participants de profils divers (étudiants, ouvriers, précaires, chômeurs, universitaires, migrants).
Différentes formations politiques se joignent au mouvement, mais la récupération politique semble discrète. Olivier Besancenot, ancien porte-parole du Nouveau Parti anticapitaliste, et Julien Bayou, porte-parole d'Europe Écologie Les Verts (qui y convie même Yánis Varoufákis), viennent régulièrement participer à Paris, mais en leur nom propre, et non en celui de leurs partis politiques.
Le mouvement se répand dès le 5 avril dans plusieurs villes de France, puis continue à croître. Toutefois, il peine dans un premier temps à s'étendre en banlieue. Les premiers jours, quelques habitants de Seine-Saint-Denis participent au rassemblement de Paris avant que des Nuits debout ne soient organisées à Montreuil, Saint-Denis, Saint-Ouen et Marne-la-Vallée.
Le 8 avril, le mouvement s'exporte en France d'outre-mer à Saint-Denis (La Réunion). À cette date, en comptant les mouvements réguliers, mais aussi les initiatives irrégulières liées au mouvement, le journal Ouest-France relève plus de cinquante villes concernées.
Lors de la seconde semaine d'occupation à Paris se posent les questions de la structuration du mouvement ainsi que de la précision de ses objectifs. Le 12 avril, lors d'un débat public, l'anthropologue David Graeber et l'économiste Frédéric Lordon s'interrogent sur les relations entre démocratie horizontale et diagonale nécessitant d'organiser des « débats stratégiques » pour éviter que le mouvement ne tombe dans une « dynamique nombriliste et régressive ». Frédéric Lordon précise que « les porte-parole ne [lui] posent aucun problème s'ils sont élus, mandatés, contrôlés et révocables ».