Ce Jour-là

Nouvelle-Calédonie

Collectivité spéciale et archipel français en Océanie

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La Nouvelle-Calédonie est un ensemble d'îles et d'archipels français, faisant partie de la Mélanésie et de l'Océanie lointaine. Située en mer de Corail, une mer bordière de l'océan Pacifique sud, sa superficie terrestre totale est de 18 575,5 km2, et son île principale, la Grande Terre, est longue de 400 km et large de 64 km. Sa principale commune est Nouméa, seule grande ville de l'archipel. Le Grand Nouméa (avec les communes voisines de Païta, Dumbéa et Mont-Dore) compte 173 814 habitants, soit un peu moins des deux tiers des 264 596 personnes peuplant l'archipel.

La Nouvelle-Calédonie relève de la souveraineté française depuis 1853. Administrée sous le statut de collectivité sui generis (code géographique 988), elle regroupe trois provinces à vaste champ de compétence ayant elles-mêmes chacune le statut de collectivités territoriales de la République française. C'est un pays et territoire d'outre-mer de l'Union européenne, elle ne fait donc pas partie de l'espace Schengen.

Son statut institutionnel actuel lui reconnaît un degré fort d'autonomie et le droit à l'autodétermination, suivant un processus original de décolonisation et de construction d'un destin commun entre le peuple autochtone, les Kanaks qui représentent 41 % de la population, et les autres communautés de l'archipel tels les Européens anciennement établis dits Caldoches, les métis, et les habitants d'origine polynésienne, métropolitaine ou encore asiatique. La Nouvelle-Calédonie est inscrite sur la liste des territoires non autonomes selon l'Organisation des Nations unies — donc considérée comme non décolonisés —, de 1946 à 1947 et depuis 1986.

Elle dispose de signes identitaires qui lui sont propres, aux côtés des emblèmes nationaux français (un hymne, une devise et une graphie spécifique des billets de banque). La question de son drapeau et de son nom font en revanche débat, les indépendantistes utilisant généralement l'appellation de Kanaky (en référence au peuple kanak) et disposant de leur propre drapeau depuis 1984, deux options rejetées généralement par les non-indépendantistes qui peuvent défendre pour leur part des positions assez diverses (statu quo, association des emblèmes indépendantistes à ceux de la France, ou invention de nouveaux symboles communs à l'ensemble des communautés vivant dans l'archipel).

Peuplement et sociétés pré-européennes (avant 1774)

Les Kanaks, peuple autochtone de Nouvelle-Calédonie, font partie des populations austronésiennes. Une étude génétique publiée en 2020 suggère que les racines profondes des locuteurs austronésiens sont originaires des populations néolithiques de l'Asie du Sud-Est et datent d'au moins 8 400 ans. Une autre recherche interdisciplinaire associant notamment archéologie, ethnobotanique et linguistique a permis de reconstituer une diffusion géographique des langues austronésiennes et de techniques agricoles. Selon la théorie dite « sortie de Taïwan » (Out of Taiwan), il y a 6 000 ans (4000 av. J.-C.), des habitants du littoral de la Chine du Sud, cultivateurs de millet et de riz, commencent à traverser le détroit pour s'installer à Taïwan. Vers 2500 av. J.-C., ces langues et ces techniques se diffusent de Taïwan vers les Philippines, puis des Philippines vers Sulawesi et Timor et de là, les autres îles de l’archipel indonésien. Vers 1500 av. J.-C., un autre mouvement mène des Philippines en Nouvelle-Guinée et au-delà, les îles du Pacifique. Les Austronésiens sont sans doute les premiers navigateurs de l'histoire de l'humanité.

Comme l'attestent des fragments de poterie Lapita retrouvés, les premiers habitants de la Nouvelle-Calédonie auraient posé le pied sur le territoire il y a environ 3 000 ans. On appelle Lapita la période de 1300 à 200 av. J.-C. C'est à Koné sur la côte ouest de la Grande Terre que furent découverts les premiers vestiges de la civilisation Lapita. Selon l'archéologue Christophe Sand : « Si les Lapitas sont bien les ancêtres des Kanaks, leur culture n’était pas du tout la même, ce qui n’est pas non plus facile à admettre. »

Durant la période suivante, Naia Oundjo (IIe siècle av. J.-C. - XIXe siècle), ce qui est appelé aujourd'hui la culture kanak commence à se différencier des autres cultures mélanésiennes, elles aussi issues de cette migration austronésienne. Ils maîtrisent l'art de la pierre polie, et fondent leur civilisation sur la culture de la terre (horticulture sur brûlis, principalement culture sur billons des ignames et culture en terrasses irriguées de taros) et une organisation sociale basée sur une structure clanique. Lors de rituels guerriers, des clans pratiquent aussi l'anthropophagie. À partir du début du IIe millénaire et jusqu'à l'arrivée des premiers Européens, les clans se sédentarisent, les langues kanak se singularisent et de grandes entités socio-linguistiques distinctes plus ou moins territorialisées, à l'origine des actuels « pays » ou « aires coutumières », apparaissent. Malgré cela, les échanges et alliances, notamment matrimoniales, restent importants d'un « pays » à l'autre, d'une île à l'autre, tandis que des apports extérieurs réguliers (notamment de Wallis, dans le cadre des tāvaka ou « voyages » d'exploration réalisés par les habitants de cette île, ou des archipels du Vanuatu ou des Fidji) influencent grandement certaines régions.

Le terme de « kanak », longtemps péjoratif et véhiculé à la colonisation sous la graphie « canaque », vient de l'hawaïen kanaka. Le chef historique de la revendication nationaliste et indépendantiste Jean-Marie Tjibaou, à travers sa pièce Kanaké écrite pour le festival Mélanésia 2000 en 1975, a joué sur l'homonymie de ce terme avec le nom du héros d'un mythe régional de l'aire paicî, « Tein Kanaké », afin, selon Mounira Chatti, maître de conférences en littérature comparée à l'université de la Nouvelle-Calédonie, « de réaliser le glissement de Kanaké, code onomastique donné au héros dans les différentes versions du récit originel, vers un nouveau Kanaké, héros national qui parle au nom de la nation kanak. La recherche de l'unité kanak amène le futur chef de file du mouvement indépendantiste à purger le mythe d'origine de son caractère régionaliste pour « le hisser au rang d'épopée nationale » (Bensa, 1987 : 428) ».

Premiers contacts avec les Européens (1774-1853)

Le 4 septembre 1774, l'enseigne de vaisseau James Colnett aperçoit à l'horizon une terre inconnue des Européens. Il se trouve à bord du bâtiment commandé par le navigateur et explorateur anglais James Cook, le HMS Resolution, durant son deuxième voyage. Cook baptise cette terre New Caledonia en l'honneur de l'Écosse. En effet, l'aspect des côtes lui aurait rappelé cette région de Grande-Bretagne, dont le père de Cook est originaire (Caledonia est l'ancien nom latin de la province correspondant à l'Écosse britannique). Le premier contact avec des Kanaks a lieu le lendemain, à Balade au nord-est de la Grande Terre, puis l'expédition britannique longe la côte Est et arrive jusqu'à l'île des Pins le 23 septembre 1774.

Il est probable qu'en 1788, l'expédition française conduite par La Pérouse reconnaît la côte ouest à bord de La Boussole et de L'Astrolabe, juste avant de sombrer dans un naufrage sur le récif de Vanikoro aux Îles Salomon. En juin 1792, le contre-amiral français Antoine Bruny d'Entrecasteaux, parti en 1791 à la demande de Louis XVI pour retrouver La Pérouse, passe au large de l'île des Pins et la côte sud de la Grande Terre, puis reconnaît en avril et mai 1793 la côte ouest de la Grande Terre et se serait arrêté notamment aux Îles Loyauté. Néanmoins, on attribue la découverte de ces dernières à l'explorateur français Jules Dumont d'Urville en 1827 puis 1840 qui fut le premier à les situer précisément sur une carte.

Par la suite, à partir des années 1820, l'essor de la chasse à la baleine et de l'exploitation du bois de santal ou d'autres ressources insulaires (nacre, coprah, holothuries, écailles de tortues marines, etc.) amènent régulièrement des navires européens, essentiellement anglo-saxons, sur les côtes de cet archipel. Certains marins, aventuriers naufragés (beachcombers) ou négociants (traders), s'installent, fondent des familles avec des femmes mélanésiennes et créent de véritables comptoirs pour assurer les échanges entre populations autochtones et bateaux européens. C'est le cas, par exemple, de l'Anglais James Paddon à l'île des Pins puis surtout à l'île Nou.

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