La Normandie (en normand : Normaundie ou Nourmaundie, en anglais : Normandy) est une entité géographique et culturelle, située au nord-ouest de la France et bordée par la Manche ; elle a traversé différentes époques historiques, malgré une absence de reconnaissance administrative entre la Révolution française de 1789 et la réforme territoriale de 2015. Les frontières continentales historiques de la province de l'Ancien Régime épousent assez fidèlement celles de la région administrative contemporaine.
Fondé en Neustrie par Rollon, le duché de Normandie occupe à partir de 911 la basse vallée de la Seine, puis le Bessin, le pays d'Auge et l'Hiémois en 924, le Cotentin, l'Avranchin et les îles de la Manche en 933.
En 1066, le duc de Normandie Guillaume le Conquérant conquiert l'Angleterre et en devient roi. Un siècle et demi plus tard, en 1204, le roi de France Philippe Auguste envahit le duché et l'intègre au domaine royal, à l'exception de sa partie insulaire, qui forme les bailliages de Jersey et de Guernesey, sous dépendance de la Couronne britannique. La partie continentale devient dès lors province française jusqu'en 1790, tandis que les îles Anglo-Normandes restent sous la souveraineté des monarques de Grande-Bretagne sous le titre de « duc de Normandie ».
À la création des régions françaises en 1956, la Normandie continentale est séparée en deux collectivités territoriales, qui portent le nom en partage : les régions administratives de Haute-Normandie et de Basse-Normandie. Leur fusion au sein d'une seule région Normandie est votée par l'Assemblée nationale le 17 décembre 2014 et est appliquée au 1er janvier 2016.
La population de la Normandie approche les 3 500 000 habitants (les Normands) : 3 327 000 habitants en région Normandie (en 2024 d'après l'Insee) et environ 170 000 habitants sur les îles Anglo-Normandes.
Étymologiquement, le nom Normandie signifie « pays des hommes du Nord ».
Il est dérivé du terme « normand » suivi du suffixe d'origine latine -ie. Normand est lui-même un emprunt au francique nortman ou au vieux norrois norðmaðr, qui signifient tous deux « homme du Nord ».
Nortmannus est attesté pour la première fois en latin médiéval dès la fin du IXe siècle. Quant à Normand (écrit Norman), il figure dans la Chanson de Roland.
L'expression Norðmannaland, équivalent germanique de Normandie, est trouvée en vieil anglais à la fin du IXe siècle dans Orosius et se réfère au « Danemark », pays aux contours alors difficiles à définir.
Préhistoire, protohistoire et antiquité
La présence humaine dans la région n'est pas antérieure à la fin du paléolithique inférieur (cette région étant extrêmement froide auparavant). Au paléolithique moyen, elle est attestée par de nombreuses trouvailles d'industrie lithique. Au paléolithique supérieur, la région est occupée par la toundra, peu propice à la vie humaine. Elle est cependant habitée, comme le prouve les gravures pariétales (datées du magdalénien) de la grotte de Gouy, près de Rouen (grotte ornée la plus septentrionale d'Europe). Par ailleurs, de nombreux mégalithes encore visibles parsèment d'une façon assez régulière la campagne normande. Le site archéologique du Rozel présente des traces exceptionnelles de pas et de mains d'Homo neanderthalensis.
Ce n'est véritablement qu'à l'âge du bronze (entre 2300 et 800 av. J.-C.) que la Normandie va être mise en valeur. À cette époque, des fermes, des systèmes parcellaires et de vastes nécropoles sont implantés dans le territoire, formant un premier maillage de sites couvrant l'ensemble des terroirs normands.
La découverte d'objets comme le casque gaulois doré d'Amfreville-sous-les-Monts (IVe siècle av. J.-C.) ou celui, en fer, du musée de Louviers, ainsi que de sites comme la grande nécropole de Pîtres dans l'Eure (avec ses urnes à incinération, ses épées enroulées et des traces de tombes à char) ou la nécropole d'Ifs dans le Calvados (datée de la fin de la période de Hallstatt ou du début de celle de la Tène) témoignent de la présence celtique en Normandie. Les peuples celtes de l'actuelle Normandie faisaient partie de l'Armorique, confédération de peuples proches culturellement sur les rivages de la Manche et de l'Atlantique, de l'estuaire de la Seine à celui de la Loire.
Le peuple celte des Belges s'installe sur le territoire entre le VIe et le IIIe siècle av. J.-C. Le témoignage de Jules César dans La Guerre des Gaules nous permet d'identifier les différents groupes gaulois occupant la région. En 56 ou 57 av. J.-C., ces populations se regroupent pour résister à l'invasion des légions romaines. Après la défaite gauloise d'Alésia, les peuples de Normandie continuent quelque temps la lutte mais, en 51 av. J.-C., toute la Gaule est soumise à Rome.
Entre 27 et 15 av. J.-C., l'empereur Auguste réorganise le territoire gaulois et fait passer les Calètes et les Véliocasses dans la province de Gaule lyonnaise, dont la capitale est Lyon. La romanisation de la Normandie, comme ailleurs en Occident, passe par la construction de routes et de villes. On connaît de nombreuses villas gallo-romaines sur le territoire normand. Les constructeurs utilisaient les matériaux locaux : silex, craie, calcaire, brique, torchis. Le chauffage des bains ou de certaines pièces emprunte le procédé de l'hypocauste romain (villa suburbaine de Vieux-la-Romaine).
L'agriculture fournit du blé et du lin, d'après Pline l'Ancien. Enfin, dans les campagnes normandes de l'Antiquité, les fana (petits temples à plan centré, en général carré, de tradition celtique) sont nombreux. On en situe un exemple à l'ouest d'Harfleur. Les fouilles ont aussi révélé la présence de nombreuses statuettes de déesses-mères en terre cuite, dans les tombes et les maisons normandes. Ainsi, au Vieil-Évreux, il existe un des plus importants centres de pèlerinage d'Europe, qui comprenait un forum, des thermes romains, une basilique monumentale, deux fana et le deuxième plus grand théâtre de Gaule.
À partir du deuxième tiers du IIIe siècle, les raids « barbares » dévastent de nombreux lieux de la région normande. Le littoral doit faire face à la piraterie maritime des Saxons, mais aussi des Francs et des Frisons. Des contingents germaniques sont donc recrutés par l'armée romaine pour lutter contre d'autres Germains et ces immigrants reçoivent l'autorisation de s'établir dans l'Empire.
La province Seconde Lyonnaise et la province ecclésiastique de Rouen (IVe siècle)