Noah Webster, né le 16 octobre 1758 à West Hartford et mort le 28 mai 1843 à New Haven, est un lexicographe, réformateur orthographique d'anglais américain, journaliste, écrivain et éditeur américain.
Il a été appelé « Le père de l’éducation et de la scolarité américaine ». Ses abécédaires à couverture bleue, qui ont appris à lire et écrire à cinq générations de petits Américains, ont rendu l’enseignement primaire moins religieux et plus laïc. Aux États-Unis, son nom est devenu synonyme de « dictionnaire », surtout du Webster, paru pour la première fois en 1828 sous le titre An American Dictionary of the English Language.
Noah Webster est né dans une famille originaire du Nord-Est : son père Noah Sr. (1722-1813) descendant du gouverneur du Connecticut John Webster, un fermier et un tisserand, qui possédait une exploitation de trente-cinq ha, était juge de paix et diacre de son église congrégationaliste locale, ainsi que capitaine placé sur la « liste d’alarme » de la milice locale. Sa mère Mercy (née Steele, morte en 1794) descendait du gouverneur de la colonie de Plymouth, William Bradford. Il avait pour frères Charles (né en 1762) et Abraham (1751-1831), et pour sœurs, Mercy (1749-1820) et Jerusha (1756-1831).
Inscrit en 1774 à l’université Yale, la seule du Connecticut à l’époque, alors qu’il n’a que seize ans, il étudie avec le président de Yale, le savant Ezra Stiles. Ses quatre ans d’université coïncidant avec la Révolution américaine, les pénuries alimentaires l’obligent à suivre nombre de ses cours dans d’autres villes, comme Glastonbury. Il sert dans la milice du Connecticut. Son père ayant hypothéqué sa ferme pour l’envoyer à Yale, celui-ci dut se débrouiller tout seul et n’eut plus rien à voir avec sa famille. À sa sortie de Yale en 1778, il enseigne à Glastonbury, Hartford et West Hartford. Admis au barreau en 1781, il pratique le droit à partir de 1789. Ayant compris que le droit n’était pas de son goût, il s’essaie à l’enseignement, créant plusieurs petites écoles qui ne rencontreront pas le succès escompté.
Le cousin de Noah Webster, le sénateur Daniel Webster soumet la loi sur les droits d’auteur proposée par Noah Webster. La révision statutaire du premier amendement de la loi sur les droits d’auteur des États-Unis, la Loi de 1831, résulte de la pression intensive par Noah Webster et ses agents sur le Congrès des États-Unis.
Webster était, de nature, un révolutionnaire qui, cherchant à libérer son pays du joug culturel britannique, voulait la remplacer par une Amérique utopique, débarrassée du luxe et de l’ostentation et championne de la liberté. En 1781, il voyait le nationalisme américain comme supérieur à l’Europe parce que les valeurs américaines étaient supérieures.
Webster a consacré son abécédaire et son dictionnaire au fondement intellectuel du nationalisme américain. Ardent défenseur de la nouvelle Constitution en 1787-89, la théorie politique de Webster 2 accordait plus d’importance au développement de la propriété (élément clé du libéralisme) qu’à la vertu (valeur fondamentale du républicanisme américain). C’est l’un des rares Américains à s’être beaucoup attardé sur les théories de Jean-Jacques Rousseau.
Webster fait un beau mariage et intègre l’élite d’Hartford. Il aura huit enfants de Rebecca Greenleaf (1766-1847) épousée le 26 octobre 1789, à New Haven : Emily Schotten (1790-1861) ; Frances Julianna (1793-1869) ; Harriet (1797-1844) ; Mary (1799-1819) ; William Greenleaf (1801-1869) ; Eliza (1803-1888) Henry (1806-1807) ; Louisa (née en 1808).
Désargenté, Alexander Hamilton lui avance 1500 $, en 1793, pour aller à New York éditer un journal fédéraliste. Le 9 décembre 1793 il fonde le premier quotidien new-yorkais, l’American Minerva (plus tard connue sous le nom de The Commercial Advertiser (en)), qu’il éditera pendant quatre ans, rédigeant l’équivalent de 20 volumes d’articles et d’éditoriaux. Il a également publié le bihebdomadaire The Herald, A Gazette for the country (connue par la suite sous le nom de The New York Spectator).
Comme porte-parole fédéraliste, il dénonça à plusieurs reprises le républicains-démocrates de Jefferson comme « un soi-disant patriote pusillanime, demi-né … un fou incurable » et « un nouvelliste trompeur … pédagogue et charlatan. » Lorsque son rival fédéraliste, le pamphlétaire William Cobbett, dit « Peter Porcupine », déclara que les opinions pro-françaises de Webster faisaient de lui « un traitre à la cause du fédéralisme », l’appelant « un crapaud au service du sans-culottisme », « une misérable prostituée », « un grand fou, un menteur éhonté », « une vipère vicieuse » et « un pédant maniaque », le maitre consommé du vocabulaire qu’était Webster, en fut affligé. Même l’utilisation de mots tels que « le peuple », « démocratie » et « égalité » dans un débat public le gênait, car de tels mots étaient des « abstractions métaphysiques qui soit n’ont pas de sens, ou du moins aucun compréhensible aux mortels. »
Webster était partisan de la pensée française radicale et comptait au nombre des rares Américains admirateurs de Jean-Jacques Rousseau. Lors de l’entrée en guerre de la France et de la Grande-Bretagne en 1793, il recommanda de rester neutre. Cependant, il condamna le premier ambassadeur de la République française aux États-Unis, le citoyen Genêt lorsqu’il mit en place un parti français à Washington pro-jacobin en s’immisçant dans la politique américaine et en attaquant le président Washington, appelant les autres éditeurs fédéralistes à « ignorer d’un commun accord les clubs politiques en ne publiant rien ni pour ni contre eux. Le soleil de la paix détruira ces plantes à la naissance exotique et forcée »
Webster fut, pendant des décennies, l’un des auteurs les plus prolifiques de la nouvelle nation américaine, publiant des manuels, des essais politiques, un rapport sur les maladies infectieuses, et une quantité remarquable d’articles de journaux pour le parti fédéraliste, à tel point qu’une bibliographie moderne de ses œuvres a requis pas moins de 655 pages. À son retour à New Haven, en 1798, il fut élu député fédéraliste à la Chambre des représentants du Connecticut où il siégea en 1800 et de 1802 à 1807.
Il est enterré au Grove Street Cemetery de New Haven.
Webster avait pris, comme professeur, en aversion les écoles élémentaires américaines, qui pouvaient être surpeuplées, avec jusqu’à soixante-dix enfants de tous âges entassés dans une pièce unique sans pupitre dont le poêle chauffait trop un côté de la classe et pas assez l’autre. Le personnel était sous-payé et les manuels scolaires importés d’Angleterre étaient inadaptés. Pensant que les Américains devraient s’instruire dans des manuels américains, Webster se mit alors à rédiger le recueil intitulé A Grammatical Institute of the English Language dans le but était de fournir une approche typiquement américaine à la formation des enfants. Les trois tomes consistaient en un livre d’orthographe (publié en 1783), d’un livre de grammaire (1784) et d’un livre de lecture (1785). Son amélioration la plus importante, selon lui, était de sauver « notre langue maternelle » des « vociférations de pédantisme » entourant la grammaire et la prononciation anglaises. Il se plaignait de ce que l’aristocratie britannique, qui avait corrompu la langue anglaise, en fixant sa propre norme d’orthographe et de prononciation. Webster a rejeté l’idée que l’étude du grec et du latin devait précéder l’étude de la grammaire anglaise, faisant valoir que la norme de la langue américaine était « les mêmes principes républicains que les constitutions civiles et ecclésiastiques américaines », ce qui signifiait que la langue devait être contrôlée par le peuple dans son ensemble, la souveraineté populaire au sein du gouvernement devant s’accompagner de l’usage populaire dans la langue.
L’abécédaire était organisé de façon à être facile à enseigner aux élèves, en progressant avec l’âge. Suivant en cela sa propre expérience en tant qu’enseignant, Webster pensait que l’abécédaire devait être simple. Il présentait de façon ordonnée les mots avec les règles d’orthographe et de prononciation. Pensant que les élèves apprenaient plus facilement lorsqu’un problème complexe était décomposé en ses éléments constitutifs, il faisait maitriser chaque composant par l’élève avant de passer au suivant. Webster a dit que les enfants passent par des phases distinctes d’apprentissage dans lesquelles ils maitrisent des tâches de plus en plus complexes ou abstraites. Par conséquent, les enseignants ne doivent pas essayer d’apprendre à lire à un enfant de trois ans et qu’il faut attendre l’âge de cinq ans. Il a organisé son abécédaire en conséquence, commençant par l’alphabet avant de couvrir systématiquement les différents sons des voyelles et des consonnes, puis des syllabes, puis des mots simples, puis des mots plus complexes, et enfin des phrases.