Nicolas Malebranche, né à Paris le 6 août 1638 où il est mort le 13 octobre 1715 (mêmes années de naissance et de mort que le roi français Louis XIV), est un théologien, prêtre oratorien et philosophe français. Dans son œuvre, il est amené à synthétiser la pensée de saint Augustin et celle de René Descartes. Il y développe également une pensée originale, d'une grande unité conceptuelle, qui a pour ambition d'intégrer les nouvelles sciences de l'époque tout en se voulant conforme aux dogmes du christianisme. Par son esprit à la fois innovant et synthétique, il tente d'édifier un système explicatif qui prétend résoudre toutes les questions et tous les problèmes en s'appuyant sur l'idée d'action divine.
Malebranche est principalement connu pour ses thèses de l'âme irrémédiablement déchue de l'homme, de la vision des idées en Dieu et de l'occasionnalisme, qui lui permettent ensemble de démontrer le rôle pleinement actif de Dieu dans chaque aspect du monde ainsi que l'entière dépendance de l'âme humaine vis-à-vis de lui. Pour Malebranche, il n'y a rien qui, pensé comme il faut, ne nous ramène à Dieu. Sa philosophie est ainsi essentiellement religieuse, mais avec un caractère rationaliste marqué, car la vie selon la raison fait pour lui partie intégrante de la vie selon la religion.
Les conséquences théologiques et morales qu'impliquent ses écrits conduisent à ce que sa doctrine soit souvent jugée sévèrement par les clercs et laïques de son temps, jansénistes ou jésuites, dont certains l'attaquent avec une grande violence, et réussissent à mettre à l'Index une partie de ses publications. La qualité de son style littéraire est néanmoins reconnue de tous, se distinguant par la pureté, l'élégance et la clarté de la langue, ainsi que par l'abondance et l'habileté de ses figures de style.
Nicolas Malebranche est né à Paris durant l'été 1638. D'un père trésorier de Richelieu, également conseiller du roi, il est le dernier de dix ou treize enfants (le nombre varie selon les sources) et porte le même prénom que son père. Sa mère est Catherine de Lauzon, dont un frère fut vice-roi du Canada et conseiller d'État. À cause d’une malformation de la colonne vertébrale, il suit des cours chez lui jusqu'à l'âge de seize ans et fait ensuite des études au Collège de la Marche où il obtient en 1656 le grade de maître ès arts à l'université de Paris. Il étudie alors pendant trois années la théologie à la Sorbonne, dont il n'apprécie toutefois guère les méthodes de dispute.
Nommé secrétaire du roi en 1658, Malebranche entre à la Société de l'Oratoire de Jésus et de Marie en 1660, peu de temps après la mort de sa mère, puis de son père, à quelques semaines d'intervalle. Il y est ordonné prêtre en septembre 1664, l'année même où il dit avoir lu avec un grand enthousiasme le Traité de l'homme de Descartes, qui venait de paraître plus de trente ans après sa rédaction. En 1699, il devient à titre de physicien et de mathématicien membre honoraire (c'est-à-dire non pensionné) de l’Académie royale des sciences, qui est alors l'un des plus grands lieux d'élaboration du savoir, en concurrence directe avec la Royal Society de Londres.
À partir des années 1660, Malebranche passe l'essentiel de son temps dans sa cellule de l'Oratoire du Louvre, rue Saint-Honoré, où il demeure près de cinquante ans sans exercer de ministère régulier. Il se déplace peu et n'effectue que deux voyages, l'un en Normandie en 1685 pour une mission auprès des « nouveaux convertis », anciens protestants, et l'autre en Périgord en 1688. Mais ses écrits sont largement diffusés à travers l'Europe et voyagent de son vivant jusqu'en Chine, où des missionnaires jésuites les reproduisent. Malebranche prend de son côté connaissance de la philosophie chinoise telle qu'elle lui est présentée par un ami missionnaire revenu de Chine.
De santé fragile, Malebranche souffre de fatigue permanente et est opéré à plusieurs reprises pour des calculs biliaires. Décrit comme solitaire, étrange, méditatif et pieux, il compose ses œuvres dans le silence, se retirant parfois dans l'une des maisons de campagne de la congrégation pour travailler plus au calme. Pour l'essentiel, sa vie se confond avec son activité de philosophe, de savant et d'écrivain, ponctuée néanmoins de nombreuses querelles passionnées avec ceux qui critiquent ses thèses.
Des anecdotes que rien n'atteste sont popularisées par de nombreux biographes pour ridiculiser les thèses ou le personnage de Malebranche. Ainsi, en partisan de la thèse des animaux-machines, Malebranche aurait repoussé d'un grand coup de pied la chienne enceinte de l'Oratoire du Louvre au prétexte que « cela [un animal] ne sent point », et son unique tentative en matière de poésie aurait abouti à ce simple distique : « Il fait en ce beau jour le plus beau temps du monde / Pour aller à cheval sur la terre et sur l'onde ». Selon une autre anecdote, Malebranche serait mort des suites de la colère qui le prit lors d'une discussion avec George Berkeley, de passage à Paris, tandis qu'il disait jusque là son aversion pour la « dispute ».
Un mausolée lui est érigé en 1733 au Mesnil-Simon en Eure-et-Loir, devant l'église Saint-Nicolas Classé MH (1963).
La métaphysique occupe une place centrale dans la pensée de Malebranche. Elle y tient lieu de fondement à la fois de la science, de la religion et de la morale. Indissociable de la théologie, la métaphysique de Malebranche est théocentrique, affirmant le rôle de Dieu en tant qu'unique principe. Dieu y est interprété comme un agent rationnel ; il n'a donc pas choisi le meilleur de tous les mondes possibles (comme le soutient Leibniz), mais seulement le meilleur monde possible réalisable par les voies les plus simples, les seules qui soient dignes de la perfection de son être.
Très influencé par la conception cartésienne de la connaissance, Malebranche considère l'« idée claire et distincte » comme le type de la connaissance parfaite. Mais alors que Descartes, puis Spinoza et les cartésiens, affirment que tout autre genre de connaissance relève d'une « idée obscure et confuse », Malebranche innove grandement sur ce point. Pour lui, tout ce qui n'est pas connu par idée claire et distincte n'est pas connu du tout par idée, et la notion d'idée obscure et confuse comme type imparfait ou défaillant de connaissance n'a pas de place dans son système.
Chez Descartes, les idées étaient les « images » des choses qui contenaient « objectivement », dans le contenu même de leurs représentations, ce que les choses contenaient « formellement », l'existence objective étant d'un degré inférieur à celui de l'existence formelle. Or cette distinction entre existence objective et existence formelle paraît obscure et même contradictoire à Malebranche. La seule signification qu'il accepte de donner au mot « idée » pour sortir des apories de la théorie cartésienne, c'est le sens platonicien d'archétype et de modèle. L'idée est un archétype intelligible qui n'a rien à voir avec une modalité de l'esprit, et qui se distingue ainsi nettement de la perception et des autres sensations. Parce que les sensations sont des modifications de notre âme, elles n'ont aucune valeur représentative ; elles ne nous renseignent pas sur ce qui nous est extérieur et ne nous permettent donc pas de connaître. Les idées, en revanche, nous permettent de connaître parce que, précisément, elles ne sont pas des modalités de notre esprit, lequel les aperçoit en dehors de lui. L'extériorité des idées, mais aussi leur universalité, leur infinité, leur structure résistante, tout indique qu'elles ne sont pas des modes de l'âme, qu'elles s'imposent à l'esprit, qu'elles sont aperçues hors de nous et qu'elles doivent être considérées comme des archétypes.
Malebranche est conduit dans sa réflexion sur les idées à distinguer trois modes de connaissance radicalement différents:
la connaissance de l'être par lui-même, celle que nous avons de Dieu, car Dieu n'a évidemment pas d'archétype et l'infini ne peut se voir qu'en lui-même
la connaissance par « conscience » ou « sentiment intérieur », celle qui convient exclusivement aux « choses qui ne sont pas distinguées de soi », autrement dit, la connaissance que nous avons de notre propre âme