Nicolas II (en russe : Николай II), né Nikolaï Alexandrovitch Romanov (en russe : Николай Александрович Романов, en transcription universitaire Nikolaj Aleksandrovič Romanov) le 6 mai 1868 (18 mai dans le calendrier grégorien) au palais de Tsarskoïe Selo (Pouchkine, Empire Russe) et assassiné le 17 juillet 1918 à Iekaterinbourg (République soviétique de Russie), est un empereur de Russie de la dynastie des Romanov. Il est « tsar de toutes les Russies » du 1er novembre 1894 à son abdication le 15 mars 1917, ainsi que roi de Pologne et grand-duc de Finlande.
Sous son règne, la Russie connaît un essor économique, social, politique et culturel sans précédent, commencé sous le règne de son père, Alexandre III. Les serfs ont été libérés pendant le règne de son grand-père Alexandre II et les impôts allégés. Le Premier ministre Piotr Stolypine réussit à développer une classe de paysans riches. Le pays devient la troisième ou quatrième puissance économique mondiale et possède le troisième réseau ferroviaire après les États-Unis et le Canada. Le rouble devient une monnaie convertible et outre un nombre important de marchands et d'industriels, l'Empire possède désormais ses propres financiers qui sont souvent des mécènes. Sur le plan culturel, la Russie connaît alors un « âge d'argent », et prend la deuxième place dans le domaine de l'édition de livres. De nouvelles universités, des écrivains, sculpteurs, peintres, danseurs sont à l'époque connus dans le monde entier.
Nicolas II gouverne de 1894 jusqu'à son abdication en 1917. Alors que son empire connaît une rapide croissance économique et démographique, il ne réussit pas à gérer efficacement ses mutations culturelles et socio-économiques ni les revendications politiques qui en découlent. La fin de son règne est marquée par un enchaînement de catastrophes : la défaite de l'armée impériale dans la guerre russo-japonaise entraîne la révolution russe de 1905 et une ébauche de régime parlementaire ; l'engagement désastreux de la Russie dans la Première Guerre mondiale aboutit en 1917 à la révolution de Février qui met fin au régime impérial.
Le gouvernement provisoire, ne sachant trop quoi faire de lui, l'enferme avec sa famille dans le palais Alexandre à Tsarskoïe Selo, puis dans la maison du gouverneur à Tobolsk, et finalement dans la villa Ipatiev, à Iekaterinbourg. Pendant la guerre civile russe, Nicolas II, son épouse, son fils, ses quatre filles, le médecin de la famille, son domestique personnel, la femme de chambre et le cuisinier sont assassinés par des bolcheviks dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918.
Le Concile de l'Église orthodoxe russe canonise la famille impériale en la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou le 20 août 2000.
Le 6 mai 1868 naît Nicolas Alexandrovitch Romanov, fils et premier enfant du tsarévitch (futur tsar Alexandre III de Russie) et de Marie Feodorovna (1847-1928), fille de Christian IX, roi de Danemark. Il est baptisé le 20 mai 1868 (1er juin dans le calendrier grégorien) dans l'église de la Résurrection du Christ du palais Catherine à Tsarskoïe Selo par le confesseur de la famille impériale, le protopresbytre Vasilli Borisovitch Bajanov. Ses parrains et marraines sont son grand-père paternel le tsar Alexandre II de Russie, sa grand-mère maternelle la reine Louise de Danemark, son oncle maternel le prince héritier Frédéric de Danemark et la grande-duchesse Hélène Pavlovna. Baptisé du prénom de Nicolas, traditionnel dans la famille Romanov, le jeune garçon est nommé en mémoire du frère aîné de son père qui est aussi le premier fiancé de sa mère, le tsésarévitch Nicolas Alexandrovitch de Russie, décédé jeune en 1865. Au sein de la famille, il est surnommé « Nikki » tout au long de sa vie.
Il est le premier des six enfants du couple grand-ducal qui auront après lui : Alexandre (1869-1870), Georges (1871-1899), Michel (1878-1918), Xénia (1875-1960) et Olga (1882-1960). Nicolas et ses plus jeunes frères sont élevés à la dure : des lits de camp, un ameublement simple, des icônes de la Vierge et de l'enfant Jésus. Leur grand-mère Marie Alexandrovna avait introduit les coutumes britanniques en matière d'éducation chez les Romanov : gruau pour le déjeuner, bains froids, abondance d'air frais… Leur mère est brillante, enjouée, aimant la vie en société, les bals et les fêtes et elle leur donne le goût du divertissement et de la vie mondaine, mais elle ne s’occupe guère d’eux et c’est leur père, géant rude et bourru, qui monte dans leurs chambres pour les câliner.
Le 1er mars 1881 (13 mars dans le calendrier grégorien), Nicolas assiste à la brève agonie de son grand-père, l'empereur Alexandre II de Russie, dont un attentat a arraché les jambes et défiguré le visage. Or cet attentat survient alors même qu'Alexandre II, poursuivant sa politique réformatrice, s'apprêtait à faire de grandes réformes. Nicolas devient tsarévitch à l'âge de 12 ans. Pour des raisons de sécurité, le nouvel empereur Alexandre III et sa famille s'installent au palais de Gatchina en dehors de la ville.
À l'adolescence, le tsarévitch, d'un caractère déjà sérieux et réservé, respecte les conseils de ses précepteurs et obéit aux ordres de son père. Alexandre III confie l'éducation de son fils à des hommes issus de son gouvernement, parmi lesquels le procureur du Saint-Synode, Constantin Pobiedonostsev, le général Danilovitch, le ministre des Finances Bunge, totalement pénétrés de la nécessité d'un pouvoir impérial fort.
En 1884, à l'âge de seize ans, il rencontre pour la première fois la princesse Alix de Hesse-Darmstadt, l'une de ses cousines allemandes, orpheline de mère élevée à la cour d'Angleterre, âgée de douze ans, dont il tombe amoureux. Toutefois la perspective d'un possible mariage avec une princesse allemande contrarie aussi bien l'empereur que l'impératrice et Alexandre III ordonne à Nicolas Alexandrovitch d'abandonner tout espoir de se marier avec une Allemande.
Le futur empereur mesure 1,73 m, mince, avec des cheveux châtains et des yeux bleus, il est, selon ses contemporains, bien de sa personne. Excellent danseur, patineur et cavalier, il a le goût de la chasse, parle plusieurs langues, dont le français, mais la politique est pour lui une corvée et il est très intimidé par ses oncles et cousins géants aux manières rudes et à la voix forte.
De 1885 à 1890, il fréquente la faculté de sciences politiques et économiques de l'université impériale de Saint-Pétersbourg, devient colonel de la Garde impériale et suit aussi les cours de l'Académie d'État. Les journaux intimes du jeune Nicolas montrent son enthousiasme pour la vie de caserne, pour les parades, les revues, et la vie des jeunes soldats de la capitale. L'empereur, cependant, ne fait rien pour lui enseigner l'art de gouverner. Il veut en faire un juriste, un officier et le meilleur représentant de la grande Russie et de l'illustre famille des Romanov auprès des cours européennes. Le futur Premier ministre Serge Witte propose à Alexandre III de nommer le tsarévitch Nicolas président des travaux du Transsibérien. L'empereur refuse : « Connaissez-vous bien le tsarévitch ? A-t-il jamais réussi à parler sérieusement avec vous ? Il est encore un enfant dans tout et pour tout, il juge les choses en mode enfantine. Comment serait-il capable de présider un comité ? » L'homme d'État lui réplique qu'il ne sera là « que pour présider, pas pour comprendre ».
Le 23 octobre 1890, Nicolas appareille sur un croiseur russe et fait une tournée officielle en Grèce, en Égypte, aux Indes, dans le Sud-Est asiatique, en Chine et au Japon, accompagné de son frère Georges et de leur cousin, le prince Georges de Grèce, second fils du roi des Hellènes Georges Ier. Cependant, ressentant les premiers symptômes de la maladie qui l'emportera prématurément, le grand-duc Georges rentre en Russie laissant son frère aîné et leur cousin continuer le voyage. Pendant son séjour au Japon, le tsarévitch fait l'objet d'une tentative d'assassinat, lorsqu'un policier japonais de son escorte, Tsuda Sanzo, nationaliste fanatique, l'attaque avec son sabre, le blessant à la tête. Nicolas minimise l'incident, mais les autorités japonaises craignent que cet incident ne dégrade les relations entre les deux pays. L'empereur Meiji va ainsi en personne rencontrer Nicolas convalescent, et, en signe de respect, fait fermer tous les théâtres du pays pour une durée de 24 heures. Tsuda est par la suite condamné à la prison à vie.