Nicolas Joseph Florent Gilbert, né le 15 décembre 1750 à Fontenoy-le-Château et mort le 16 novembre 1780 à Paris, est un poète lorrain francophone.
Nicolas Joseph Florent Gilbert naît le 15 décembre 1750 à Fontenoy-le-Château. Baptisé le lendemain il a pour marraine Marie Iroy et pour parrain, son grand-père, Nicolas Joseph Florent Blancheville dont on lui donne les prénoms. On trouve parfois la graphie fautive de Laurent au lieu de Florent ; le son F terminant Joseph aidant à la confusion entre F'Laurent et Florent. Sur son acte de baptême, conservé aux archives départementales des Vosges, le prénom est orthographié Florens.
Son père, maire de Fontenoy-le-Château, propriétaire de deux fermes, y exerce le métier de marchand de grains. Son éducation est confiée au curé du village, un jésuite qui, voyant en lui « un esprit apte à être éduqué », lui apprend le latin. Puis le jeune Nicolas part faire ses humanités au collège de l'Arc à Dole.
En 1768, à la mort de son père, il monte à Nancy, ancienne capitale du duché de Lorraine devenu Français en 1766, où il côtoie quelque temps les cercles littéraires. Il fréquente les salons de Darbès et ceux du comte de Lupcourt et est reçu chez l'avocat Mandel. Il y fait ses débuts, avec un roman « persan », Les Familles de Darius et d'Hidarne ou Statira et Amestris (1770) et quelques pièces poétiques, dont son début poétique, composé de trois héroïdes et, entre plusieurs odes, le Jugement dernier (1773).
Après 1770, il part pour Paris, avec en poche ses premiers vers, ainsi qu’une lettre, signée de Mme de La Verpillière, femme du prévôt des marchands de Lyon et mécène. Cette lettre recommande le jeune poète à D’Alembert. Il semble que D’Alembert, lui ayant promis une place de précepteur, n’honore pas cette espérance, et le reçoit d’ailleurs assez froidement. Gilbert s'en souviendra quand il composera sa satire du Dix-huitième siècle :
Il fait publier ses premières pièces en vers en 1771 ; le volume est en butte à l’indifférence générale. Melchior Grimm écrit dans sa Correspondance littéraire : « M. Gilbert a donné, il y a quelque temps, un Début poétique qui n’a été lu de personne. »
Il présente successivement en 1772, puis en 1773, deux pièces au concours de l’Académie française. Son œuvre Le Poète malheureux, emplie d’accents élégiaques, non dénuée d’un certain talent ou en tout cas, d’une certaine sensibilité, n’obtient pas même une mention ; c’est Jean-François de La Harpe, directeur du Mercure de France, qui reçoit le prix.
Sa deuxième pièce, L’Ode du Jugement Dernier, subit le même sort. Gilbert en concevra alors une haine certaine pour La Harpe en particulier, qu’il surnomme « le Pindare des déserts » dans Lle Dix-huitième siècle, ainsi que pour les Encyclopédistes, voire les Philosophes en général, qui tiennent tout le Parnasse littéraire français et en moissonnent les hommages. En retour, La Harpe n’aura de cesse de tenir en mépris tout ce que produira Gilbert.
Probablement en 1774, par l’entremise de Baculard d’Arnaud, Gilbert rencontre Élie Fréron, qui dirige l'Année littéraire, pendant anti-philosophique du Mercure de France. Gilbert assiste probablement à des dîners organisés par Fréron et s’engage à ses côtés, sans doute par rancœur envers le milieu littéraire parisien dans un premier temps. Grâce à la recommandation de Fréron, Gilbert obtint les faveurs de l’archevêché et plusieurs pensions, dont une du roi.
En 1775 paraît sa première pièce majeure. C’est une satire en vers, Le Dix-huitième siècle, qui donne la caricature de son temps ; la philosophie y est le principe de la « chute des arts », de la « perte des mœurs ». Tout y est matière à charge : la bourgeoisie, la noblesse, le clergé libertin ; la littérature du moment y est passée au peigne fin. Des généralités sociales, on passe bientôt aux attaques ad hominem ; à la fin de la satire, du reste, le nom honni paraît enfin : Voltaire. Le Dix-huitième siècle est véritablement à sa parution, et pour reprendre le mot de Huysmans, « un météore dans le champ littéraire » de l’époque ; il n’est en effet pas de bon ton de se moquer de ceux qui sont les moteurs du Progrès, pensionnés par les plus grandes têtes couronnées d’Europe, comptant sur de nombreux appuis à la Cour et dans les cercles intellectuels. La critique se déchaîne, mais Grimm verra tout de même la marque d’un certain talent chez Gilbert. Vivement critiqué ou applaudi, il est indéniable qu’à partir de 1775, le jeune poète est une figure reconnue de la littérature en cette fin d’Ancien Régime.
C’est dans le genre satirique que Gilbert fera au reste fortune, durant le peu d’années qu’il lui reste à vivre. En 1776 — année de la mort de Fréron et de la reprise de l'Année littéraire par son fils —, paraît une Diatribe sur les prix académiques. Le poète n’a en effet pas oublié ses cuisants échecs aux prix de l’Académie quelques années auparavant, et fustige dans cette pièce en prose la teneur fade des œuvres primées au concours. Puis il fait publier en 1778 une défense de la satire, Mon apologie, dialogue en vers entre un philosophe nommé Psaphon, et Gilbert lui-même mis en scène ; c’est son deuxième succès du genre.
Quelques mois avant sa mort, il écrit une Ode imitée de plusieurs psaumes, plus généralement connue sous le nom d'Adieux à la vie, un poème dont la thématique pré-romantique sera reprise par Alfred de Vigny dans Stello et Chatterton :
À la fin du mois de juin, une chute de cheval lui occasionne une blessure à la tête. Le 24 octobre 1780, Gilbert est conduit à l'Hôtel-Dieu de Paris. À la suite d'une trépanation, il y meurt le 16 novembre à l'âge de 29 ans, après avoir avalé une clé dans une crise de délire, épisode surtout légendaire rapporté par le contempteur de Gilbert, La Harpe, après sa mort. L'épisode vaudra à Toulet ce vers : Mourir comme Gilbert en avalant sa clé. Un tableau est réalisé sur cet événement par le peintre Raymond Quinsac Monvoisin et se trouve aujourd'hui au Musée de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.
Il fut inhumé le 17 novembre dans la « grande cave » de l'église Saint-Pierre-aux-Bœufs sur l'Île de la Cité avant d'être transféré au cimetière de Clamart à Paris. Son extrait mortuaire portait :
« L'an 1780, le 17 novembre, a été inhumé dans la grande cave de cette église, le corps de Nicolas Joseph Florens Gilbert, avocat au parlement, âgé de trente ans environ, natif de Fontenoy-le-Château, dioscèse de Besançon, décédé la veille muni des sacrements rue Neuve Notre Dame. Ont assisté à l'enterrement M. J-B Simonet de Maisonneuve et M. Ch. Salaün bourgeois de Paris demeurant rue du Faubourg Saint-Antoine qui ont signé avec nous. »
Il laisse, selon Van Bever, « le souvenir d’un esprit chagrin et d’un génie malheureux ».
François de Neufchateau dans son poème Les Vosges, consacrera une strophe à son compatriote :
Toutefois, la mort de Gilbert ne signe pas l’oubli définitif de son nom. Il y a plusieurs seuils à passer pour assurer la postérité d’une œuvre ; la mort est un de ces seuils[style à revoir], et c’est La Harpe qui, bien malgré lui, va d’une manière ou d’une autre, permettre au nom de Gilbert de survivre, et de connaître une certaine fortune littéraire durant tout le siècle qui va suivre. La Harpe, tâchant une fois de plus de ridiculiser le poète, va effectivement rédiger une notice nécrologique qui paraîtra dans le Mercure de France en 1780, puis qu’il intégrera plus tard dans sa Correspondance littéraire, notice dans laquelle il relate dans ses moindres détails, la mort supposée du poète :