Nicolas Fouquet, marquis de Belle-Île, vicomte de Melun et de Vaux, né le 27 janvier 1615 à Paris et mort le 23 mars 1680 à Pignerol, est un homme d'État français. Procureur général au Parlement de Paris et surintendant des Finances en 1653, il devient, en puisant dans les comptes publics, l'un des hommes les plus riches et les plus puissants du royaume de France.
Acquéreur de nombreuses terres et propriétés, il fait bâtir entre 1657 et 1661 le château de Vaux-le-Vicomte, qu'il transforme en un domaine fastueux, grâce aux artistes de renom qu'il embauche, ce qui contribue à alimenter la désaffection du jeune roi Louis XIV.
L'influence grandissante de Jean-Baptiste Colbert marque l'arrêt progressif de l'ascension de Fouquet, qui est dénoncé par Colbert pour malversations.
Destitué et arrêté sur l'ordre de Louis XIV en 1661, il est condamné au terme d'un procès-fleuve de trois ans à la confiscation de ses biens, et au bannissement hors du royaume. Sa peine est aggravée par le roi en un emprisonnement à vie dans la forteresse de Pignerol, où il meurt le 23 mars 1680.
Nicolas Fouquet retrouve une célébrité posthume par le biais des nombreux romans et films, notamment Le Vicomte de Bragelonne d'Alexandre Dumas.
Nicolas Fouquet est issu d'une famille d'origine angevine, qui fit fortune dans le commerce du drap avant de se convertir dans la magistrature et qui, contrairement aux prétentions de l'époque du clan Fouquet, n'était pas d'origine noble mais appartenait encore au XVIe siècle à la bourgeoisie marchande : le premier ancêtre connu Jehan Fouquet était installé comme drapier-chaussier près d'Angers à la fin du XVe siècle.
Le mot « fouquet » désignant un écureuil en langue angevine, les Fouquet portaient les armes d'argent à l'écureuil rampant de gueules avec la devise « Quo non ascendet ? » (« Jusqu'où ne montera-t-il pas ? ») qui était peut-être celle de la famille en général, mais en tout cas celle qui fut adoptée par Nicolas Fouquet.
Né le 27 janvier 1615 à Paris, il est le second fils de François IV Fouquet (alors maître des requêtes de l'hôtel du roi) et de Marie de Maupeou, issue d'une famille influente de la noblesse de robe.
En 1626, à la demande expresse du cardinal de Richelieu, François Fouquet est nommé juge du tribunal d'exception qui condamne à mort le comte de Chalais pour crime de lèse-majesté. Il se fait remarquer à cette occasion par Richelieu qui lui confie ensuite plusieurs missions et gagne auprès du cardinal un crédit, qui dès lors assure au clan Fouquet la protection de Richelieu.
Les Fouquet sont un modèle de famille catholique dévote et, comme les Maupeou, ils forment « une famille exemplaire de la Contre-Réforme ». Sur les douze enfants survivants du couple, les six filles et trois des garçons seront religieux (deux d'entre eux deviendront évêques). Nicolas Fouquet fait ses études chez les jésuites au collège de Clermont (futur lycée Louis-le-Grand) à Paris. Il semble alors s'orienter lui aussi vers l'état ecclésiastique : il reçoit la tonsure en janvier 1635, devient trésorier de l'abbaye Saint-Martin de Tours et reçoit le bénéfice du prieuré de Saint-Julien de Douy ; mais il s'oriente finalement vers une licence en droit à la Sorbonne, qu'il obtient en 1631 à l'âge de seize ans. Il est reçu avocat au Parlement de Paris en 1632.
Nicolas Fouquet épouse en 1640 à Nantes Louise Fourché de Quéhillac, fille unique d'un conseiller au parlement de Rennes, qui lui apporte en dot, en plus de la terre de Quéhillac, 160 000 livres en argent et rentes sur particuliers. Six mois après avoir donné naissance à une fille, Marie, Louise meurt à l'âge de 21 ans en août 1641. À 36 ans, il contracte un second mariage en février 1651 avec Marie-Madeleine de Castille, âgée de 15 ans, qui appartient elle aussi, par son père, à une famille de marchands passée à la finance, puis anoblie, et qui apporte à Fouquet le vaste cercle de relations de la famille de sa mère dans la haute robe parisienne.
À dix-neuf ans, il obtient une charge de conseiller au parlement de Metz, nouvellement créé par Richelieu, et bénéficie d'une dispense d'âge pour l'occuper. Il est alors chargé par le cardinal d'inventorier les papiers du Trésor de la chancellerie de Vic, où sont conservés tous les titres de la principauté épiscopale de Metz et de l'abbaye de Gorze afin de vérifier si le duc Charles IV de Lorraine n'empiète pas sur les droits du roi de France. Richelieu fait occuper le duché par les troupes françaises avant la fin des travaux et détache à Nancy un certain nombre de magistrats de la cour de Metz, dont Nicolas Fouquet, qui participe au conseil souverain en septembre 1634.
À Nancy, Fouquet mène grand train, prenant part aux séances à la comédie, aux bals et aux festins.
En 1636, son père lui achète une charge de maître des requêtes de l'Hôtel du roi et l'associe à ses affaires et lui cède une part dans la Compagnie des îles d'Amérique dont il est le directeur pour le compte de Richelieu, qui en est un des principaux actionnaires.
De 1642 à 1650, il est successivement intendant en Dauphiné, puis intendant de la généralité de Paris. Il devient alors intendant de l'armée des Flandres, puis de l'armée qui assiège Paris en 1649 et de celles que Mazarin envoie en Normandie, en Berry, en Guyenne et en Bourgogne. En 1650, Mazarin lui permet d'acheter pour 450 000 livres la charge de procureur général auprès du parlement de Paris.
Durant cette période, il reprend les activités de son père au sein des différentes compagnies maritimes, dans lesquelles la famille détient des parts : Compagnie des îles d'Amérique, du Sénégal ou encore de la Nouvelle-France. En 1640, il fait partie des premiers actionnaires de la Société du Cap-Nord et en 1642, il entre dans celle des Indes orientales, mais la mort de Richelieu, protecteur de longue date de la famille Fouquet, vient mettre fin à ses rêves coloniaux et maritimes. Fouquet choisit alors définitivement le service de l'État et celui du cardinal Mazarin qui succède à Richelieu.
Quand Mazarin s'exile à Brühl à la suite de son expulsion par le Parlement de Paris, Fouquet, procureur général, doit instruire contre le cardinal. Mais par le truchement de son frère Basile, chef de la police secrète du cardinal, il le tient informé jusqu’à son retour en grâce.
À la mort du duc de La Vieuville, surintendant des Finances, en janvier 1653, deux candidats se présentent pour occuper la charge : le diplomate Abel Servien et Nicolas Fouquet appuyé auprès de Mazarin par son frère l'abbé Fouquet.