Ce Jour-là

Nicolas Bouvier

Écrivain, photographe, iconographe et voyageur suisse (1929-1998)

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Nicolas Bouvier est un écrivain, photographe, iconographe et voyageur suisse, né le 6 mars 1929 au Grand-Lancy et mort le 17 février 1998 à Genève.

Nicolas Bouvier est le fils et dernier enfant du bibliothécaire Auguste Bouvier, spécialiste de la littérature de la guerre de Trente Ans et universitaire à Genève, et d'Antoinette Maurice, fille du compositeur Pierre Maurice. Il est un enfant rêveur, hypnotisé par les couleurs non seulement de ses atlas de géographie, mais aussi par les paysages exaltants du château de Coinsins, sur la Côte vaudoise, où il passe ses étés. Ce château était alors loué par son grand-père paternel, Bernard Bouvier, recteur de l'Université de Genève. Des heures de lecture clandestine finissent de donner à l'enfant le goût d'aller voir ailleurs. Jeune, il lit le journal assidûment, ce qui le mène à s'intéresser à des guerres comme la guerre d'Espagne ou la guerre de Finlande. Le jeune Bouvier fait sa scolarité à l'école Brechbühl de Genève, une école privée religieuse renommée, puis au Collège de Genève, un établissement également renommé, fondé en 1559 par Calvin. Encouragé par son père qui voyagera, en quelque sorte, par procuration à travers son fils, Nicolas Bouvier part pour son premier voyage, effectué en solitaire, en Bourgogne, à dix-sept ans. Il est chargé de rapporter des timbres à son père, pour sa collection. Il suit des cours d'histoire médiévale, de sanskrit et de droit à l'Université de Genève.

Journalisme et l'Usage du Monde

En 1948, il est envoyé en reportage en Finlande par le journal La Tribune de Genève, puis, en 1950, voyage dans le Sahara algérien pour le quotidien Le Courrier.

En 1951, il effectue un premier voyage au long cours, avec Thierry Vernet et Jacques Choisy, de Venise jusqu'à Istanbul. Cette expédition mène à un petit opuscule, Douze gravures de Thierry Vernet. Trois textes de Nicolas Bouvier, qui sera édité chez Kunding à une trentaine d'exemplaires. Puis, en juin 1953, il repart en Fiat Topolino avec Thierry Vernet, de Belgrade à Kaboul, à travers la Yougoslavie, la Turquie, l'Iran, le Pakistan et l'Afghanistan. Cette première partie du voyage est racontée dans L'Usage du monde.

Après un an et six mois de voyage, les deux amis se séparent, Thierry Vernet rejoint son amoureuse à Ceylan, et Nicolas Bouvier continue seul sa route à travers l'Inde afin de gagner la Chine. La route étant fermée pour des raisons politiques, il gagne Ceylan où, malade et déprimé, il reste neuf mois. Il décrira ce séjour dans Le Poisson-scorpion, publié en 1982, près de vingt-cinq ans plus tard. Il finit par embarquer, en octobre 1955, sur Le Vietnam, un paquebot français des Messageries maritimes, qui le conduit au Japon, où il reste une année, rédigeant des articles pour des journaux et magazines japonais. Il rentre par bateau à Marseille, à la fin de 1956. Son expérience du Japon, augmentée d'autres séjours plus tardifs, donnera lieu à Chronique japonaise en 1970.

En 1958, il épouse à Neuchâtel Éliane Petitpierre (1933-2022), fille du conseiller fédéral Max Petitpierre et nièce de Denis de Rougemont ; puis le couple s'installe à Cologny. De 1958 à 1963 (année de la mort de son père), il effectue des travaux d'iconographie pour l'OMS et la Nouvelle Bibliothèque illustrée des sciences et des inventions des Éditions Rencontre. Au fil de ses travaux, il rassemble d'abondantes archives personnelles, constituées notamment de 30 000 documents qui comprennent des estampes populaires et des planches techniques. De 1964 à 1965, ils séjourneront au Japon avec leurs deux enfants. D'autres voyages suivront : en Asie (Japon, Corée du Sud, Chine) ou en Europe (Irlande, îles d'Aran). En 1968, Nicolas Bouvier est lauréat du prix Rambert, qui est le plus ancien prix littéraire de Suisse romande, décerné par un comité d'étudiants. En 1970, Bouvier se rend à Osaka avec la Délégation suisse, à l'occasion de l'exposition universelle de 1970. Il y présente quatre livres, qu'il a adaptés pour l'occasion. Par la suite, il se rend en Corée du Sud sur l'île de Cheju. Ce voyage mènera au récit nommé Les Chemins du Halla-san, publié dans le Journal d'Aran et d'autres lieux aux éditions Payot en 1990.

Atteint d'un cancer, Nicolas Bouvier meurt le 17 février 1998. Il est inhumé à Cologny.

L'œuvre de Nicolas Bouvier, jusqu'à récemment peu connue du public français, et notamment universitaire, est pourtant considérée comme un chef-d'œuvre de la littérature de voyage. L'Usage du monde, publié à compte d'auteur en 1963, a contribué à redéfinir la littérature de voyage au XXe siècle. Il est aujourd'hui une référence pour de nombreux voyageurs et écrivains. Bouvier expérimente aussi d'autres genres littéraires, comme le récit poétique ou le récit illustré (« iconotexte », qui se présente comme un « patchwork », une étroite collaboration entre texte et images avec les dessins de Thierry Vernet). Chez Bouvier, l'écriture naît du voyage et de la contemplation que ce dernier procure. François Laut, dont la biographie de l'écrivain a pour sous-titre L'Œil qui écrit, ne s'y est pas trompé.

L'inscription de L'Usage du monde au programme de la session 2018 de l'agrégation de lettres constitue une consécration pour l’œuvre littéraire de Nicolas Bouvier. Conséquemment à ce choix, de nombreux groupes d'études de Nicolas Bouvier se sont constitués en France métropolitaine et dans l'outremer. Tandis que l'on voit se multiplier les traductions comme publications savantes sur son œuvre, l'écriture de Bouvier, mélange d'ascétisme et d'abondance, longtemps restée confidentielle et goûtée seulement par un petit nombre d'amateurs privilégiés, est aujourd'hui reconnue dans le monde entier, entre autres dans les milieux littéraires, notamment grâce à la diffusion de L'Usage du Monde en de multiples éditions, œuvre devenue un best-seller.

(Liste non exhaustive, par ordre de parution)

L'Usage du monde, 1963, Payot poche, 1992 (ISBN 222889401X)

Japon, éditions Rencontre - L'Atlas des Voyages, Lausanne, 1967 GB648-B45

Chronique japonaise, 1975, éditions Payot, 1989 (ISBN 2228894001)

Vingt cinq ans ensemble. Histoire de la télévision Suisse Romande, éditions SSR, 1975

Voyage poétique à travers le Japon d'autrefois : La route étroite vers les districts du Nord [par Bashô] et haïku choisis, photos Dennis Stock, trad. N. Bouvier, Office du Livre, 1976 ([rééd. [sans les photos] Bashô, Le chemin étroit vers les contrées du Nord, Genève, Héros-Limite, 2024 (ISBN 978-2-889-55103-3)]

Le Poisson-scorpion, 1982, éditions Gallimard, Folio, 1996 (ISBN 2070394956)

Les Boissonnas, une dynastie de photographes, éditions Payot, Lausanne, 1983 (ISBN 2601000406) ; éditions Héros-Limite, 2010 (ISBN 978-2940358519)

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