Nicolas Thomas Baudin, né le 17 février 1754 à Saint-Martin-de-Ré (Charente-Maritime) et mort le 16 septembre 1803 à l'Île Maurice (nommée « Île de France » à l'époque) est un marin, capitaine, cartographe et explorateur français.
Il naît dans la famille d'un marchand bien établi. Il s'engage en 1769 dans la marine marchande de son oncle Jean Peltier Dudoyer, et en 1774 comme cadet à la Compagnie des Indes orientales. Il est sous-officier en 1776 au régiment de Pondichéry avec la fonction de fourrier. Deux ans plus tard, il sert aux Antilles pendant la guerre d'indépendance des États-Unis. Puis il navigue plusieurs années sur des navires armés par Peltier Dudoyer. C'est ainsi qu'il obtient le commandement d'une frégate civile l'Appolon chargée de transporter la légion de Luxembourg pour soutenir les Hollandais au cap de Bonne-Espérance. Mais arrivé au port de Brest, où il rejoint les vaisseaux chargés d'accompagner le convoi, le comte d'Hector commandant de la forteresse de Brest, lui retire le commandement au profit d'un officier de la Compagnie des Indes. Ce favoritisme de naissance provoque donc son amertume et le confirme dans la marine marchande. Il est capitaine en 1785 de la Caroline qui transporte les derniers Acadiens de Nantes à La Nouvelle-Orléans. Des négociants en bois de La Nouvelle-Orléans signent un contrat avec lui pour transporter une cargaison de bois, de viande salée, etc. à bord de la Joséphine qui appareille le 14 juillet 1786 à destination de l'Isle de France, où il arrive le 27 mars 1787. Entre-temps, la Joséphine s'arrête à Cap-Français en Haïti, où Baudin rencontre le botaniste autrichien Franz Josef Maerter qui l'informe qu'un autre botaniste autrichien, Franz Boos, attend au cap de Bonne-Espérance un bateau pour l'emmener à l'île de France. La Joséphine en arrivant au Cap le prend donc à bord et l'emmène à bon port. Après quelque temps à l'île de France, Boos charge Baudin de ses collections de spécimens de flore du Cap et de l'île de France qu'il lui confie pour les rapporter en Europe à son retour. Baudin prend la précieuse collection à bord et arrive au port de Trieste (à l'époque port autrichien), le 18 juin 1788. Baudin apprend ainsi la botanique et les techniques de maintien en vie des plantes et des animaux à bord.
Le gouvernement impérial autrichien a l'intention d'organiser alors une expédition maritime de sciences naturelles dont Boos serait le responsable. Cette expédition devait être conduite à bord de deux navires à destination des côtes de Malabar et de Coromandel, du Bengale, de l'île de Ceylan, de Sumatra, Java, Bornéo, la Cochinchine, le Tonkin, la Chine et le Japon. Baudin a toutes les raisons de penser qu'il serait le commandant de cette expédition.
Il part donc à bord de la Jardinière de Trieste à destination de Canton via l'île de France (île Maurice aujourd'hui). Le navire navigue sous pavillon américain pour éviter d'être saisi par les Chinois en raison de dettes dues par la Compagnie impériale asiatique de Trieste. Arrivé à destination, Baudin envoie son second commander la Jardinière jusqu'aux côtes nord-américaines pour un commerce de fourrures, mais le navire coule devant l'île Asuncion à la fin de l'année 1789. Baudin se rend donc à l'île de France pour trouver un bâtiment de remplacement, la Jardinière II, mais le navire est détruit par un cyclone tropical qui frappe Port-Louis, le 15 décembre 1789. Il embarque donc à bord d'un bâtiment espagnol de la Compagnie royale des Philippines à destination de Cadix, le Placeres et quitte Port-Louis en août 1790. Au passage, il s'arrête au Cap pour prendre à bord la collection du botaniste autrichien, Georg Scholl (adjoint de Booz), qu'il doit livrer au palais de Schönbrunn. Cependant l'état déplorable du navire oblige à s'arrêter à l'île de la Trinité, où la collection est déchargée, et Baudin continue sa route sur un autre bateau vers la Martinique. Il envoie des courriers à Vienne pour proposer ses services, un règlement de la dette vis-à-vis des marchands chinois, et le transport du reste de la collection de Scholl, puis plaide sa cause lui-même à Vienne en septembre 1791, pour l'organisation d'une expédition en Extrême-Orient sous drapeau impérial autrichien. La cour de Schönbrunn lui octroie finalement le titre de capitaine de la Marine impériale en janvier 1792. Deux botanistes sont choisis, Franz Bredemeyer et Joseph van der Schot, un navire est armé et baptisé également du nom de la Jardinière.
Entre-temps le trône de France s'est écroulé. La nouvelle République est en guerre contre l'Autriche, ce qui cause des retards dans l'organisation de l'expédition. La Jardinière part enfin de Malaga, le 1er octobre 1792. Elle franchit le cap de Bonne-Espérance et se dirige vers la Nouvelle-Hollande ; mais deux cyclones consécutifs empêchent la mission d'effectuer toute étude véritable, et le navire doit se mettre sur cale à Bombay pour réparations. L'expédition repart ensuite vers le golfe Persique, la côte orientale africaine, la mer Rouge, où des spécimens de flore et de faune sont collectés.
La campagne scientifique prend fin brutalement en juin 1794 lorsqu'une tempête éclate dans la baie de la Table. Baudin survit à la catastrophe et rentre en France via les États-Unis, après avoir pu décharger la cargaison de la Jardinière à l'île de la Trinité. Il tente alors sans succès d'intégrer la marine de guerre française.
Il rencontre à Paris Antoine-Laurent de Jussieu en mars 1796 et lui suggère d'organiser pour le compte du Muséum national d'histoire naturelle une expédition aux Antilles et aux Caraïbes pour rapporter des plantes, des oiseaux et des insectes et de rapporter le reste de la collection laissée à la Trinité (Trinidad). La proposition est acceptée par le gouvernement français qui y voit ses intérêts face à la puissance navale britannique et qui prend en compte l'expérience du capitaine Baudin.
Le voyage aux Antilles (1796-1798)
Baudin est nommé commandant en chef de l'expédition à bord de la Belle-Angélique qui appareille du Havre le 30 septembre 1796 pour les Canaries, avec un botaniste, Ledru, un jardinier, Riedlé, et deux zoologistes, Maugé et son adjoint, Levillain.
Cependant la Belle-Angélique est jugée incapable de poursuivre et un nouveau navire, la Fanny, la remplace en partant des Canaries. L'expédition atteint l'île de la Trinité en avril 1797. L'île vient juste d'être prise par les Britanniques qui en chassent les Espagnols et les nouvelles autorités interdisent à Baudin de charger la collection botanique qu'il avait laissée trois ans plus tôt. La Fanny appareille donc pour Saint-Thomas et Sainte-Croix, puis visite Porto Rico. Des collections de flore et de faune sont rassemblées. À Sainte-Croix, la Fanny est remplacée par un nouveau navire plus maniable qui est rebaptisé la Belle-Angélique. L'expédition continue vers les Antilles. Elle est de retour en France en juin 1798.
Les 27 et 28 juillet 1798, avec ses chars chargés de plantes exotiques qu'il vient de ramener, il se joint au cortège de la célébration de la fête de la Liberté et des conquêtes des sciences et des arts où l'on exhibe les œuvres d'art ramenées d'Italie par Napoléon. Le même jour, sur son intervention, son cousin Marie-Étienne Peltier reçoit une lettre de Bruix le nommant commandant du Corsaire de Bayonne Virginie. Nicolas Baudin, sur le rapport du ministre de la Marine au Directoire, est réintégré dans la marine de guerre le 4 août 1798, avec le grade de capitaine de vaisseau. Il est chef d'état-major de l'amiral Bruix, qui sur le vaisseau l'Océan commande l'escadre chargée de ravitailler Gênes.
Le voyage aux Terres Australes (1800-1803)
En octobre 1800, il est sélectionné, après avoir de nouveau sollicité les autorités et obtenu une audience en mars du Premier consul, pour commander une expédition sur les côtes de l'Australie avec deux navires, le Géographe et le Naturaliste, pour vingt-deux savants, dessinateurs et jardiniers, dont neuf zoologistes et botanistes, y compris Jean-Baptiste Leschenault de La Tour. La moitié quitte l'expédition à l'escale de l'île de France, en mars-avril 1801. D'autres meurent de dysenterie au cours du voyage qui se poursuit, comme Maugé, Levillain, ou Riedlé, et d'autres enfin sont débarqués pour cause de maladie, comme Leschenault en juin 1803.