Harry Gustaf Nikolai Ustinoff, dit Nicolai Gedda ou Gädda, est un ténor suédois, né le 11 juillet 1925 à Stockholm (Suède) et mort le 8 janvier 2017 à Tolochenaz (Suisse).
Soliste majeur du Metropolitan Opera, sa carrière le conduit au-devant des plus grandes scènes lyriques — opéra royal de Stockholm, Covent Garden, Wiener Staatsoper, Grand Théâtre, palais Garnier, Scala de Milan — sous des baguettes prestigieuses — telles qu'André Cluytens, Herbert von Karajan, Otto Klemperer, Dimitri Mitropoulos et Georges Prêtre — auxquelles s'ajoutent des collaborations émérites avec, entre autres, les pianistes Gerald Moore et Geoffrey Parsons, outre maints partenariats légendaires « sul palcoscenico » ou en studio auprès d'artistes lyriques renommés parmi lesquels figurent notamment Maria Callas, Nicolaï Ghiaurov, Mirella Freni, Jerome Hines, George London, Victoria de los Ángeles, Christa Ludwig, Mady Mesplé, Janine Micheau, Anneliese Rothenberger et Elisabeth Schwarzkopf.
Hyperpolyglotte, faisant preuve d'une diction exemplaire d'acteur et d'une remarquable musicalité, tout en finesse, se singularisant par son extraordinaire polyvalence et l'étendue de son répertoire, sa facilité hors-norme à atteindre le registre aigu et suraigu de la voix, sa parfaite maîtrise de l'« aperto-coperto » ainsi que l'égalité de son registre phonatoire alliée à la beauté magistrale de sa mezza voce, il détient à ce jour un record historique jamais égalé au regard du nombre d'enregistrements discographiques lyriques et opératiques auxquels il a participé.
Doté d'une technique émissive hors-pair et se démarquant par une exceptionnelle longévité vocale tout au long d'une carrière mondiale s'étalant sur plus d'un demi-siècle, il est considéré comme l'un des plus grands ténors de tous les temps.
Harry Gustaf Nikolai Lindberg naît avec ce nom d'état civil le 11 juillet 1925 à Stockholm. Fruit de l'union fugace entre une jeune serveuse célibataire, Clary Linnéa Lindberg, et d'un père russo-suédois sans emploi, Nicolaj Gädda, il est abandonné à sa naissance par ses géniteurs avant d'être recueilli puis élevé par sa tante paternelle, Olga Gädda, fille d'un Russe émigré en Suède, et par le compagnon de celle-ci, Mikhail Ustinoff, qui a fui son pays et la révolution de 1917. Mikhail Ustinoff est apparenté à l'acteur britannique Peter Ustinov. L'enfant est originellement baptisé sous le nom de Harry Gustaf Nikolaj Gädda. La famille part en 1929 pour Leipzig en Allemagne — où le jeune enfant suit ses premières années de scolarité —, mais décide de rentrer en Suède dès 1934 « pour fuir la peste brune », le parti national-socialiste (le parti nazi) étant désormais au pouvoir en Allemagne (depuis 1933).
Le nom officiel de l'enfant devient Harry Gustaf Nikolai Ustinoff à la suite du mariage de sa tante, Olga Gädda, et de Mikhail Ustinoff.
Plus tard, une seule fois dans sa vie, Gedda rencontrera sa mère naturelle ; par ailleurs en 1977, il manquera de peu de rencontrer son père biologique, le frère de sa mère adoptive, en montant dans un taxi qui venait d'emmener le vieil homme à l'hôpital pour un problème cardiaque et qui mourra peu après : il a pu connaître cette information par le chauffeur de taxi qui avait été intrigué par la similitude du nom de scène du chanteur avec le nom du client souffrant qu'il venait de transporter.
Avant le mariage de la tante de Nicolai Gedda avec Mikhail Ustinoff, celui-ci qui est son père d'adoption officieux, est ancien membre d'un ensemble vocal kouban qui a autrefois effectué de nombreuses tournées internationales à travers l'Europe et les pays baltes. À Leipzig, Mikhail Ustinoff est Kapellmeister, « cantor » et chef de chœur de l'église orthodoxe russe Saint-Alexis. Il enseigne ainsi au jeune Nicolai tous les éléments fondamentaux de la musique, spécialement vocale, tout en ne manquant pas de le faire régulièrement chanter en soliste dans le chœur d'enfants qu'il dirige conjointement au sein de l'enceinte ecclésiale.
En 1946, Nicolai Gedda effectue son service militaire à Linköping en Suède. Un compagnon de chambrée rapporte à la radio suédoise que le jeune Nico s'y voit régulièrement hélé et rappelé vigoureusement à l'ordre par sa hiérarchie. En effet, il persiste à systématiquement à se « planquer » dans quelque endroit discret ou isolé à tout moment de la journée pour y chanter à tue-tête et y pratiquer scrupuleusement ses exercices quotidiens d'échauffement vocal, une pratique qui l'amène ponctuellement à carrément oublier ou délibérément passer outre — voire de ne même plus réussir à entendre — l'appel collectif du matin supposé rassembler la totalité de la bleusaille dans l'enceinte de la caserne.
De retour de l'armée, il se résout à opter pour un emploi de guichetier de banque afin de subvenir aux besoins d'Olga et de Mikhail qui croulent sous les problèmes financiers. Il ne renonce pas pour autant à ce qu'il sent naître en lui comme une véritable vocation : la voix. Il complète ses modestes revenus en chantant lors de mariages et autres événements. Il caresse le rêve de pouvoir bénéficier de la guidance d'un professeur expérimenté afin de parfaire ses balbutiements embryonnaires de technique vocale. Malheureusement, il ne dispose d'aucune fortune personnelle qui pourrait lui permettre de mener à bien son projet. De plus, la quasi-intégralité de son salaire sert à éponger les dettes de ses parents. D'heureuses circonstances l'amènent pourtant à rencontrer un client fortuné qui, passionné d'art lyrique et flairant le talent de son interlocuteur, lui offre de lui payer ses cours de chant chez un chanteur lyrique renommé et considéré comme le meilleur pédagogue de la voix du moment.
Cette aide bienvenue l'amène ainsi à pouvoir se perfectionner auprès du ténor wagnérien Martin Öhman ainsi qu'à l'École royale supérieure de musique de Stockholm. Son professeur compte alors déjà dans son école le ténor suédois Jussi Björling auquel viendra plus tard se greffer la basse finlandaise Martti Talvela.
À partir de 1957, il peaufine sa technique et son art de l'émission à New York auprès de Paola Novikova, dont la rencontre marque une évolution décisive dans sa façon d'appréhender les diverses facettes de la technique vocale propre à l'art lyrique. De fait, Novikova, unique élève du baryton Mattia Battistini, est par extension l'ultime héritière de la tradition séculaire liée à l'ancienne école italienne de chant, l'authentique bel canto. Elle forme de nombreux élèves, eux-mêmes devenus des pointures internationales de l'art lyrique. Y figurent notamment les sopranos Helen Donath, Janine Micheau et Wilma Lipp ainsi que la contralto Fedora Barbieri et le ténor Ferruccio Tagliavini. Le baryton-basse canadien George London bénéficiera aussi de son enseignement pendant dix-sept ans, de 1950 à 1967. Quant à Gedda, il suivra inlassablement son enseignement pendant une dizaine d'années intenses de travail vocal jusqu'à ce qu'elle meure en 1967.
Il fait ses premières armes en 1951 à l'opéra royal de Stockholm en participant à la création mondiale de l'opéra contemporain Der rote Stiefel (La botte rouge) du compositeur suisse alémanique Heinrich Sutermeister. La direction du Kungliga Operan, relevant sa facilité évidente à naviguer dans le registre aigu et même suraigu, lui confie l'année suivante la mission de chanter en version suédoise le rôle de Chapelou de l'opéra français Le Postillon de Lonjumeau d'Adolphe Adam. Le défi se montre de taille. En effet, l'un des airs clés — « Mes amis, écoutez l'histoire » — se conclut par un périlleux contre-ré. Cette difficulté n'effraie pas le jeune novice qui relève le défi en renouvelant sa prouesse à chaque représentation, ou en faisant retentir cette note pourtant si haut perchée sans difficulté apparente. Il pousse même l'outrecuidance dans l'aisance au point d'en faire perdurer l'éclat sonore sous forme de point d'orgue improvisé. Bien peu de ténors parviennent à se hisser à des cimes aussi vertigineuses sans risquer de compromettre leur intégrité phonatoire.