Nick Drake est un auteur-compositeur-interprète et musicien britannique né le 19 juin 1948 à Rangoun, en Birmanie, et mort le 25 novembre 1974 à Tanworth-in-Arden, dans le Warwickshire.
Issu d'une famille de la classe moyenne supérieure, Drake commence à jouer de la musique à un jeune âge, d'abord du piano, puis de la clarinette, du saxophone et de la guitare, qui devient son instrument de prédilection à l'adolescence. Il signe un contrat avec la maison de disques Island Records en 1968, alors qu'il est encore étudiant à l'université de Cambridge. Il enregistre trois albums dans les années qui suivent, Five Leaves Left (1969), Bryter Layter (1970) et Pink Moon (1972). Leurs ventes sont médiocres, d'autant que Drake répugne à donner des interviews et à se produire en public. Souffrant de dépression et d'insomnie, il abandonne sa carrière musicale et retourne vivre chez ses parents. Le 25 novembre 1974, il meurt d'une surdose d'amitriptyline, un antidépresseur, à l'âge de 26 ans, sans que l'on sache s'il s'agit d'un suicide ou d'un accident.
La musique de Nick Drake commence à être découverte par le grand public dans les années 1980, lorsque des artistes comme Robert Smith des Cure ou Peter Buck de R.E.M. la citent comme une influence. Le groupe The Dream Academy lui dédie sa chanson Life in a Northern Town, qui se classe dans le Top-15 des ventes au Royaume-Uni et aux États-Unis en 1985. Devenu l'archétype du musicien romantique maudit, Drake fait l'objet d'une première biographie en 1997 et d'un documentaire télévisé l'année suivante. En 1999, sa chanson Pink Moon est utilisée dans une publicité de Volkswagen, ce qui donne un coup de fouet significatif aux ventes de ses albums. À la suite de cette popularisation de son œuvre, ses chansons apparaissent dans de nombreux films et connaissent des reprises par des artistes très divers.
Nicholas Rodney Drake naît le 19 juin 1948 à Rangoun, en Birmanie britannique, dans une famille de la classe moyenne supérieure. Son père Rodney (1908-1988) est arrivé en Birmanie dans les années 1930 pour rejoindre la Bombay Burmah Trading Corporation en tant qu'ingénieur. En 1934, il rencontre la fille d'un vétéran de l'Indian Civil Service, Mary Lloyd (1916-1993), surnommée « Molly » pour sa famille. Rodney la demande en mariage en 1936, mais ils doivent attendre un an l'accord de la famille de Molly. Les Drake rentrent au Royaume-Uni en 1951 et s'installent dans le domaine de Far Leys, près de Tanworth-in-Arden, dans le Warwickshire. Outre Nick, ils ont également une fille, de quatre ans son aînée, Gabrielle, née en 1944.
Rodney et Molly Drake sont tous deux mélomanes, qu'il s'agisse de musique classique ou populaire. Les chansons écrites par Molly au piano, qui font surface après sa mort, présentent des points communs avec la musique de son fils, notamment une voix fragile et un certain fatalisme. Encouragé par sa mère, Nick apprend à jouer du piano très jeune et compose ses premières chansons. Il les enregistre sur un magnétophone à bandes conservé dans le salon familial.
En 1957, Nick Drake entre à l'internat d'Eagle House School (en), dans le Berkshire. Cinq ans plus tard, il entre au Marlborough College, où ont étudié son père, son grand-père et son arrière-grand-père avant lui. Il développe un intérêt pour le sport, notamment le sprint, et devient brièvement capitaine de l'équipe de rugby de l'école. Ses camarades de classe se souviennent de lui comme d'un élève confiant mais parfois distant. Son père Rodney se souvient : « Dans l'un de ses rapports, [le proviseur] disait que personne ne semblait bien le connaître. Toujours pareil avec Nick. Les gens ne le connaissaient pas vraiment ».
Drake joue du piano au sein de l'orchestre de l'école et apprend la clarinette et le saxophone. Avec quatre camarades, il monte un groupe, « The Perfumed Gardeners », en 1964 ou 1965. Ils reprennent des chansons de rhythm and blues et des standards du jazz, ainsi que des titres des Yardbirds ou de Manfred Mann ; Drake joue du piano, et à l'occasion chante ou joue du saxophone. Chris de Burgh fait brièvement partie du groupe avant d'être exclu par les autres membres, qui jugent ses goûts « trop pop ». Les résultats scolaires de Drake se détériorent : alors qu'il avait sauté une classe à Eagle House, il commence à négliger ses études en faveur de la musique. En 1963, il passe sept GCE (en) de niveau ordinaire, moins que ce à quoi s'attendaient ses professeurs, et il échoue en physique-chimie. En 1965, il achète pour 13 livres sa première guitare acoustique, une Levin (en), et apprend l'accord ouvert et le picking.
En 1966, Nick Drake obtient une bourse pour étudier la littérature anglaise au Fitzwilliam College de l'université de Cambridge. Il retarde son inscription pour passer six mois à l'université d'Aix-Marseille à partir de février 1967. Il commence à pratiquer sérieusement la guitare à Aix-en-Provence et joue souvent en public dans le centre-ville avec des amis pour gagner de l'argent. Drake commence également à fumer du cannabis ; il se rend au Maroc au printemps parce que, d'après son compagnon de voyage Richard Charkin, « c'est là qu'on trouvait la meilleure herbe ». C'est probablement à Aix que Drake découvre le LSD, et les paroles qu'il écrit à cette époque (notamment celles de Clothes of Sand) suggèrent un intérêt pour les hallucinogènes.
À son retour en Angleterre, il emménage chez sa sœur Gabrielle à Hampstead avant d'entrer à Cambridge en octobre. Ses professeurs le considèrent comme un étudiant brillant mais dépourvu d'enthousiasme, voire paresseux. Il peine à nouer des liens avec ses condisciples ou le corps enseignant. Son biographe Trevor Dann note que ses photos officielles présentent un étudiant à l'air maussade et détaché. Cambridge attache une grande importance à ses équipes de rugby et de cricket, mais Drake ne s'intéresse plus du tout au sport : il préfère rester dans sa chambre à fumer du cannabis, écouter des disques et jouer de la guitare. Il s'intéresse aux scènes folk britannique et américaine et tombe sous l'influence de Bob Dylan, Josh White et Phil Ochs. Il commence à se produire dans les clubs locaux et les cafés londoniens. En février 1968, lors d'un concert avec Country Joe and the Fish au Roundhouse de Camden Town, il est remarqué par Ashley Hutchings, le bassiste du groupe de folk Fairport Convention. Hutchings se souvient avoir été impressionné par le talent de guitariste de Drake, mais surtout par son apparence : « Il avait l'air d'une vedette. Il avait l'air exceptionnel, on aurait dit qu'il mesurait 2 mètres 10 de haut. »
Hutchings présente Drake à Joe Boyd, un producteur américain de 25 ans propriétaire de Witchseason Productions, une filiale d'Island Records. Boyd, qui a découvert Fairport Convention et popularisé John Martyn et The Incredible String Band, possède une solide réputation dans le monde du folk britannique. Il noue rapidement une relation étroite avec Drake et devient son mentor. Après avoir écouté une démo de quatre titres enregistrée par Drake dans sa chambre universitaire, Boyd lui offre un contrat de management, de publication et de production et le pousse à travailler sur un premier album. Le chanteur avait d'ores et déjà décidé de ne pas terminer sa troisième année à Cambridge.
Nick Drake commence à enregistrer Five Leaves Left, son premier album, à la fin de l'année 1968, avec Joe Boyd comme producteur. Les séances se déroulent aux studios Sound Techniques de Londres ; le chanteur sèche les cours pour se rendre à la capitale en train. Inspiré par la production de Songs of Leonard Cohen, le premier album de Leonard Cohen, Boyd souhaite mettre en évidence la voix de Drake et inclure des instruments à cordes. Il recrute des musiciens de studio dans la scène folk londonienne, parmi lesquels Richard Thompson (guitariste de Fairport Convention) et Danny Thompson (contrebassiste de Pentangle). Il embauche John Wood (en) comme ingénieur du son, et choisit Richard A. Hewson pour les arrangements des instruments à cordes.