Niccolò Paganini, né le 27 octobre 1782 à Gênes et mort le 27 mai 1840 à Nice, est un violoniste, altiste, guitariste et compositeur génois.
Par sa technique exceptionnelle, il a contribué à l'histoire du violon, mais également à intégrer la dimension virtuose dans l'art, dont il est un des représentants les plus célèbres, attirant à lui d'autres compositeurs romantiques, tel Liszt. Souvent qualifié de plus grand violoniste de tous les temps, il est également un compositeur réputé.
Même si l'ensemble ou presque des techniques modernes du violon n'est pas de son fait (staccato, trémolo, glissando, pizzicato de la main gauche, entre autres, sont dans les Capricci de Locatelli ou les duos de son maître Rolla), il a inventé de nouvelles façons de jouer du violon, en les rassemblant, il les actualise ou magnifie les effets déjà existants (trilles, double-cordes, démanché), lui donnant un nouvel élan ; la postérité considérant qu'il y a « un avant et un après » Paganini.
Niccolò Paganini naît dans une famille modeste et est baptisé à l'église San Salvatore, le lendemain de sa naissance. Il est le troisième fils d'Antonio Paganini, né en 1754, ancien docker (ligaballe) qui arrondit ses fins de mois en jouant de la mandoline, et de Teresa Bocciardo, tous deux amateurs de musique. Son frère aîné, Carlo (1778–1830), sera également violoniste. Il a deux sœurs, Nicoletta, âgée d'un an en 1782 (deux enfants morts en bas âge) et Domenica, née en 1788.
Il apprend la mandoline avec son père à cinq ans et, à la suite d'un songe de sa mère où elle l'avait vu jouant du violon en soliste et entraînant un orchestre, se met à étudier le violon deux ans plus tard, dressé par son père autoritaire qui le contraint à jouer du violon du matin au soir et le prive de nourriture lorsqu'il ne s'applique pas suffisamment. Il étudie ensuite avec un violoniste professionnel mal identifié, Giovanni Cervetto (ou Servetto) ; puis avec Giacomo Costa, premier violon de l'orchestre du théâtre et maître de chapelle à San Lorenzo pendant trente leçons — plus tard Paganini se rappelait ce « bon vieux Costa », mais ne défendait pas sa manière « de tirer l'archet, tellement antinaturelle ». Il compose sa première sonate (perdue) à l'âge de huit ans et donne son premier concert — un concerto de Pleyel — six mois après. Il prend ses premières leçons de composition avec Francesco Gnecco et, à douze ans, donne des concerts dans les églises (San Agostino) et les cercles privés, où il est remarqué par le marquis et patricien génois Gian Carlo Di Negro. À la même époque, en 1795, il compose les quatorze variations sur La Carmagnole pour violon et guitare, pièce inspirée par la chanson de la Révolution française et destinée au public francophile de Gênes. L'œuvre constitue un précieux témoignage du style précoce de Paganini.
Beaucoup de professeurs se succèdent au cours de la scolarité de Paganini. Le jeune élève étant trop doué, beaucoup ne sont pas à la hauteur. Il donne un concert en 1795 au théâtre San Agostino, pour financer ses frais de déplacement et d'études. Recommandé à la famille du virtuose par le marquis Di Negro, ébahi par les prestations musicales de Niccolò, Paganini, treize ans, se rend chez Alessandro Rolla à Parme. Après que le jeune violoniste a déchiffré à première vue une œuvre inconnue, Rolla est tellement impressionné par sa technique exceptionnelle qu'il estime n'avoir rien à lui apprendre dans la technique du violon. Néanmoins, Paganini travaille avec lui plusieurs mois. En 1796, il découvre L’Arte del violino de Locatelli, qui contient vingt-quatre caprices pour le violon. Avec la rencontre de August Duranowski (Auguste Frédéric Durant, violoniste polonais d'origine française), un peu antérieure, dont il apprend les effets brillants et populaires, il s'agit des deux influences qui jouent un grand rôle dans la formation de la technique violonistique de Paganini. La troisième est celle de Rodolphe Kreutzer, le principal disciple de Viotti, qui joue à Gênes en 1796 et 1797. Il lui est présenté par l'intermédiaire de Giancarlo Di Negro et lui apporte un jeu au style noble et ample, caractéristique de l'école de Viotti. Avant la composition de ses propres concertos, ceux de Kreutzer, Viotti et Rode étaient à son répertoire courant et synthétisent les influences de l'école génoise de violon. Le concerto de jeunesse désigné sous le numéro 6 montre bien ces influences, outre celle de la technique de Rolla.
En dehors de l'instrument, Paganini reçoit, sur la recommandation de Rolla, des leçons de composition (trois fois par semaine, durant six mois environ) par Ferdinando Paër (en passe de partir à Vienne), et surtout par Gasparo Ghiretti (1754–1797), lui-même violoncelliste et maître du précédent, qui a sans doute beaucoup compté dans la formation musicale. Dans une lettre de 1831 à Paër, alors parisien, Paganini signe « votre disciple reconnaissant ». Il compose vingt-quatre fugues à quatre mains et plusieurs œuvres de musique instrumentale, mais beaucoup des œuvres de cette période d'étude ne sont pas restées. Parallèlement, accompagné de son père, il effectue des tournées de concerts dès l'âge de quinze ans. Lorsqu'il retourne à Gênes, fin 1796, il est déjà un compositeur accompli avec une excellente maîtrise de la théorie, de l'orchestration et du contrepoint.
En 1797, les troupes françaises arrivent à Gênes et la flotte anglaise fait blocus. Pour montrer l'étendue de son talent, il tente sa chance dans l'Italie du Nord : Livourne, Modène… où il arrive fin 1800 et se produit au théâtre Rangoni. Il joue des compositions écrites, mais s'attache à conserver un certain mystère sur ses techniques de jeu. Il est l'un des premiers musiciens à gérer sa carrière avec un sens certain de la publicité.
Lucques et tournées italiennes
En 1801, âgé de dix-huit ans, Paganini s'installe à Lucques pour une dizaine d'années. Cette ville, qui peut se flatter d'une tradition musicale — elle a vu naître Geminiani, Manfredini et Boccherini —, se trouve occupée par la France depuis fin 1799. Il donne son premier concert lors du festival de Santa Croce, après un examen :
« Quatre ans avant le couronnement de Napoléon à Milan, Paganini se rendit à Lucques pour la célèbre solennité religieuse de la Sainte-Croix ; selon les statuts, il fut soumis à un examen, et tous se moquaient de son long archet et de la grosse armature de ses cordes ; mais après l'épreuve, il eut de forts applaudissements, de sorte que les autres candidats et concertistes n'osèrent plus se faire entendre. »
— Autobiographie, transcrite par Peter Lichtenthal.
Cet usage de l'archet long et de la grosse armature de ses cordes trahit encore l'influence de l'école de Tartini. Il est très applaudi lors du concert du 14 septembre 1801 dans la cathédrale, mais on lui reproche ses démonstrations peu orthodoxes d'homme et d'artiste, notamment quand, pendant le concert, il imite des cris d'animaux et émet d’autres sons bizarres, à la grande satisfaction d'un public hilare et conquis. L'abbé J. Chelini s'en fait écho dans ses Mélanges :
« La musique fut assez longue car on eut l'indiscrétion, et le manque d'égard pour le prélat, d'y faire exécuter – fait nouveau – un concert par un certain Paganini, jacobin génois, qui intervint juste après le Kyrie eleison, et ce concert dura 28 minutes. Ce monsieur avait une grande habileté, mais il n'avait ni discernement, ni jugement musical. Avec son violon il imitait le chant des oiseaux, les flûtes, les trompettes, les cors, de sorte que son concert finit par être un opéra bouffe faisant rire tout le monde en même temps qu'il suscitait l'admiration par son adresse et son aisance. »
Outre ses talents de violoniste, il se consacre plusieurs années (1801–1804) à étudier la guitare. Il a écrit plus de cent pièces pour violon et guitare ainsi que pour guitare seule ; il est même capable de présenter des concerts dans lesquels il joue alternativement de ces deux instruments. En janvier 1805, il postule au rang de premier violon de l'orchestre lucquois. Sa nomination comme premier violon de l'orchestre républicain, où il joue avec Carlo, son frère aîné, également violoniste, est datée du 22 janvier 1805. Elle lui offre la stabilité matérielle (12 écus par mois), avec obligation de former deux élèves. Il enseigne tous les instruments à archet, y compris le violoncelle, et fait adopter une méthode de contrebasse à Francesco Bendettini, le premier contrebasse de l'orchestre. Ses talents pédagogiques — alors qu'il n'a qu'à peine plus de vingt ans — sont confirmés par la suite. Il excelle aussi dans la direction d'orchestre, tâche alors demandée au premier violon-soliste.