Nicéphore Ier (en grec Νικηφόρος Αʹ), dit le Logothète, probablement né vers 750 et mort le 26 juillet 811, est un empereur byzantin régnant de 802 à 811. Son règne intervient au moment d'une période d'instabilité depuis les années 780, qui font suite à la reprise en main de l'Empire par la dynastie isaurienne.
Il arrive au pouvoir en renversant Irène l'Athénienne après avoir été son logothète général. L'Empire byzantin est alors confronté à plusieurs menaces extérieures et à un certain désordre interne, lié à la fois à la crise iconoclaste en cours et aux réformes économiques et fiscales de l’impératrice. Il mène, tout au long de son règne, d'importantes réformes intérieures particulièrement rigoureuses et guidées par un souci de bonne gestion des finances publiques. Il entreprend aussi une politique de repeuplement de la Grèce et d'une partie des Balkans pour renforcer le contrôle de l'Empire dans cette région, tout en renforçant le système militaire local. Si ces mesures ont parfois été dénoncées par ses contemporains, elles sont jugées favorablement par les historiens modernes qui y voient l'entreprise d'un empereur conscient des forces et des faiblesses de l'Empire, dont les assises en sortent renforcées à long terme.
Confronté à différentes révoltes durant son règne, il parvient néanmoins à défendre son trône tout en cherchant l'apaisement sur le plan religieux. Il évite de relancer la crise iconoclaste et essaie de ne pas se laisser déborder par le parti monastique de Théodore Studite, qui refuse toute prérogative du politique sur le religieux.
Enfin, sa politique étrangère est plus contrastée. Confronté aux menaces de la contestation impériale en Occident, des raids arabes en Orient et de la pénétration bulgaro-slave dans les Balkans, il tente de les juguler une à une. S'il parvient à préserver la frontière avec le califat abbasside, il ne peut espérer reprendre du terrain. En Occident, il défend avec succès les possessions byzantines de Venise et de Dalmatie mais peine à contester la prétention au titre impérial de Charlemagne. Enfin, dans les Balkans, après des succès réels, il échoue dans sa tentative de soumission des Bulgares. Vaincu par le khan Kroum à la bataille de Pliska, il y trouve la mort et laisse l'Empire dans une situation très précaire.
Le règne de Nicéphore Ier est principalement connu par le moine Théophane le Confesseur, dont la Chronique s'étend jusqu'à la chute de Michel Ier Rhangabé en 813. C'est une source précieuse, même si sa validité historique n'est pas toujours assurée. En outre, il émet des avis tranchés à l'encontre des différents règnes qu'il décrit et, concernant Nicéphore, son avis est particulièrement négatif, quand il ne cède pas à la haine. Les raisons de ce parti pris sont multiples. Nicéphore renverse Irène, que Théophane loue pour sa politique religieuse hostile à l'iconoclasme, et remet en partie en cause les nombreux avantages fiscaux accordés au clergé par Irène. Sa manière de placer l'aspect politique au-dessus du religieux agace aussi certainement Théophane qui décrit les réformes intérieures de Nicéphore comme les dix vexations imposées à l'Empire. Il incarne, à sa façon, les relations compliquées entretenues par l'empereur avec une partie du clergé.
Les autres auteurs byzantins sont relativement secondaires dans l'analyse du règne de Nicéphore. La chronique de Georges le Moine reprend largement celle de Théophane, mais elle s'en différencie par une interprétation des faits moins défavorable à l'empereur. Le patriarche Nicéphore Ier de Constantinople a laissé quelques écrits éclairant le règne de Nicéphore, en particulier ses relations avec l'Occident. La chronique de Monemvasia qui retrace les relations byzantino-slaves en Grèce est précieuse dans l'analyse de la politique balkanique de Nicéphore tandis qu'une chronique anonyme, dite Chronique de 811, détaille la campagne qui mène à la bataille de Pliska.
Plus largement, la politique étrangère de Nicéphore peut être étudiée grâce à des sources extérieures à l'Empire. Des textes de l'époque de Charlemagne comme les Annales regni Francorum sont utiles à la compréhension des relations entre les deux empires rivaux. Du côté des Arabes, c'est la chronique d'al-Tabari qui présente le contenu le plus riche.
D'autres auteurs, plus tardifs, apportent un éclairage différent sur le règne de Nicéphore, souvent plus favorable que le récit de Théophane le Confesseur, à l'image des chroniques de Michel le Syrien ou Bar Hebraeus.
Nicéphore est un membre de la haute aristocratie byzantine, né aux alentours de l'année 750, et serait issu d'une famille noble venant de Cappadoce, une région exposée aux raids arabes. Les sources non byzantines lui prêtent une ascendance arabe remontant à la lignée princière des Ghassanides, une dynastie arabe alliée aux Byzantins, jusqu'aux temps des conquêtes islamiques qui auraient contraint les ancêtres de Nicéphore à fuir en Asie Mineure. Néanmoins, cette hypothèse peut difficilement être confirmée.
Il aurait tout d'abord exercé la fonction de percepteur à Adramyttion. Par la suite, il est possible qu'il ait été stratège du thème des Arméniaques, l'une des principales circonscriptions régionales de l'Empire, vers 790. Son soutien à Irène lui aurait coûté ce poste dès lors que l'impératrice est un temps mise à l'écart par son fils Constantin VI. Quand Irène revient sur le devant de la scène, il fait partie de ses courtisans et devient logothète général, l'un des principaux postes de l'administration byzantine, en charge d'une partie des finances publiques. Quoi qu'il en soit, au moment de sa prise de pouvoir, il est un homme d'expérience dont l'âge avoisine la cinquantaine d'années.
Théophane le Confesseur, qui insiste souvent sur ses vices, le décrit pétri d'avarice, ce qui expliquerait ses mesures fiscales rigoureuses. S'il est connu pour son goût de la chasse, il semble avoir eu un mode de vie relativement austère. Il pourrait avoir fréquenté étroitement Georges d'Amastris, un évêque connu pour sa frugalité et, en-dehors de ses apparitions publiques, il est rapporté qu'il aurait revêtu des vêtements simples, voire qu'il aurait dormi à même le sol. Proche de certains milieux monastiques, il entreprend de financer la restauration d'édifices religieux, à l'image d'un grand nombre d'autres empereurs byzantins. À la différence d'un grand nombre d'empereurs, qu'ils soient romains ou byzantins, parvenus au pouvoir par un complot, il n'a que peu d'expérience militaire, hormis son rôle de stratège des Arméniaques. Dans tous les cas, ses compétences militaires restent réduites par rapport à son expérience de logothète général. Cela ne l'empêche pas de mener ses troupes au combat, même si ses choix stratégiques sont parfois discutables.
Sous Irène, l'Empire connaît une période inédite de gouvernement par une femme qui revendique le titre, masculin, de basileus. Elle rétablit le culte des images mis à mal par l'iconoclasme et mène une politique fiscale de baisse des impôts pour se concilier les grâces d'une partie de la société, notamment le clergé, même si elle suscite la méfiance parmi une partie de l'armée et de l'aristocratie. Peu à peu, elle devient de plus en plus contestée, d'autant que sa politique étrangère maintient difficilement intactes les frontières byzantines, en particulier face aux Arabes auxquels elle préfère verser un tribut exorbitant pour acheter la paix. En outre, ses mesures fiscales d'allègement font courir le risque d'une perte de revenus importante pour le Trésor impérial. Plusieurs conspirations successives se forment jusqu'à ce que l'une d'entre elles, dirigée par Nicéphore, n'aboutisse le 31 octobre 802 à la déposition d'Irène. Nicéphore est alors soutenu par plusieurs hauts dignitaires dont Nicétas Triphyllios, le domestique des Scholes (virtuellement le chef des armées), son frère Sisinnius, Léon de Sinope, alors sacellaire, ou encore Léon Sérantapechus, un parent d'Irène. Il est difficile de connaître les motivations exactes de ce complot, mais la position de Nicéphore comme logothète général a pu le convaincre que la gestion de l'Empire par Irène devenait de plus en plus mauvaise et nécessitait un changement d'orientation.