Nicéphore III Botaniatès ou Botaneiatès ou Botaniate (grec : Νικηφόρος Γʹ Βοτανειάτης), né vers 1001 et mort en 1081, est empereur byzantin du 24 mars 1078 au 4 avril 1081.
Issu d'une famille aristocratique d'Anatolie, il s'illustre par ses talents de chef militaire à plusieurs occasions et sur différents fronts, dans le contexte d'un Empire byzantin à son apogée depuis la mort de Basile II en 1025 mais en butte à des menaces extérieures nouvelles et à une instabilité interne grandissante avec la fin de la dynastie macédonienne. De par son influence, Nicéphore est assez vite un acteur des crises et des révoltes qui secouent le monde politique byzantin. Il soutient ainsi Isaac Ier quand il prend le pouvoir en 1057, avant d'être exilé par Romain IV Diogène et de revenir en grâce sous Michel VII après la bataille de Mantzikert. Néanmoins, mécontent de la tournure des événements qui voit la pénétration de plus en plus marquée des Seldjoukides en Asie Mineure, il finit par se détourner de l'empereur et se révolte contre lui en 1078. Soutenu par une partie notable de l'élément anatolien de l'Empire, inquiet pour son avenir, il parvient à s'emparer du trône, alors même qu'une autre révolte venue d'Europe vise aussi Constantinople.
D'emblée, le règne de Nicéphore est marqué par la lutte incessante contre des complots et des soulèvements à différents endroits de l'Empire. Il se montre incapable d'installer solidement sa légitimité dans un jeu politique caractérisé par des luttes d'influence et une compétition entre différentes branches de l'aristocratie. S'il tente d'acheter la loyauté de la population, de l'armée ou de puissantes familles par une politique de cadeaux qui fragilise le trésor impérial, il est dépassé par les défis nombreux auxquels fait face l'Empire, en particulier l'avancée des Seldjoukides en Anatolie ou encore le débarquement des Normands de Robert Guiscard dans les Balkans. Bientôt, ses soutiens s'amenuisent et c'est de la famille des Comnènes, un temps loyale à sa cause, que le soulèvement décisif intervient en 1081. Porté par Alexis Comnène, il rassemble un parti suffisamment fort pour prendre Constantinople au début du mois d'avril. Nicéphore abdique et se retire dans un monastère où il meurt quelques mois plus tard. L'installation de la dynastie des Comnènes marque le début d'une nouvelle phase dans l'histoire de l'Empire byzantin.
La source la plus riche du règne de Nicéphore III est L’Histoire écrite dans les années 1070 par l’historien Michel Attaleiatès. C’est un contemporain de l’empereur et il se dissocie largement des écrits de Michel Psellos, dont la Chronographie est l’autre grand ouvrage de la période. Attaleiatès met en avant les mérites de Nicéphore et mentionne des actions ignorées d’autres textes, comme son rôle de chef de l’arrière-garde lors de la bataille de la passe de Zygos, à laquelle Attaleiatès consacre de nombreuses pages. Ce point de vue de l’auteur s'explique bien, car il a été élevé au rang de vestes par Nicéphore. À l’inverse, il est bien plus critique envers son prédécesseur, Michel VII Doukas. Il lui reproche largement la perte de l’Asie Mineure, dont il est originaire, à la suite de la bataille de Mantzikert. Il pourrait alors se faire le porte-voix d’une partie de la population byzantine qui a pu se sentir abandonnée. Dans le même temps, Nicéphore est lui-même originaire d’Anatolie et bénéficie donc d’un regard plus positif de Michel Attaleiatès.
Michel Psellos défend une autre position à propos de Michel VII. Tous deux d’origine aristocratique, Michel Psellos se montre favorable à son égard et passe sous silence ses échecs ou ses difficultés, notamment son action en Asie Mineure ou la dévaluation de la monnaie byzantine.
Enfin, l’Alexiade, texte centré sur Alexis Ier Comnène, est une autre source de valeur à propos de Nicéphore. Les passages qui lui sont consacrés sont probablement tirés des écrits de Nicéphore Bryenne le Jeune, le mari d’Anne Comnène, auteure du roman. Du fait même qu’elle est la fille d’Alexis et que celui-ci a renversé Nicéphore, son récit est naturellement défavorable à ce dernier et met surtout l’accent sur les actes de son père.
Les autres sources sont plus secondaires dans l’analyse de Nicéphore et de son règne. Il est brièvement mentionné dans Synopsis Historion de Jean Skylitzès, dont le déroulement s’arrête en 1057, mais plus en détail dans le Skylitzès continué, rédigé sous Alexis et favorable à celui-ci.
Guillaume d'Apulie, historien normand de la fin du XIe siècle offre une perspective extérieure sur le règne de Nicéphore, puisqu’il décrit l’offensive de Robert Guiscard à l’encontre des Byzantins en 1081. Du fait même qu’il est étranger à l’Empire, son opinion à l’égard de Nicéphore est relativement neutre. Nicéphore est aussi mentionné dans les récits de Matthieu d'Édesse et de Michel le Syrien, composés bien après la mort de l’empereur mais dont les avis sont quelque peu détachés des querelles politiques de l’époque. Si Michel le Syrien est très critique envers Michel VII, il semble suivre l’opinion de Michel Attaleiatès à l’égard de Nicéphore, sans rentrer dans les détails. Quant à Matthieu, il suit au contraire le texte de Michel Psellos. Par conséquent, il décrit en des termes peu amènes voire carrément dégradants, Nicéphore.
Le monde byzantin de la deuxième moitié du XIe siècle est profondément troublé. À sa mort en 1025, Basile II a laissé un Empire puissant, presque au maximum de son expansion depuis Héraclius et bénéficiaire d'une prospérité économique ainsi que d'un renouveau intellectuel de premier plan. La dynastie macédonienne a su installer une légitimité dynastique inédite dans l'ordre politique romano-byzantin mais son extinction à la mort de Basile II puis de Constantin VIII en 1028 met cet édifice en péril. Les querelles de pouvoir s'accélèrent dès lors que plus aucun prétendant légitime au trône n'existe. Cette compétition, parfois schématiquement décrite comme une opposition entre des familles aristocratiques aux fonctions militaires et d'autres aux fonctions civiles, revêt en réalité une complexité assez grande. Ce sont des clans, constitués au gré d'alliances matrimoniales, de proximité géographique ou de préoccupations communes, qui s'affrontent. Ces grandes familles sont les Doukas, les Comnènes, les Diogènes ou encore les Mélissènes. Ces rivalités fragilisent immanquablement l'Empire alors que des peuples nouveaux se massent à ses frontières, dont les Turcs en Orient, les Normands qui envahissent l'Italie byzantine ou les Petchénègues au nord du Danube, tandis que l'économie souffre aussi de cette instabilité chronique et du coût des guerres civiles. C'est dans ce contexte fort troublé, marqué par les conséquences de la grave défaite de Mantzikert face aux Turcs en 1071, qu'intervient l'ascension puis le règne de Nicéphore III Botaniatès.
Carrière avant la prise du pouvoir
Nicéphore est né en 1001 ou 1002 de l'union entre Michel Botaniatès et sa femme. Il appartient à la puissante famille militaire des Botaniatès, originaire des Anatoliques. Selon Attaliatès, tant le grand-père de Nicéphore (lui aussi prénommé Nicéphore) que son père Michel servent comme généraux sous Basile II, lors de ses conquêtes du Premier Empire bulgare et de ses guerres contre les Géorgiens. Il rajoute aussi que sa famille est liée à celle de l'empereur Nicéphore II Phocas et, plus largement, à la famille des Phocas. Il n'est pas impossible qu'il s'agisse d'une invention destinée à renforcer la légitimité de Nicéphore Botaniatès quand il arrive sur le trône mais Michel Psellos semble confirmer ce lien puisqu'il l'appelle Nicéphore III Phocas dans sa reproduction de la lettre de Michel VII à Nicéphore. Ce dernier se marie à une dénommée Vevdene puis épouse en secondes noces Marie d'Alanie, l'ancienne femme de Michel VII. Dans l'ensemble, peu de choses sont connues de la vie de Nicéphore avant 1053, si ce n'est qu'il sert comme officier sous Constantin IX Monomaque dans sa guerre contre les Petchénègues entre 1048 et 1053.