Ce Jour-là

Nicée

Ville antique et médiévale d'Asie Mineure, actuelle İznik

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Nicée (en grec Νίκαια, en latin Nicaea) est une cité du nord-ouest de l’Anatolie fondée vers 300 av. J.-C., tour à tour hellénistique, byzantine et ottomane, correspondant à la ville turque actuelle d’İznik. Elle est surtout connue comme ayant été le siège des premier et deuxième conciles de Nicée, respectivement en 325 et 787 (les premier et septième conciles des débuts de l’Église chrétienne), le lieu où fut rédigé le symbole de Nicée (datant du premier concile) et la capitale de l’empire de Nicée après la conquête de Constantinople par la quatrième croisade en 1204 jusqu’à ce que cette dernière soit reprise par les Grecs en 1261.

La ville ancienne est située dans le périmètre de la ville actuelle d’İznik à l’extrémité est du lac Ascanion (aujourd’hui lac d'İznik), entouré de collines au nord et au sud. Elle est entourée de tous les côtés par un mur de plus de trois kilomètres de longueur et de dix mètres de hauteur. Un double fossé longe ce mur sur le côté terrestre ; plus de cent tours permettent la surveillance du mur. Des portes massives percées sur la portion terrestre des murs constituaient les seuls moyens d’accès à la ville. De nos jours, ce mur a été percé à de nombreux endroits pour permettre la circulation. Une grande partie des fortifications originales est conservée et constitue une attraction touristique appréciable.

La muraille ouest de la ville longe le lac, interdisant ainsi tout siège naval. Elle permet l'approvisionnement de la ville. Le lac est suffisamment vaste pour interdire tout blocus naval et la ville, suffisamment étendue pour rendre difficile toute tentative d’atteindre le port grâce à des engins de siège montés sur le rivage.

Selon la légende, la ville aurait été fondée par le dieu Dionysos ou le demi-dieu Héraclès et nommée d’après la nymphe Nicée dont l’effigie se retrouvait sur les pièces de monnaie de la ville.

Selon une autre tradition, la ville aurait été bâtie par des Béotiens et se serait appelée Angorê (Άνγκόρη) ou Hélicorê (Έλικόρη) ; une autre théorie, moins répandue, voudrait qu’elle ait été fondée par des soldats d’Alexandre le Grand originaires de Nicée en Locride, près des Thermopyles. Quoi qu’il en soit, la première colonie grecque du site fut probablement détruite par les Mysiens et rebâtie par Antigone Ier, l’un des successeurs d’Alexandre (appelés diadoques) vers 315 av. J.-C.. et renommée Antigoneia (Άντιγονεία). Antigone Ier établit des colons béotiens dans le voisinage, ce qui donne ainsi plus de poids à la tradition selon laquelle la ville aurait été fondée par ceux-ci. Après la défaite d’Antigone Ier et sa mort lors de la bataille d'Ipsos en 301 av. J.-C., la ville fut prise par Lysimaque qui la rebaptisa Nicée (Νίκαια, aussi transcrit comme Nikaia ou Nicæa) en mémoire de sa femme Nicæa qui venait de mourir.

Peu avant 280 av. J.-C., la ville fut conquise par la dynastie locale des rois de Bithynie. Ce fut le début de sa montée en importance comme résidence royale, en même temps que de la rivalité qui devait l’opposer à Nicomédie. La dispute entre les deux villes pour obtenir le titre de capitale (metropolis) de la Bithynie devait durer deux siècles et la trente-huitième oraison de Dion Chrysostome fut spécifiquement composée pour mettre un terme à la controverse.

Nicée fut conquise par Rome en 72 av. J.-C.. Elle demeura l'un des centres urbains les plus importants d’Asie Mineure tout au long de la période romaine, en concurrence avec Nicomédie comme siège de la résidence du gouverneur romain de Bithynie et du Pont. Le géographe Strabon la décrit comme bâtie selon la coutume hellène avec une grande régularité. Elle avait la forme d’un carré mesurant 16 stades de circonférence, c'est-à-dire 0,7 km × 0,7 km, couvrant donc une superficie de 50 ha ou 0,5 km². Elle avait quatre portes et ses rues s’entrecroisaient à angle droit conformément aux plans d’Hippodamos de Milet, permettant, à partir d’un monument situé au centre-ville, d’apercevoir les quatre portes. Ce monument était situé au gymnasium, lequel fut détruit par le feu mais reconstruit par Pline le Jeune qui y fut gouverneur au début du IIe siècle. Pline fait du reste fréquemment mention de Nicée et de ses monuments dans ses écrits.

Dans le cadre des grands voyages entrepris pour mieux intégrer les provinces à l’Empire, l’empereur Hadrien visita la ville en 123 ap. J.-C., après qu’elle eut été gravement endommagée par un tremblement de terre, et en fit commencer la reconstruction. La nouvelle ville était entourée d’un mur polygonal de plus de trois kilomètres de longueur. Elle ne devait être achevée qu’au IIIe siècle et ses nouvelles murailles ne la sauvèrent pas des attaques des Goths en 258. Les nombreuses pièces de monnaie de Nicée encore existantes témoignent de l’intérêt porté à la cité par les empereurs romains ainsi que de la fidélité des citoyens envers ces derniers. Nombre de ces pièces commémorent les grandes festivités qui y étaient célébrées en l’honneur des dieux et de l’empereur comme à Olympie, Isthmie, Dionysies, Delphes, Philadelphie, etc.

Située à une centaine de kilomètres de Constantinople, Nicée, au IVe siècle, était devenue une cité prospère ainsi qu’un important centre administratif et militaire en voie de christianisation. Elle produisait suffisamment de textile pour en exporter ; elle était également un centre de production de verrerie et d’objets de métal. Avec Nicomédie, elle formait « la grande banlieue asiatique de Constantinople ». Elle était située sur la grande voie commerciale et militaire qui reliait Constantinople et, à partir d’Iconium, soit la vallée de l’Euphrate via l’ancienne route des Indes, soit l’Arménie via Césarée de Cappadoce : deux routes vitales pour l’économie de l’Empire romain d'Orient. En 325, l’empereur Constantin y convoqua le premier concile œcuménique. La cité donna son nom au symbole de la foi, adopté lors du concile de 325, toujours en vigueur tel quel dans les Églises orthodoxes, et également intégré, avec l’ajout des 14 conciles ultérieurs, dans la théologie de l’Église catholique.

Nicée maintint son importance tout au long du IVe siècle et fut témoin de la proclamation de l’empereur Valens (364) et de la révolte manquée de Procope (365). Au cours de cette même période l’évêché de Nicée fut séparé de celui de Nicomédie et fut élevé au rang d’archevêché, son titulaire prenant le titre de « métropolite ». La ville, dévastée par deux tremblements de terre d’envergure en 363 et 368, connaît un fort déclin : beaucoup de ses grands édifices publics, négligés, tombèrent en ruines et durent être restaurés au VIe siècle par l’empereur Justinien. Marcien (né vers 395, empereur en 450, mort en 457) y convoqua un nouveau concile qui se réunit le 1er septembre 451 et fut déplacé presque immédiatement vers Chalcédoine, plus proche de Constantinople, sans doute pour que l’empereur puisse y assister en personne malgré la pression que faisaient peser les Huns d’Attila sur la frontière du Danube.

Par la suite, la ville n’est plus mentionnée dans les sources jusqu’au début du VIIIe siècle. En 715, l’empereur Anastase II s’y réfugia après avoir été déposé. Nicée résista avec succès aux attaques des califes omeyyades en 716 et en 727. Un nouveau tremblement de terre eut lieu en 740. La ville fut témoin de la révolte d’Artabasde en 741/742 et fut le siège du septième concile œcuménique qui condamna l’iconoclasme en 787. Au cours du même siècle, la ville devint la capitale du thème de l’Opsikion.

Au IXe siècle, l’empereur Michel III, dans la lutte acharnée qu’il menait contre les Arabes, fit reconstruire ses fortifications. En raison de sa proximité avec Constantinople, Nicée devint le point de départ de rebellions au Xe siècle et XIe siècle, comme celle de Bardas Sklèros (978). Celles-ci furent facilement maîtrisées À la suite de la rébellion de Nicéphore Melissenos, qui s’était proclamé empereur à Nicée et avait appelé le sultan seldjoukide Soliman à son aide, la ville tombe aux mains des Turcs seldjoukides en 1081, dix années après la chute de la majeure partie de l’Anatolie aux mains des Turcs. Les Seldjoukides firent de Nicée la capitale de leurs possessions d’Asie Mineure jusqu’en 1097 lorsqu’elle fut reprise par les Byzantins avec l’aide de la première croisade au prix d’un long siège.

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