Le terme de nationalistes espagnols désigne les membres du « camp nationaliste » (bando nacional en espagnol), nom que se donnaient eux-mêmes les insurgés et les forces insurgées après le soulèvement du 18 juillet 1936 contre la république espagnole, durant la guerre d'Espagne. Cette dénomination s'opposait à celle de « camp républicain » qui désigne les forces loyales au gouvernement de la république.
Les nationalistes furent fréquemment désignés, à partir de 1937 surtout, sous le nom de « franquistes », du nom de Francisco Franco, dirigeant politique et militaire. Les républicains eux-mêmes usèrent pour désigner les nationalistes des termes de « fascistes », « factieux », « oppresseurs », « séditieux ». Le terme de « nazis » fut même employé, à la suite du soutien allemand.
Dans l'historiographie espagnole actuelle, le terme de bando sublevado, le « camp soulevé/insurgé », qui désigne le soulèvement militaire du 17 et 18 juillet 1936, est désormais couramment employé.
Réunion des putschistes et soulèvement militaire
Emilio Mola prit en charge la préparation d'un coup d’État anti-républicain, s'appuyant sur l'autorité du lieutenant-général José Sanjurjo, alors exilé au Portugal. Il étendit son réseau dans les garnisons avec l'aide de l'Union militaire espagnole (UME), une société militaire de droite. Il réussit à rallier des militaires mécontents du régime, comme José Sanjurjo, Manuel Goded et Joaquín Fanjul, mais aussi une paire de généraux républicains, Gonzalo Queipo de Llano et Miguel Cabanellas. Malgré les réticences de Francisco Franco, Mola parvint finalement à le convaincre.
Les conjurés prirent le temps d'obtenir l'appui de l'ensemble des phalangistes et des mouvements conservateurs et catholiques, en particulier les carlistes, qui souhaitent encore un retour de la monarchie. Ils planifièrent le déclenchement du coup d'État à la mi-juillet, entre le 10 et le 20. Le coup d'État devait être mené par un directoire militaire (Directorio militar), placé sous la tutelle de Sanjurjo, même si Mola restait véritablement à la tête du mouvement.
Finalement, la date de l'insurrection fut fixée au 17 juillet 1936 au Maroc et au 18 pour le reste de l'Espagne. Le général Mola voulait une action extrêmement rapide et violente, mais au 20 juillet, le camp des conjurés avait partiellement échoué, car il n'était pas parvenu à s'emparer totalement du pouvoir. De plus, le 20 juillet, Sanjurjo se tua dans le crash de l'avion qui devait le ramener en Espagne pour prendre le commandement militaire de l'insurrection : l'avion était trop chargé en bagages car, en dépit des avertissements du pilote Juan Antonio Ansaldo, il avait tenu à emporter toutes ses tenues militaires. Le camp nationaliste dut alors se trouver une nouvelle direction : les chefs du mouvement décidèrent d'en assumer de façon collégiale la direction, par un Conseil national de défense (Junta de Defensa Nacional).
Période de la Junta de Defensa Nacional (24 juillet-1er octobre 1936)
La Junta de Defensa Nacional se composait d'un président, le général de division Miguel Cabanellas, et de six membres, le général de division Andrés Saliquet, les généraux de brigade Emilio Mola, Miguel Ponte y Manso de Zúñiga et Fidel Dávila Arrondo, et les colonels Federico Montaner Canet et Fernando Moreno Calderón (es).
Ce Conseil fut installé à Burgos, ce qui justifia l'appellation de la ville comme « capitale » de l'Espagne nationaliste. Deux semaines plus tard, le président du Conseil confirma par décret du Conseil le remplacement du drapeau tricolore de la République (rouge, or, violet) par le drapeau bicolore (rouge et or), utilisé depuis le XVIIIe siècle comme drapeau officiel jusqu'à l'établissement de la République.
Le 21 septembre 1936 eut lieu à Salamanque une réunion afin d'établir un commandement militaire unique, dans le but d'éviter les frictions qui avaient pu avoir lieu durant les mois précédents. Malgré l'opposition de Cabanellas, Francisco Franco fut élu comme chef de l'État et Généralissime des armées (Generalísimo de los Ejércitos). Franco était alors chargé du commandement des unités de l'armée d'Afrique, qui avait été transportée dans la péninsule dans les premiers jours de l'insurrection. Il bénéficiait du rôle primordial que jouaient les unités de regulares et de légionnaires dans les forces nationalistes. Il obtint donc aisément le commandement unique sur l'ensemble de l'armée. Cette décision fut officialisée le 12 septembre, par une résolution lui confiant la direction de l'État. Il obtint le grade de « généralissime » quelques jours plus tard, le 29 septembre. Le tout fut célébré lors d'un défilé militaire à Burgos le 1er octobre. Le même jour, le bulletin officiel de l'État publia un décret par lequel Franco dissolvait la Junta de Defensa Nacional.
Direction de Franco (1er octobre 1936-1er avril 1939)
La Junta de Defensa Nacional une fois dissoute, Franco la remplaça immédiatement par un « Conseil technique de l'État » (Junta Técnica del Estado). Ce nouveau Conseil recevait les pouvoirs nécessaires à l'application des ordres du chef de l'État et était donc totalement soumis aux ordres de Franco lui-même. Ce conseil resta présidé par le général Fidel Dávila jusqu'au 30 janvier 1938. Il fut alors remplacé par Francisco Gómez-Jordana Sousa.
Franco était responsable seulement « devant Dieu et la nation ». Il prit le nom de Caudillo (« guide » en espagnol, sur le même modèle que les surnoms de Führer en Allemagne ou Duce en Italie). Son image se répandit largement, au point que les nationalistes furent largement connus sous le nom de « franquistes ».
Peu à peu commence à se mettre en place l'État franquiste qui perdurera jusqu'à la mort de Franco en 1975 :
contrôle des travailleurs et des moyens de production, par le Fuero del Trabajo (« Charte du Travail »), première des huit lois fondamentales du franquisme, promulguée le 9 mars 1938. Ce texte, influencé par la Phalange, réglemente notamment la journée de travail et le temps de repos, mais crée également des syndicats verticaux qui regroupent à la fois les ouvriers et les patrons, tous deux soumis aux décisions de l'État ;
interdiction des partis : seul le Mouvement national est autorisé à partir de 1937, qui fusionne la Phalange traditionaliste et de las J.O.N.S. (FET-JONS) et différents groupuscules de droite. Parmi ces groupuscules et partis de droite aux différentes tendances idéologiques et sociologiques, on distingue des anticommunistes, des « petits bourgeois », des fascistes, des conservateurs, des réactionnaires, des nationalistes, des conservateurs-libéraux, des démocrates-chrétiens, des carlistes, des monarchistes ou encore des républicains conservateurs.
Surtout, Franco préside son bureau politique et nomme environ le quart des membres de son conseil national, s'appropriant ainsi le pouvoir et l'autorité réels dans le Movimiento.