Ce Jour-là

Nathalie Heinich

Sociologue française

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Nathalie Heinich, née le 3 août 1955 dans le 6e arrondissement de Marseille, est une sociologue française. Elle est spécialiste de l'art, notamment de l'art contemporain.

Fille d'un journaliste, Nathalie Heinich fait ses classes au lycée Périer de Marseille. Titulaire d'une maîtrise en philosophie de la faculté des lettres d'Aix-en-Provence, d'un doctorat en sociologie de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) après avoir soutenu une thèse en 1981, sous la direction de Pierre Bourdieu, et d'une habilitation à diriger des recherches (1994), Nathalie Heinich est directrice de recherche au CNRS, au Centre de recherche sur les arts et le langage (CRAL) de l'EHESS.

Son axe de recherche principal porte sur la sociologie de l'art, en particulier l'histoire du statut d'artiste (arts plastiques, littérature, cinéma) et l'art contemporain.

Initialement formée à la sociologie de Pierre Bourdieu, elle s'en est éloignée et a pris appui par la suite sur la sociologie historique de Norbert Elias, tout en fréquentant pendant quelque temps le séminaire de Bruno Latour et en s'associant aux chercheurs du groupe de sociologie politique et morale (GSPM) créé par Luc Boltanski. Ses travaux récents s'inscrivent davantage dans la perspective d'une sociologie compréhensive et descriptive, et relèvent moins, selon son expression, d'une sociologie « de » l'art que d'une sociologie « à partir de » l'art.

Elle a travaillé en collaboration avec des psychanalystes (Mères-filles, une relation à trois, 2002, avec Caroline Eliacheff), des juristes (L'art en conflits. L'œuvre de l'esprit entre droit et sociologie, 2002, avec Bernard Edelman) et des philosophes (Art, création, fiction, entre sociologie et philosophie, 2004, avec Jean-Marie Schaeffer).

Cofondatrice de la revue Sociologie de l'art en 1992, elle a occupé plusieurs chaires d'enseignement dans des universités étrangères: la chaire de sociologie de l'art de la fondation Boekman à l'université d'Amsterdam ; la chaire Jacques Leclercq de l'université de Louvain-la-neuve[réf. souhaitée] ; la chaire de culture et littérature française de l'école polytechnique de Zurich ; la chaire du Centre des sciences historiques de la culture de l'université de Lausanne.

Elle a publié plusieurs textes autobiographiques : dans son livre Maisons perdues (2013), elle retrace une forme d'autobiographie par les maisons et a donné dans La Croix une interview centrée sur sa maison du Chambon-sur-Lignon, village sur l'histoire duquel elle s'est penchée dans un topoguide et un essai d'histoire régionale. Elle oeuvre à valoriser l'histoire de cette région et préside, depuis 2025, l'Association des amis du Lieu de mémoire du Chambon-sur-Lignon. Elle a également publié en 2018, Une histoire de France. Récit, et en 2025 Les livres qu'on ne m'a pas rendus.

Principaux thèmes de recherche

Nathalie Heinich divise l'histoire de la sociologie de l'art en trois générations : celle de l'esthétique sociologique, préoccupée par le lien entre art et société, de tradition marxiste (Walter Benjamin, Lucien Goldmann, György Lukacs) ; celle de l'histoire sociale de l'art, avec une composante moins idéologique qui introduit le contexte dans l'étude des œuvres et des auteurs (Hans Robert Jauss) ; et la sociologie de recherche, qui se distingue par son développement méthodologique au service d'une conception de l'art comme société.

Nathalie Heinich a étudié l'histoire du statut d'artiste en peinture et en sculpture depuis la Renaissance, avec le basculement du régime artisanal au régime professionnel (Du peintre à l'artiste. Artisans et académiciens à l'âge classique, 1993) puis du régime professionnel au régime vocationnel (L’Élite artiste. Excellence et singularité en régime démocratique, 2005). Elle a également consacré un livre au nouveau statut des artistes interprètes et, plus généralement, des célébrités, à partir du développement des techniques de reproduction de l'image à la fin du XIXe siècle et dans le courant du XXe siècle (De la visibilité. Excellence et singularité en régime médiatique, 2012).

En s'intéressant non seulement aux conditions matérielles et juridiques d'exercice du métier, mais aussi aux représentations de l'identité d'artiste, elle a mis en évidence l'importante de la valeur de singularité dans le monde de l'art, et les conditions de son fonctionnement, avec la mise en place à partir de l'époque romantique d'un « régime de singularité », opposé au « régime de communauté ». Les voies de grandissement de l'artiste en tant que « grand singulier » font l'objet de son premier livre, La Gloire de Van Gogh. Essai d'anthropologie de l'admiration (1991), de Être écrivain. Création et identité (2000), et de L'Épreuve de la grandeur. Prix littéraires et reconnaissance (1999). Elle souhaite montrer dans ces deux derniers livres comment l’identité repose sur un modèle ternaire où les « écarts de grandeur » entre l’auto-perception (la manière dont le sujet se perçoit), la désignation (la manière dont le sujet est qualifié par autrui) peuvent être atténués par la présentation (la manière dont le sujet se présente à autrui). Ces écarts — qu’ils soient provoqués par une auto-perception plus élevée que la désignation (cas de Mozart ou de Van Gogh) ou, au contraire, par une désignation supérieure à l’estime qu’a l’artiste de lui-même (cas de Jean Carrière) — conduisent à des crises identitaires. Une telle approche, relevant de la sociologie compréhensive, rompt avec le courant de la sociologie déterministe : d'où le propos de la sociologue Gisèle Sapiro (directrice de recherche au CNRS) qui regrette le « subjectivisme phénoménologique qui ne saisit cette activité qu’en termes d’identité ».

S'appuyant sur des enquêtes de terrain menées en France et aux États-Unis, elle a proposé une description de son fonctionnement, articulé entre transgressions des frontières opérées par les œuvres, réactions des publics réfractaires et intégrations de ces propositions par les intermédiaires spécialisés. Le sociologue Jean-Louis Fabiani écrit à ce sujet :

« Toujours moins d'œuvre susciterait toujours plus de texte [de commentaires]. Le jeu de l'art contemporain se trouve ainsi réduit à un seul type de coup (surenchère de la transgression pour l'artiste, surchauffe herméneutique pour le critique). Si la tâche du sociologue se limite à la description de ce jeu, comme semble le suggérer Nathalie Heinich, on risque fort d'en avoir très vite épuisé les charmes (toujours moins d'un côté, toujours plus de l'autre, etc., etc., etc.) »

— Jean-Louis Fabiani, Après la culture légitime : objets, publics, autorités.

En qualifiant l'art contemporain non pas de période ou même de genre de l'art, mais de paradigme, au sens donné à ce concept par l'épistémologue Thomas Kuhn, elle souhaite montrer comment le « paradigme contemporain », l'hétérogénéité de cet art, son caractère transgressif, s'oppose non pas tant au « paradigme classique » qu'au « paradigme moderne », chacun des trois étant défini par des critères et des attentes bien précises ; et comment la révolution artistique que représente ce nouveau paradigme modifie non seulement les œuvres mais aussi leur réception, le rôle des intermédiaires et des institutions, leur économie, leur conservation et leur restauration, leur reproduction, et plus généralement tout le fonctionnement du monde de l'art. Dans une atmosphère de « guerre culturelle » entre les partisans et les adversaires de l'art contemporain, le travail de Nathalie Heinich, dans la mesure où il rompt avec les commentaires produits par les intermédiaires du monde de l'art, a été utilisé comme référence théorique par certains dénonciateurs de l'art contemporain, tels que Jean-Gabriel Fredet, tandis que d'autres le soutiennent.

Mais pour d'autres, cette référence à la « neutralité » n'est qu'une rhétorique visant à maquiller en description une opinion de type radical, même lorsqu'il s'agit de mettre en évidence les éventuels effets pervers de ce que Bourdieu a qualifié « d'institutionnalisation de l'anomie ». Le sociologue Bruno Frère estime que « camper une posture de neutralité inspirée de Weber comme entendent le faire aujourd'hui des sociologues comme Heinich depuis une posture relativement scientiste est impossible ». La sociologue Rose-Marie Lagrave considère ainsi que « la "neutralité axiologique" fait figure d'argument d'autorité pour se porter en juge suprême de la "bonne" recherche. Mais lorsqu'on regarde les positions et prises de positions de N. Heinich, il apparaît qu'elle ne cesse de jouer sur la frontière entre recherche et politique », tout particulièrement dans Tract où elle constate un important « débordement de haine ».

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