Ce Jour-là

Natalie Clifford Barney

Femme de lettres américaine

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Natalie Clifford Barney (Dayton, Ohio, 31 octobre 1876 - Paris, France, 2 février 1972), est une femme de lettres américaine du XXe siècle, connue pour ses poésies, mémoires et épigrammes, et une des dernières salonnières parisiennes.

Ouvertement lesbienne, elle a cherché à faire de son salon littéraire une nouvelle Mytilène, une école de femmes poètes répondant à l'Académie française d'alors, strictement masculine. Pendant plus de soixante ans, le 20 de la rue Jacob a réuni un cercle littéraire et artistique en grande partie féminin, lié notamment aux relations de son hôtesse : la courtisane Liane de Pougy, la mécène Élisabeth de Clermont-Tonnerre, la peintre Romaine Brooks ou la romancière Colette — à qui elle inspira le personnage de Flossie dans Claudine s'en va (1903). Le salon a également accueilli des figures de l'intelligentsia des deux côtés de l'Atlantique, tels Salomon Reinach ou Gertrude Stein. Dans le Paris de la Belle Époque et de l'entre-deux-guerres, elle a contribué à une plus grande visibilité des lesbiennes dans les milieux artistiques et littéraires.

La fille d'une femme libérée (1876-1887)

La mère de Natalie Barney, Alice Pike, a été fiancée à l'explorateur Henry Morton Stanley, mais, alors que ce dernier est parti pour une expédition de deux ans, elle épouse à sa place Albert Clifford Barney, un magnat américain des chemins de fer à Dayton, Ohio.

Une conversation avec Oscar Wilde, qu'elle a l'occasion de rencontrer alors qu'il fait une tournée de conférences en Amérique, l'encourage sur la voie des études artistiques que son mari désapprouve. Bravant la volonté de celui-ci, Alice Pike s'y met sérieusement. Elle apprend la peinture auprès de Carolus-Duran et de James McNeill Whistler, et finit par exposer ses œuvres dans des galeries prestigieuses, dont la Corcoran Gallery of Art. Dans les années suivantes, elle invente et fait breveter des procédés mécaniques. Elle écrit et fait jouer plusieurs pièces et un opéra et travaille également à favoriser les arts à Washington. Plusieurs de ses peintures figurent aujourd'hui dans la collection du Smithsonian American Art Museum.

Alice Pike confie ses filles à une préceptrice. Celle-ci éveille l'intérêt de la petite Natalie pour le français en lui lisant à haute voix des histoires de Jules Verne, lecture habituellement réservée aux petits garçons. Le désir de les comprendre la pousse à apprendre cette langue.

Âgée de dix ans, Natalie Clifford Barney quitte l'Ohio avec sa famille pour Washington et passe l'été à Bar Harbor dans le Maine. À la fin de l'été, Alice part vivre avec ses deux filles, à Paris. Les deux sœurs passent 18 mois (de 1886 à 1888) au pensionnat international « Les Ruches » situé à Avon (Seine-et-Marne), fondé, à l'origine, par la pédagogue Marie Souvestre (partie à Londres en 1883) et sa compagne Caroline Dussaut. Devenue adulte, Natalie parle donc français couramment et sans accent.

Une femme qui se découvre aimant les femmes (1888-1900)

À douze ans, Natalie se rend compte qu'elle est lesbienne. Elle prend alors la résolution de « vivre au grand jour, sans cacher quoi que ce fût ».

En 1899, après avoir vu à Paris la danseuse Liane de Pougy à un spectacle de music-hall, elle se présente chez celle-ci en costume de page et fait annoncer un « page de l'amour » envoyé par Sappho. Liane de Pougy, courtisée par les hommes les plus riches et les plus titrés, est l'une des « grandes horizontales » les plus célèbres mais elle se laisse toucher par la témérité de la jeune femme. La cocotte se prend d'une passion très vive pour la jeune Américaine à la blondeur argentée, qu'elle surnomme « moonbeam » (« rayon de lune »). En 1899, Liane lui offre un célèbre anneau en argent, émail bleu et opales, orné d’une chauve-souris, animal symbole de l’homosexualité, aujourd'hui exposé au musée des Arts décoratifs. Les deux femmes vivent durant quelques mois un amour passionné, mais Natalie, peu encline à la fidélité, ne tarde pas à s'éprendre d'autres femmes, comme certains des modèles féminins qui posent pour sa mère.

Natalie évoque ces amours dans un recueil de poèmes Quelques portraits, sonnets de femmes, illustré de dessins de sa mère et publié à compte d'auteur en 1900. Liane de Pougy de son côté raconte son expérience dans un roman évocateur, Idylle saphique. Édité en 1901, le livre alimente les conversations du Tout-Paris, et doit être réimprimé soixante dix fois la même année, alors que Natalie, voulant « sauver » Pougy de son existence de courtisane, se sépare d'elle, après plusieurs disputes.

Le grand succès du livre est aussi un succès de scandale. Natalie Barney est aussitôt renvoyée aux États-Unis, où son père fait brûler tous les exemplaires du recueil de poèmes qu'il trouve et cherche à la marier. Mais la jeune fille réplique à son père qu'elle n'acceptera qu'un seul parti : lord Alfred Douglas, l'ancien amant d'Oscar Wilde.

Devant cet entêtement, son père se résout à la laisser revenir à Paris où elle collectionne les aventures : la poétesse Renée Vivien qui a produit une traduction inégalée de Sappho, la chorégraphe américaine Eva Palmer-Sikelianos, Lucie Delarue-Mardrus, la poétesse anglaise Olive Custance, future lady Douglas, Colette, la cantatrice Emma Calvé, l'actrice Henriette Roggers… Cette période inspire à Renée Vivien son roman à clef Une femme m'apparut (1904-1905).

En 1902, à la mort de son père, Natalie Clifford Barney hérite d'une grosse fortune et peut louer une maison à Neuilly-sur-Seine où elle donne des fêtes païennes qui défraient la chronique. La plupart de ses conquêtes – à l'exception de Renée Vivien, dégoûtée par ce qu'elle juge des « orgies » – Pierre Louÿs, Isadora Duncan et son frère Raymond, Mata Hari et d'autres encore s'y retrouvent.

Le salon de l'Amazone (1909-1939)

Elle s'installe, en 1910, dans un pavillon au 20 rue Jacob, dont on dit qu'il aurait été construit par le maréchal de Saxe pour sa maîtresse, l'actrice Adrienne Lecouvreur.

« […] chez miss Barney, rue Jacob, qui habite une petite maison avec gazon, arbres, serre et d'un autre côté, avec un temple à l'amitié […]. Cet édicule est attribué à Adrienne Lecouvreur. Les coins de ce jardin sont tout ce qui reste paraît-il du jardin de Racine. La Champmeslé, Racine, Lecouvreur, tous ces souvenirs flottent dans les parages »

Cette maison est, pendant près de soixante ans, le cadre de ses célèbres « vendredis », un des derniers salons littéraires influents. Viennent régulièrement Salomon Reinach, Auguste Rodin, Rainer Maria Rilke, Colette, James Joyce, Paul Valéry, Pierre Louÿs, Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz, Anatole France, Robert de Montesquiou, Edna St. Vincent Millay, Gertrude Stein, Alice B. Toklas, Somerset Maugham, Radclyffe Hall, T. S. Eliot, Ford Madox Ford, Isadora Duncan, Ezra Pound, Virgil Thomson, Jean Cocteau, Max Jacob, André Gide, William Carlos Williams, Djuna Barnes, George Antheil, Janet Flanner, Nancy Cunard, Peggy Guggenheim, Mina Loy, Caresse et Harry Crosby, Marie Laurencin, Oscar Milosz, Paul Claudel, Adrienne Monnier, Sylvia Beach, Scott et Zelda Fitzgerald, Sinclair Lewis, Emma Calvé, Sherwood Anderson, Hart Crane, Alan Seeger, Mary McCarthy, Truman Capote, Françoise Sagan, Marguerite Yourcenar…

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