Ce Jour-là

Nasir al-Din al-Tusi

Astronome et mathématicien persan du XIIIe siècle

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Abū Jaʿfar Muḥammad ibn Muḥammad ibn al‐Ḥasan Naṣīr al‐Dīn al‐Ṭūsī, souvent simplement Naṣīr al‐Dīn al‐Ṭūsī, ou parfois Naṣīr ad‐Dīn ad‐Ṭūsī (1201, à Tus en Iran - 1274), est un philosophe, mathématicien, astronome et théologien perse musulman.

Après des études à Tus, Nishapur et Mossoul, al-Tusi s'installe pendant près d'un quart de siècle auprès des dirigeants des Nizârites ismaéliens. Cette période est la plus prolifique de sa vie. Après la chute de la forteresse d'Alamut, il se met au service du prince mongol Houlagou Khan. Il participe à la construction et la gestion de l'observatoire astronomique de Maragha. Il meurt lors d'un voyage à Bagdad en 1274.

Avec la rédaction de près de 150 manuscrits en arabe et en persan touchant la philosophie, la théologie, les mathématiques et l'astronomie, al-Tusi est considéré comme un maître à penser de son époque.

On connaît peu de chose concernant son enfance et sa formation à part les informations contenues dans son autobiographie Sayr wa Suluk (« Contemplation et action ») écrite vers 1246.

Al-Tusi naît le 17 février 1201 à Tus dans le Khorasan, dans une famille d'érudits chiites duodécimains. Selon son autobiographie, il est encouragé par son père et son oncle maternel, à étudier la théologie et les sciences. Son père, pratiquant à l'esprit ouvert, l'engage à étudier tous les courants de l'Islam. Outre son oncle, élève de l'historien et philosophe des religions Taj al-Din al-Shahrastani, il a pour professeur Kamal al-Din Muhammad Hasib, élève du poète et philosophe Afdal al-Din Kashani (en).

À la mort de son père, il quitte sa maison pour parfaire ses connaissances et se rend, vers l'âge de dix-sept ou dix-huit ans à Nishapur. Là, il étudie l’œuvre philosophique d'Avicenne, Kitab al-Isharat wa-l-tanbihat (« Livre des directives et des remarques »), auprès Farid al-Din Damad al-Nisaburi (mort vers 1221). Il suit les exposés de Qutb al-Din Misri, élève de Fakhr ad-Dîn ar-Râzî, sur le Canon d'Avicenne Il dit avoir rencontré le maître du soufisme Farid al-Din Attar. Entre 1217 et 1221, il se rend en Irak pour étudier la jurisprudence auprès de Mu'in al-Din Salim ibn Badran al-Mazini. Entre 1223 et 1232, à Mossoul, il étudie les mathématiques auprès de Kamal al-Din ibn Yunus (1156/1252). D'après son autobiographie, Tusi semble déçu par ses recherches en théologie. Initialement convaincu que la philosophie grecque pouvait servir d'arbitre dans les discussions théologiques, il prend conscience que la recherche de la vérité dans le domaine religieux ne peut passer que par l'enseignement d'un maître spirituel et c'est alors qu'il commence à se tourner vers l'ismaélisme.

L'invasion mongole rend la région instable. Vers 1230, al-Tusi trouve refuge chez le gouverneur ismaélien de la région du Kouhistan, Nasir al-Din Muhtashim. Grâce à lui, il est reçu comme novice dans la communauté ismaélienne. Concernant sa conversion, les historiographes sont partagés d'autant plus qu'al-Tusi affirmera avoir vécu chez les Ismaéliens sous la contrainte. Il reste près de 25 ans auprès des Ismaéliens, produisant durant cette période la plus grande partie de ses écrits en éthique, logique, sciences et mathématiques. En 1234, il est invité auprès du prince ‘Alā’ ad-Dīn Muḥammad III qui tient sa cour à la forteresse d'Alamut où les savants fuyant les Mongols trouvent de bonnes conditions de travail, en particulier une importante bibliothèque.

En 1256, la forteresse d'Alamut capitule devant l'armée d'Houlagou Khan et est entièrement rasée. Le rôle d'al-Tusi dans cette capitulation est obscur : il fait partie des négociateurs ayant permis de conclure la capitulation mais se désolidarise de la secte peu après affirmant y avoir séjourné sous la contrainte.

Il se met alors au service d'Houlagou Khan, comme conseiller scientifique et responsable des dotations religieuses. Il prend pour épouse une Mongole et suit la cour à Qazvin, Hamadan puis Bagdad où on le soupçonne d'avoir pris une part active au siège de la ville et à la capitulation du calife abbasside Al-Musta'sim.

En 1259, il convainc Houlagou Khan, féru d'astrologie, de construire un grand observatoire à Maragha. Il est chargé de sa construction et de sa gestion. La supervision du projet l'occupe pendant plus de dix ans avec la mise en place d'une bibliothèque, d'une communauté scientifique regroupant des savants du monde musulman mais aussi chinois, et l'élaboration de tables astronomiques dans l'ouvrage Zij-i Ilkhani, finalisé en 1272.

À la mort d'Houlagou Khan, il devient vizir et probablement médecin personnel du fils d'Houlagou, Abaqa Khan. En 1273, il se rend à Bagdad où il tombe malade et meurt en juin 1274. Son corps est enterré près de la tombe du septième imâm chiite Musa al-Kazim.

Avec près de 150 travaux, écrits en persan ou en arabe ou même en turc, concernant des domaines aussi variés que la logique, la philosophie, la théologie, la géomancie, les mathématiques, l'astronomie, la minéralogie et la poésie, al-Tusi est un auteur majeur du XIIIe siècle du monde islamique. Considéré comme un sage (Hakim), il a reçu le titre honorifique de troisième maître à penser (al-mu'allim al-thalith) après Aristote et Al-Fârâbî.

Sa renommée est telle qu'on lui attribue parfois indûment d'autres travaux.

Les réflexions d'al-Tusi ont touché la philosophie, l'éthique, la logique, la science des religions, aussi bien concernant la jurisprudence islamique (fikh) que la dialectique (kalâm). Son parcours lui permet d'écrire autant sur l'ismaélisme que sur le chiisme duodécimain, et le soufisme.

Al-Tusi a écrit plusieurs traités de logique dont Asas al-iqtibas (base de l'inférence - 1244) écrit en persan qui est considéré comme la contribution la plus importante du XIIIe siècle en logique et Tajrid al-mantic écrit en arabe. Il a aussi produit des commentaires et des traductions en persan de penseurs arabes, dont un commentaire sur l'ouvrage d'Avicenne al-Isharat wa'l tanbihat (livre des directives et remarques), terminé en 1246, dans lequel il répond aux critiques faites par Fakhr al Din al Razi sur l'œuvre d'Avicenne. Il y traite de la connaissance de Dieu, la nature de l'espace et la création du monde physique. Il se positionne dans la lignée de la philosophie péripatéticienne. Sur la nature de l'être, al-Tusi distingue les êtres dont l'existence est nécessaire, Dieu, de ceux dont l'existence est contingente. On lui doit aussi un commentaire du texte de Fakhr al-Din al-Razi sur le Kalâm dans lequel il tente d'ouvrir plus largement l'étude de l'islam aux concepts philosophiques grecs tout en réfutant les attaques d'al-Razi sur l'œuvre d'Avicenne.

Ses travaux en éthique s'appuient sur les penseurs grecs et préislamiques persans d'une part et sur le Coran d'autre part. Il écrit Akhlaq-i Muhtashimi (Éthique de Muhtashim) , selon les notes de son protecteur ismaélien durant le début de son séjour au Kouhistan (vers 1232-1234). Ce traité décrit les principes que doivent suivre les personnes justes, cite le Coran, parle du besoin de connaissance de Dieu. Chaque chapitre se termine par une citation grecque. À peu près à la même époque, il écrit Gushayish-nama (notes sur le dévoilement). Mais son ouvrage le plus connu est Akhlaq-i Nasiri (en)(L'Éthique de Nasir), écrit en persan. Il a travaillé en deux temps, la première partie est achevée en 1235, mais l'ouvrage est repris quand al-Tusi est à la cour d'Houlagou Khan. Il y développe un système philosophique combinant enseignement musulman et philosophie aristotélicienne. Il y traite de la nature de Dieu, des sciences héritées des Grecs, de la nature de l'esprit humain, des vertus, du bonheur, de l'amitié, des politiques domestiques et nationales.

Durant son séjour chez les Ismaéliens sont écrits de nombreux traités théologiques sur ce courant religieux : Tawalla wa tabarra (solidarité et dissociation) et Aghaz wa anjam (le début et la fin) probablement écrits à la cour de Nasir al-Din Muhtashim, et deux ouvrages écrits à la cour du prince ‘Alā’ ad-Dīn Muḥammad III, Rawda-yi taslim (Le Jardin de la soumission - 1242) , considéré comme le plus grand travail sur la théologie ismaélienne à la fin d'Alamut et Asas al-Iqtibas (Principes de l'acquisition - 1244).

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