Napoléon Joseph Charles Paul Bonaparte, dit Napoléon-Jérôme, surnommé « Plon-Plon », prince français, dit le prince Napoléon, prince de Montfort, comte de Meudon et de Moncalieri, né le 9 septembre 1822 à Trieste et mort le 17 mars 1891 à Rome, est une personnalité politique et militaire française du Second Empire, cousin germain de l’empereur Napoléon III.
Fils cadet de Jérôme Bonaparte (le prince Jérôme), ancien roi de Westphalie, et de Catherine de Wurtemberg, le prince Napoléon naît en exil à Trieste. Il est le frère de la princesse Mathilde. Il est baptisé Napoléon pour honorer son illustre oncle décédé l'année précédant sa naissance, même si normalement le prénom de Napoléon revenait, par tradition au seul ainé de la famille et donc l'héritier présumé du trône impérial, ce qu'il n'était pas. Lors d'une visite un dimanche à sa grand mère Maria Letizia, alors qu'il était enfant, celle-ci lui demanda innocemment « Et toi ? Comment tu t'appelles ? », ce à quoi il répondit « Plon-Plon », un surnom entretenu par sa sœur Mathilde, qui le suivra toute sa vie.
À la mort de sa mère en 1835, il est accueilli par sa tante Hortense à Arenenberg, où il se lie d'amitié avec son cousin germain Louis-Napoléon qui devint son précepteur le temps de son séjour. Il fréquente également un pensionnat à Champel dans l'ancienne commune de Plainpalais (Genève) tenu par la famille de Jean-Jacques Challet-Venel. Il suit, de 1837 à 1840, des études militaires à Ludwigsburg et devient officier dans le régiment des Gardes du roi de Wurtemberg. En juillet 1842, il voyage en compagnie d'Alexandre Dumas à Livourne et dans l'archipel toscan, où les deux hommes visitent l'île de Montecristo, que Dumas met au cœur de son célèbre roman.
En 1845, avec l'aide d'Adolphe Thiers, il séjourne à Paris et rencontre à cette occasion le roi Louis-Philippe, mais leur court entretien est d'une grande froideur, puisqu'à ce moment le cousin du Prince, Louis-Napoléon est emprisonné au fort de Ham.
En 1847, le prince Napoléon se rend à Londres pour y retrouver son cousin qui vient de s'évader de la forteresse de Ham. À l'insu de Louis-Napoléon, il a une liaison avec la célèbre tragédienne Rachel, dont son cousin est également l'amant.
Après la chute de Louis-Philippe, et l'avènement de la Deuxième République, il se présente en Corse à la députation, lors des élections de 1848, sous l'étiquette républicaine, il est élu à plus de 77% des suffrages, devenant le plus jeune membre de l'Assemblée constituante, (il a 26 ans). Il siégea à l'extrême-gauche de l'hémicycle, sous la bannière rouge des républicains, ce qui lui valut le surnom de « Prince rouge ».
Réélu député de la Sarthe lors des élections législatives de mai 1849, il reste fidèle au parti de la Montagne, ce qui lui vaut le surnom de « prince de la Montagne ». Il s'oppose ainsi à son cousin, qui a été élu président de la République avec le soutien du parti de l'Ordre et qui se débarrasse momentanément de lui en l'envoyant comme ministre plénipotentiaire à Madrid. Après le coup d'État du 2 décembre 1851, il intervient auprès de son cousin pour atténuer la répression contre les républicains.
Prince français, Altesse impériale et sénateur en 1852, général de division en 1853, il est président de l'Exposition universelle de 1855. Du 16 juin 1856 au 6 octobre 1856, il conduit un voyage dans les mers du Nord à bord de la corvette La Reine Hortense visitant l'Écosse, l'Islande, l'Ile de Jean Mayen, le Groënland, les îles Féroé et Shetland et les pays Scandinaves. Il devient ministre de l'Algérie et des Colonies de 1858 à 1859. Napoléon Jérôme est un personnage important de la famille impériale pendant le Second Empire. Il incarne en effet l'aile gauche - anticléricale et démocrate - du mouvement bonapartiste face à une aile droite conservatrice et autoritaire dirigée par Eugène Rouher, son rival. Mais cette tendance, représentée par le « groupe du Palais-Royal » - où l'on trouvait les journalistes Émile de Girardin et Adolphe Guéroult, ainsi que le saint-simonien François Barthélemy Arlès-Dufour - ne concerne qu'une minorité du parti bonapartiste.
Jusqu'au 16 mars 1856, jour de la naissance du prince impérial Louis-Napoléon, "Plon-Plon" pouvait espérer succéder à Napoléon III (dont il n'était néanmoins que l'héritier secondaire, après son père Jérôme), mais ce dernier ne faisait pas confiance aux capacités politiques de son cousin. Il lui confie cependant plusieurs missions diplomatiques.
La Guerre de Crimée (1853-1856)
Pendant la guerre de Crimée, il se fait remarquer pour ses excentricités, en dehors de toutes hiérarchies, et arborant un uniforme de général de division débraillé sans en avoir le grade, et un sabre turc non règlementaire. Stationné à Varna, sur les rives de la mer Noire, avec la 3e division il s'implique particulièrement auprès de ses soldats, partageant avec eux leur quotidien et les problèmes de rationnement, ce qui lui vaut une certaine popularité et le sobriquet de « père Bugeaud ressuscité » en référence au Maréchal de France. Il commet néanmoins une grossière erreur en ordonnant à ses hommes d'attaquer les arrières de l'armée impériale russe à Dobroudja dans le Delta du Danube, essuyant de lourdes pertes de 7 000 à 8 000 hommes dans les marécages. Il commande avec bravoure une division lors de la bataille de l’Alma ouvrant la route de Sébastopol, la victoire lui vaut la réputation de héros à Paris, inscrivant ses pas dans ceux de son glorieux oncle. Il repousse une contre-attaque russe le 17 octobre 1855, n'hésitant à braver le danger sous les feux de l'ennemi. Plaidant pour des offensives supplémentaires et un harcèlement des troupes russes, il tombe en désaccords avec le général Canrobert et décide de rentrer en France avant la fin du conflit, ce qui vaut à "Plon-Plon" le perfide surnom de « Craint-plomb».
Il a la jouissance du Palais-Royal et du château de Meudon, alloués à son père par Napoléon III. En 1855, il se fait également construire par l'architecte Alfred Normand (qui suit les conseils de Jacques Ignace Hittorff) un hôtel particulier de style néo-pompéien sur l'avenue Montaigne, suivant les goûts de sa maîtresse d'alors, la tragédienne Rachel. Celle-ci ne voit pas l'ouvrage terminé, décédant deux ans (1858) avant l'achèvement des travaux (1860). Il revend sa maison pompéienne en 1866 ; elle est utilisée par Théophile Gautier puis Arsène Houssaye comme musée, avant de tomber en ruine et d'être détruite en 1891.
Ministre de l'Algérie et des Colonies (1858-1859)
Ministre de l'Algérie et des Colonies de 1858 à 1859, il plaida régulièrement pour un rapprochement entre les colons et indigènes : « Nous sommes en présence d'une nationalité armée et vivace, qu'il faut éteindre par l'assimilation, et d'une population européenne qui s'élève ; il faut concilier ces intérêts opposés ».
Il imposa à ce titre la présence de deux notables arabes dans les conseils généraux des Provinces, et facilita les transactions immobilières pour les musulmans et Juifs d'Algérie, ce qui lui valu des critiques des parties cléricaux.
En 1859, son mariage avec la fille du roi de Piémont-Sardaigne s’inscrit dans la stratégie tracée par Napoléon III et Cavour lors de l’entrevue de Plombières (voir l'article Politique italienne de Napoléon III). Favorable depuis toujours à la cause de l’unité italienne, en désaccord avec le ministre des affaires étrangères Alexandre Walesky, il commande le Ve corps de l'armée d'Italie (plus de douze mille hommes) en Toscane durant la Seconde guerre d’indépendance italienne. Les troupes qu'il commande étant dépareillées et désorganisées, il est encore une fois victime des moqueries et de railleries de la part de l'opinion publique de l'époque. Cela ne l'empêche pas d'obtenir quelques succès diplomatiques et d'être envoyé à Vienne par Napoléon III afin de finaliser le texte d'armistice entre la France et l'Autriche, c'est à cette occasion qu'il parvient à obtenir l'abandon final de la Lombardie à la France.
Retrait des affaires publiques et voyages