Giovanni Moretti, dit Nanni Moretti [ˈnanni moˈretti], né le 19 août 1953 à Brunico dans le Trentin-Haut-Adige, est un réalisateur, scénariste et acteur de cinéma italien. Il est également producteur, distributeur et directeur de salle via ses sociétés Sacher Film, Sacher Distribuzione et son cinéma le Nuovo Sacher.
Éminente personnalité du cinéma européen, Nanni Moretti a constitué une œuvre cohérente qui développe une forme personnelle d'autofiction et alterne drame, satire et militantisme. Il joue dans tous ses films. Ses longs métrages cherchent à concilier la tradition néoréaliste et les codes de la comédie à l'italienne et forment une chronique vaste et subjective de l'Italie politisée de l'après-mai 68 et du début du XXIe siècle.
Le cinéaste est lauréat de la Palme d'or du festival de Cannes 2001 pour La Chambre du fils, et d'une trentaine d'autres prix internationaux.
Nanni Moretti naît au sein d'une famille d'enseignants. Son père est l'épigraphiste Luigi Moretti. Sans que sa famille soit pauvre, elle est relativement modeste. À l’adolescence, il se découvre deux passions : le cinéma et le water-polo. À cette époque il contracte une hépatite virale qui l'oblige pendant un temps à ne se nourrir que d'artichauts bouillis et de jambon cru. Lorsqu'il est totalement guéri, il obtient, « de haute lutte » sa première Vespa. Une fois ses études achevées, il se met en tête de devenir réalisateur et tourne en 1973 ses deux premiers courts métrages : Pâté de bourgeois (it) et La Défaite (it) (filmés en Super 8) qu'il tourne, interprète, monte et développe lui-même.
Il devient l'acteur principal de ses œuvres où il apparaît dans une série d'alter ego exubérants. D'emblée, ses premiers films dévoilent son style singulier, caractérisé par une ironie mordante et un sens aiguisé de l'observation psychologique et sociale. Ils affirment également sa force de caractère et mêlent éléments autobiographiques, questionnements intimes, considérations artistiques et préoccupations politiques. En 1976 sort Je suis un autarcique, son premier long métrage filmé en Super 8 et gonflé en 16 mm. Dans ce film, le réalisateur met en scène une troupe de théâtre avant-gardiste dont il se sert pour porter un regard ironique sur le gauchisme. En 1977, il tient un petit rôle dans Padre padrone des frères Taviani.
En 1978, il réalise Ecce bombo qui raconte les rapports difficiles d’un étudiant avec son entourage. Ce film est présenté en sélection officielle au festival de Cannes.
En 1981, Sogni d'oro, sa nouvelle réalisation, obtient le Grand Prix du Jury à la Mostra de Venise. En 1983, il met en scène Bianca dans lequel il interprète un professeur amoureux de Laura Morante, une de ses actrices fétiches. En 1986, on le retrouve sous les traits d’un curé dans la comédie La messe est finie (Ours d'argent à Berlin) et dans la peau d’un militant communiste devenu amnésique dans le film Palombella rossa, en 1989.
Grâce à sa maison de production Sacher Film, qu’il fonde en 1986 au côté d'Angelo Barbagallo et qu'il nomme ainsi en hommage à sa pâtisserie préférée, la Sachertorte, il produit les œuvres de cinéastes débutants comme La Seconde fois de Mimmo Calopresti et Le Porteur de serviette de Daniele Luchetti, films dans lesquels il endosse le premier rôle. Il acquiert également, en 1991, le cinéma d'art et essai le Nuovo Sacher dans le quartier du Trastevere de Rome qui lui sert de base de diffusion à ses films et ses productions. Il y programme également les réalisations d'auteurs reconnus ou débutants.
Lors de la Mostra de Venise 1986, il est membre du jury des longs-métrages sous la présidence de Alain Robbe-Grillet.
À la fin de l'année 1990 il doit incarner le premier rôle masculin de La Double Vie de Véronique de Krzysztof Kieślowski. Mais, alors qu'il a commencé à tourner dans ce film, son état de santé est trop mauvais pour qu'il puisse continuer (il se découvrira par la suite un cancer) et il doit être remplacé.
En 1991, il reprend une salle de cinéma, le Cinema Nuovo. Pour des raisons administratives, il ne peut en modifier le nom, mais il lui est possible d'y rajouter quelque chose : il l'appelle alors le « Cinema Nuovo Sacher ». La salle ouvre en novembre 1991 avec à l'affiche le film Riff-Raff de Ken Loach.
En 1994, il obtient le Prix de la mise en scène au festival de Cannes pour son film Journal intime, dans lequel il dévoile qu'il a été atteint de la maladie de Hodgkin, une forme de cancer. Ce prix à Cannes lui permet d'atteindre une notoriété internationale.
Nanni Moretti apprécie particulièrement le cinéma iranien. Il participe au jury de la sélection officielle du festival de Cannes 1997 et y fait tout pour qu'Abbas Kiarostami reçoive la Palme d'or avec son film Le Goût de la cerise (ex aequo avec le film L'Anguille de Shōhei Imamura). La présidente du jury, Isabelle Adjani, se sentira trahie par son attitude (elle soutenait le film De beaux lendemains) et qualifiera dans la presse Moretti de « Machiavel »
En 1998, dans Aprile, présenté à Cannes, il fait part de sa joie d’être père et de son contentement d'assister à la victoire de la gauche aux élections tout en dévoilant ses doutes sur l'avenir.
Moretti fonde ensuite, en 1998, la société Sacher Distribuzione, spécialisée dans la distribution de films d'auteur. Celle-ci a notamment assuré, en Italie, la sortie d'Une séparation d'Asghar Farhadi, La guerre est déclarée de Valérie Donzelli, Angèle et Tony d'Alix Delaporte et César doit mourir des frères Taviani. Moretti est également le créateur du Prix Sacher et du Sacher Festival, consacré aux courts métrages.
En 2001, à nouveau présent à Cannes, il obtient la Palme d'or pour La Chambre du fils, drame intimiste racontant la manière dont une famille de la classe moyenne anconitaise réagit après la perte de son fils adolescent.
Nanni Moretti a présidé le jury de la 58e Mostra de Venise, en 2001. Son jury a décerné le Lion d'or au Mariage des moussons de Mira Nair. En 2007 et 2008, il a par ailleurs assuré la présidence du festival du film de Turin.
Moretti décide de sortir son film suivant, Le Caïman, au moment des campagnes législatives de 2006, car il est autant une satire de Silvio Berlusconi et de sa gouvernance qu'un portrait kaléidoscopique de l'Italie des années 2000. Le Caïman est par ailleurs présenté à Cannes. En 2008, on le retrouve devant la caméra d'Antonello Grimaldi dans Caos calmo.