Nafissa Sid Cara, née le 19 avril 1910 à Saint-Arnaud (Algérie) et morte le 3 janvier 2002 dans le 16e arrondissement de Paris, est une femme politique française.
Élue députée en 1958 dans la deuxième circonscription d'Alger-banlieue, elle est nommée l’année suivante secrétaire d’État chargée des Questions sociales en Algérie et de l'Évolution du statut personnel de droit musulman, devenant ainsi la première femme membre d'un gouvernement de la Cinquième République et la première secrétaire d'État de confession musulmane.
Elle est née le 19 avril 1910 à Saint-Arnaud (actuelle El Eulma), près de Sétif, en Algérie.
Elle est issue d'une famille algérienne d'origine turque.
Fille d'un instituteur, elle fait partie d'une fratrie de sept enfants. « Je dois dire que mes parents et mes grands-parents, fidèles à l'émir Abd el-Kader, ne voulaient pas que la voie qu'il avait ouverte pour la modernisation de l'Algérie, en symbiose avec les valeurs françaises, se referme. (…) Donc une fille, dans le lieu même de sa naissance, le lieu où sa famille était connue et respectée devait, élevée dans la spiritualité de l'Islam, se construire dans la culture française, au grand jour et à découvert. Un matin, mon grand-père me prit dans ses bras, m'enveloppa des deux pans de son burnous blanc et me déposa dans la cour de l'école maternelle. »
Certificat d'études, brevet élémentaire, École normale des instituteurs de Constantine, la jeune Nafissa est une élève studieuse, puis une étudiante brillante. Grâce à l'école de la République, elle devient institutrice. Dans les années 1920, en Algérie, le taux de scolarisation des jeunes filles est très faible. Cependant, la jeune Nafissa, d'étape en étape, arrive aux portes de la casbah d'Alger.
Elle est professeure de lettres au collège technique de la rue Marengo. Sa candidature au poste de direction devenu vacant est repoussée. « Je n'étais pas encore française à part entière. Néanmoins j'ai assumé en quelque sorte la direction morale et intellectuelle de l'établissement(…). C'est dans cette situation qu'il arrivait aux adolescentes d'évoquer souvent, pour moi, l'implacable logique du sort qui leur était réservé ».
Elle incarne cette génération de jeunes Algériennes qui refusent la fatalité d'une société archaïque, immobile, où la femme a du mal à exister en tant que telle. Pour ce motif surtout, elle espère le maintien de l'Algérie dans la France. Au cours de conférences et d'émissions à la radio, au nom du mouvement de Solidarité féminine, dont elle fait partie, elle clame sa conviction de la nécessaire émancipation de la femme musulmane. Lorsqu'en 1958, des amis lui demandent de se présenter aux élections législatives et qu'elle accepte, son objectif est « la reconnaissance de la dignité de la femme musulmane. ».
Nafissa Sid Cara est élue le 30 novembre 1958 députée d'Alger-campagne à l'Assemblée nationale française et rejoint le groupe parlementaire Unité de la République. Les événements de 1958 en Algérie ont fait naître, selon elle, une grande espérance, notamment pour les femmes musulmanes et les jeunes filles qui « étouffaient » dans ce pays marqué par la rébellion. Leur souffrance rejoignait celle des femmes européennes qui, elles, aux dires de Nafissa Sid Cara, « étouffaient d'angoisse ». « Et alors, brusquement les unes et les autres (…) se sont rendu compte qu'elles avaient un lien commun : la souffrance. Elles se sont rendu compte qu'en elles-mêmes il y avait un désir ardent et commun, un désir de paix. Elles se sont trouvé une voix et une espérance commune : le général de Gaulle (…) ».
La question de la femme musulmane dans la société est l'une de ses principales préoccupations.
Dans un discours prononcé le 25 mai 1959, elle dresse l'état de la condition féminine en Algérie et de la société algérienne en général : « Ces femmes musulmanes… qu'étaient-elles ? Pour la plupart, des inconnues avec lesquelles on ne comptait pas. Pourquoi ? Parce que beaucoup parmi elles étaient illettrées, pauvres. Elles étaient préoccupées par une vie toute matérielle et par conséquent en étaient les esclaves. Ce que je vous dis concerne surtout les femmes des campagnes, celles des montagnes, celles des djebels qui mènent une vie archaïque, moyenâgeuse, extrêmement dure. Ces femmes des montagnes, toutes pour la plupart habitent une maison à pièce unique, sans ouvertures. Elles ont comme seul horizon évidemment le paysage, qui est très beau, mais comme seul horizon le mari et les enfants, leur unique joie ». Évoquant ensuite la situation des femmes qui demeurent dans les villes, elle précise : « Illettrées et pauvres, (ces femmes) ont cependant senti qu'il fallait envoyer leurs enfants à l'école et elles les y ont envoyés. Mais lorsque les fillettes atteignaient l'âge de 12, 13, 14 ans, elles se voyaient bouclées, coupées de l'extérieur, ramenées à la maison, voilées et mariées ». Et Nafissa Sid Cara, avec une grande lucidité, évoque alors leur « résignation » et leur « tristesse ».
Abordant les difficultés des jeunes filles et des familles « qui ont tout de même rompu avec les traditions » et qui ont pu poursuivre des études, elle décrit l'état archaïque de la société algérienne. « Elles ont eu à lutter contre l'hostilité des femmes âgées, des grands-mères, des tantes qui ne voulaient pas les voir "faire l'instruction", parce que l'instruction, c'était l'émancipation, la rupture avec les traditions et par conséquent avec la famille (…. Elles ont eu à lutter contre l'hostilité des voisines nombreuses et jalouses. Du côté européen, elles ont aussi à lutter contre des réticences, car elles n'étaient pas complètement acceptées ; il y avait quand même des différences entre la jeune fille musulmane et la jeune fille européenne qui poursuivaient des études sur le même banc. Des différences de costume par exemple (pour la jeune musulmane), il fallait (…) que le corps ne soit pas découvert et alors la robe était trop longue, trop large, elle n'était jamais à la mode. (…) Ces jeunes filles (…) ont souffert d'avoir en somme rompu avec le milieu familial et d'un autre côté, de ne pas se sentir à l'aise avec le milieu européen ». Nafissa Sid Cara n'a jamais, d'après les témoignages, porté le voile. Elle précise même qu'en enlevant leur voile au cours d'une récente manifestation, les femmes musulmanes ont voulu montrer « que maintenant, elles sont aussi une force généreuse et constructive, une force avec laquelle il fallait compter ».
Le 23 janvier 1959, elle devient secrétaire d'État « chargée des questions sociales en Algérie et de l'évolution du statut personnel de droit musulman » dans le gouvernement Debré et le reste malgré plusieurs remaniements successifs jusqu'au 14 avril 1962. Elle signe une ordonnance, conjointement avec Michel Debré, le 4 février 1959 sur la condition de la femme musulmane, qui dispose que « les mariages se contracteront par consentement verbal et libre des deux époux ». Les nationalistes algériens du FLN critiquent vertement cette décision, considérant que la laïcité prônée par la métropole - donc l'ordonnance du 4 février 1959 - viole les principes de l'islam et est une atteinte au Coran Les patriotes algériens n'admettent pas les réformes voulues par le gouvernement dont fait partie Nafissa Sid Cara. Forte de ses convictions, elle persiste.
Nafissa Sid Cara intervient au conseil des ministres du 21 février 1962 pour attirer l'attention du gouvernement sur le sort des harkis, restés fidèles à la France alors que l'Algérie est en voie d'obtenir l'indépendance. Le président de la République, Charles de Gaulle, lui répond : « Croyez-vous vraiment, Mademoiselle, que sauf les exceptions dont nous avons le devoir de nous occuper aujourd’hui, dont nous devons nous préoccuper demain, la grande majorité des musulmans ne soit pas favorable à l’indépendance, qu’elle ne leur apparaisse pas comme la solution inévitable ? ».
Porte-parole des Algériens de France
Son attachement au général de Gaulle est évident, ce qui peut surprendre parce qu'elle partage alors le sort de nombre de rapatriés d'Algérie qui ne cessent de critiquer le gouvernement et le Général en particulier.