Néstor Kirchner, né Néstor Carlos Kirchner Ostoić le 25 février 1950 à Río Gallegos et mort le 27 octobre 2010 à El Calafate, est un homme d'État argentin.
Ancien gouverneur de la province de Santa Cruz (Patagonie), considéré comme étant un péroniste de gauche, il est président de la Nation argentine du 25 mai 2003 au 10 décembre 2007. Prenant ses fonctions pendant la crise économique argentine, il renégocie la dette publique, nationalise certaines entreprises stratégiques et crée d'importants programmes sociaux. Lors de son mandat, la pauvreté est divisée par deux. Il permet l'ouverture de procès sur les crimes commis pendant la dictature, mettant fin à vingt ans d’impunité. Son épouse Cristina Fernández lui succède en 2007.
Il est par la suite président du Parti justicialiste, député élu dans la province de Buenos Aires et secrétaire général de l'Union des nations sud-américaines, qu'il a contribué à fonder en 2004.
Néstor Carlos Kirchner est né à Río Gallegos, capitale de la province de Santa Cruz, en Patagonie. Son père, Néstor Carlos Kirchner Cšnning, d'origine suisse, était facteur ; sa mère, María Juana Ostoić Dragnić, née à Punta Arenas au Chili, est issue d'une famille croate (Ostoić). Il souffre de strabisme et obtient son diplôme du bachillerato (le baccalauréat argentin) au Colegio nacional República de Guatemala.
Pendant son adolescence, Néstor Kirchner milite activement au Parti justicialiste (PJ), d'obédience péroniste. Il est d'abord membre de la Jeunesse péroniste (JP), très opposé à la dictature de la Révolution argentine puis soutien du président péroniste de gauche Hector José Campora. Pendant les années 1970, il étudie le droit à l'université nationale de La Plata, et obtient son diplôme en 1976. À La Plata, il fait connaissance de Cristina Fernández, qu'il épousera le 9 mars 1975. Après avoir obtenu son diplôme d'avocat, il retourne à Río Gallegos avec Cristina, elle aussi avocate et membre du Parti justicialiste. Le 6 janvier 1976, sous la présidence d'Isabel Martínez de Perón, ils sont mis tous les deux en détention arbitraire pendant un mois à Río Gallegos. Ils seront finalement libérés grâce à des contacts auprès des militaires.
Après le coup d'État de mars 1976, bien que s'étant mis en retrait de la vie politique, il est de nouveau arrêté, en 1977, par la junte de Jorge Rafael Videla et détenu deux jours avec le député Rafael Flores.
Après la transition démocratique initiée en 1983, Néstor Kirchner est nommé à un poste politique auprès du gouvernement de la province de Santa Cruz. Puis il dirige le Fonds municipal d'aide aux pauvres de Río Gallegos, mais il doit renoncer peu après en raison de différends avec le gouverneur, Arturo Puricelli (en), dus à des points de vue divergents sur certaines mesures économiques. C'est après cet évènement que Néstor Kirchner devient une célébrité locale et commence sa carrière politique.
En 1987, Kirchner devient maire de Río Gallegos, à l'issue d'une élection très disputée qu'il ne remporte que d'une centaine de voix. Après un mandat sans histoire qui le lance dans la course pour le poste de gouverneur, il gagne avec 61 % des suffrages les élections de 1991 au poste de gouverneur. Quant à son épouse, elle est déjà membre du congrès provincial.
Au moment de son accession au poste de gouverneur, la province de Santa Cruz, secouée par la crise économique argentine, connaît un taux de chômage élevé et un déficit d'environ 950 millions d'euros[réf. nécessaire]. Malgré d'importantes ressources en pétrole et en gaz, elle ne représente alors que 1 % du produit national brut de l'Argentine[réf. nécessaire].
Il fait venir des investissements tant nationaux qu'étrangers et crée des postes de fonctionnaires (Santa Cruz devient une des provinces ayant le plus fort taux d'emploi public). Les revenus du pétrole et du gaz aident à remettre les comptes provinciaux en ordre.
Néstor Kirchner émerge au niveau national comme étant un péroniste de centre-gauche. Il critique les mesures néolibérales de l'administration Menem et l'appareil bureaucratique du parti péroniste. De plus, il condamne vigoureusement l'amnistie présidentielle ordonnée par Carlos Menem en 1990 au profit des responsables de la dictature militaire (1976-1983).
Kirchner modifie deux fois la Constitution provinciale, en 1994 et 1998, permettant la réélection indéfinie du gouverneur. En 1994, il participe, à Paraná, au Congrès constitutionnel qui modifie la Constitution nationale et permet à Menem de se présenter aux élections présidentielles une deuxième fois.
En 1998, Carlos Menem essaie, en vain, de se présenter une fois encore aux élections, en s'appuyant sur une interprétation controversée de la Constitution ; cette tentative suscite des réactions hostiles jusque dans son propre camp. C'est ainsi que Néstor Kirchner fait la connaissance d'Eduardo Duhalde, gouverneur péroniste de Buenos Aires et chef de file du mouvement anti-Menem au sein du PJ. Duhalde deviendra lui-même président en 2002, après la démission de Fernando de la Rúa et d'Adolfo Rodríguez Saá, ce dernier n'étant resté chef de l'État que pendant une semaine.
En 2003, Duhalde annonce qu'il soutiendra le Front pour la victoire de Kirchner lors de l'élection présidentielle du 27 avril. Au premier tour du scrutin, Carlos Menem est en tête avec 24 % des voix malgré sa faible cote de popularité ; Néstor Kirchner obtient quant à lui 22 % des suffrages. Les sondages donnant ce dernier largement gagnant, Carlos Menem décide de retirer sa candidature avant le second tour, ce qui permet à Néstor Kirchner d'accéder à la présidence et à Daniel Scioli de devenir son vice-président.
Président de la Nation argentine
Néstor Kirchner prête serment le 25 mai 2003, au moment où l'Argentine sort de la pire crise économique de son histoire : une monnaie dévaluée d'environ 75 % vis-à-vis du dollar et la cessation de paiement de la dette publique la plus importante de l'histoire mondiale. Le taux de chômage atteint 17 % lorsqu'il prend son mandat, et il réussira à le faire baisser à moins de 10 %.
Politique économique : relance et renégociation de la dette
Kirchner décide de garder en poste le ministre de l'Économie d'Eduardo Duhalde (PJ), Roberto Lavagna, qui réussit à manœuvrer d'une façon remarquable et parvient à sortir le pays de la crise économique. Après avoir prêté serment, il modifie la composition de la Cour suprême de justice, accusée d'être trop ménémiste, et contribue largement à son indépendance, quitte à ce que des conflits éclatent par la suite entre Cristina Kirchner et celle-ci.