La mutinerie de Yên Bái, ou « Yen Bay » est un soulèvement de soldats vietnamiens dans l'armée coloniale française le 10 février 1930 en collaboration avec le Việt Nam Quốc Dân Đảng (VNQDĐ, le Parti nationaliste vietnamien), dont le but était d'amener l'ensemble de la population à renverser le régime colonial français et de rétablir l'indépendance. La mutinerie doit son nom au lieu où elle s'est déroulée, Yên Bái, capitale de la province du même nom.
La révolte de Yên Bái constitue le trouble le plus sérieux dirigé contre la colonisation française du Viêt Nam depuis le mouvement monarchiste Cần Vương de la fin du XIXe siècle. Auparavant, le parti nationaliste VNQDĐ avait essayé de s'engager dans des activités clandestines pour miner l'autorité française, mais une surveillance accrue de ses activités de la part des Français amena leur groupe de dirigeants à prendre le risque d'organiser une attaque militaire de grande envergure dans le delta du fleuve Rouge au Nord Viêt Nam.
Peu après minuit, le 10 février 1930, des soldats vietnamiens intégrés à la garnison de Yên Bái, dont certains étaient membres du VNQDĐ, se retournèrent contre leurs supérieurs français avec l'aide de membres civils du VNQDĐ qui avaient envahi le camp de l'extérieur. La mutinerie échoua dans les vingt-quatre heures, quand la majorité des soldats vietnamiens de la garnison refusèrent de participer au complot et restèrent loyaux envers l'armée coloniale. D'autres attaques sporadiques se produisirent à travers la région du delta, sans grandes conséquences. Les représailles à l'attaque, de la part de la France, furent promptes et décisives. Les principaux dirigeants du VNQDĐ furent arrêtés, jugés et mis à mort, ce qui mit un terme à la menace militaire de ce qui constituait auparavant la plus importante organisation révolutionnaire nationaliste vietnamienne.
La sanction judiciaire civile fut suivie par des réformes radicales concernant l'emploi de soldats vietnamiens dans l'armée coloniale française. La confiance des Français en la loyauté des soldats vietnamiens, colonisés mais à la fois chargés de faire respecter l'ordre colonial, ne fut jamais élevée, et la mutinerie eut comme conséquence le renforcement des garanties les concernant, dans le but d'empêcher de futurs incidents. Environ 80 % des soldats vietnamiens au Tonkin furent mutés dans d'autres districts de façon à enrayer les complots secrets qui auraient pu se fomenter, et certains soldats qui étaient revenus du service à l'étranger furent démobilisés, de crainte que leur expérience acquise outre-mer les aient rendus moins susceptibles d'accepter la domination coloniale. Les réformes internes ont vu s'assouplir les règles concernant l'expulsion de l'armée de soldats vietnamiens, et une enquête à l'intérieur du renseignement militaire déboucha sur une coopération plus étroite entre celui-ci et les renseignements civils coloniaux français, tandis que l'ordre était donné aux officiers français d'améliorer leur connaissance de la langue vietnamienne. Les autorités françaises décrétèrent que la proportion de soldats vietnamiens était trop élevée et réduisirent la proportion de Vietnamiens en les remplaçant par des Européens, des Cambodgiens, des Laotiens et des membres de la minorité ethnique des « Montagnards ».
Le Viêt Nam était progressivement devenu une colonie française entre 1859 et 1885. La première phase débute en 1859, quand les forces françaises et espagnoles commencent à envahir le Sud du Viêt Nam, conduisant à la cession de trois provinces du Sud pour former la colonie de Cochinchine, dans le cadre du traité de Saigon de 1862. En 1867, les Français s'emparent de trois autres provinces et, en 1885, l'essentiel du processus est terminé, même si des résistances locales nombreuses persistent jusqu'en 1906 : le Viêt Nam du Nord et du Centre ont été conquis, et les protectorats français du Tonkin et de l'Annam réalisés et incorporés dans l'Indochine française.
Les réformes juridiques de codification hâtives des années 1920 et l'impossibilité de trouver des fonctionnaires indigènes suffisamment instruits en droit pour se substituer à l'autorité et au prestige des mandarins administratifs ébranlent les fondements de la société indochinoise.
Les élites indochinoises formées en France ou en Indochine ne sont pas ou peu intégrées à la gouvernance et à l'administration du pays. Les diplômes obtenus en France ne permettent pas aux Indochinois non naturalisés d'entrer dans l'administration. La richesse de la langue annamite est niée par les gouvernants.
Au début de 1930, l'Indochine subit en outre le contrecoup de la crise de 1929 : augmentation importante du prix du riz et chute du prix du caoutchouc. La France avait cherché, depuis 1926 et les différentes « commissions de la hache », à faire supporter la charge des fonctionnaires français en Indochine par des impôts prélevés localement.
L'ouvrage Décolonisation du Vietnam un avocat témoigne de Trinh Dinh-Lhao (1901-1986), avocat et docteur en droit de la faculté d'Aix en Provence en 1928 rapporte que le Congrès de 300 étudiants vietnamiens réunis à Aix-en-Provence en 1927 a discuté des quatre questions suivantes ;
L'iniquité des traités de protectorat de 1862 et 1874 ;
La France avait donc annexé le Viet Nam, elle avait divisé le pays en deux protectorats de l'Annam et du Tonkin et s'était attribué la Cochinchine comme colonie française. Le congrès demandait l'annulation des traités et la réunification du pays.
Mouvement de résistance des nationalistes ;
Le VQPQ — Vietnam Quang Phuc Quoc — du prince Cuong De, le VNQDD (Việt Nam Quốc Dân Đảng) de Nguyen Thai Hoc et la Ligue révolutionnaire de Nguyen Ai Quoc créé à Canton en 1925). Les mouvements de lutte des nationalistes vietnamiens ne devaient pas être considérés comme des activités terroristes mais devaient être reconnus comme des partis politiques authentiques.Le congrès demande la libération immédiate des nationalistes détenus et la reconnaissance du droit des Vietnamiens à participer aux activités politiques.
Le régime de l'indigénat, notamment l'impôt par capitation sur les indigènes actifs — 2 mois de salaire pour un ouvrier) constituait une discrimination. Le congrès demande que le régime de l'indigénat soit aboli au nom du respect des droits de l'homme.
Le régime économique colonial ;
Le régime économique colonial profite essentiellement aux grandes entreprises industrielles et commerciales de la métropole. Le congrès souhaitait que les relations économiques entre la France et le Vietnam se fassent dans des conditions profitables pour la population vietnamienne.
Ce sont une partie de ces congressistes qui manifesteront à Paris à la Cité universitaire, à l'Assemblée et devant l'Élysée.
Manifestations anticoloniales en Indochine avant 1930