La musicologie (en allemand : Musikwissenschaft) est l'étude scientifique de la musique. Elle forme un domaine des sciences humaines. Un chercheur qui participe à cette étude est un musicologue. Le terme provient du grec μουσική [mousikē] (« musique ») et -λογoς [-logos] (« connaissance, étude »).
La musicologie commence à se constituer en tant que champ disciplinaire au XIXe siècle dans le sillage du développement de la critique musicale avec des revues spécialisées et de premiers essais de théorisation.
Au XXIe siècle, la musicologie se divise en trois disciplines principales : la musicologie historique, la théorie et l'analyse musicale, ainsi que l'ethnomusicologie. Ces trois disciplines sont complétées par de nombreuses disciplines annexes.
Les musicologues historiens étudient l'histoire des traditions musicales, les origines des œuvres et les biographies des compositeurs. Les ethnomusicologues s'appuient sur l'anthropologie, notamment sur les études sur le terrain, afin de comprendre les motivations et objectifs des personnes lorsqu'ils jouent de la musique.
La musicologie est classée parmi les sciences humaines mais emprunte de nombreuses méthodes aux sciences naturelles et aux sciences informatiques, en particulier dans le champ de l'acoustique et du traitement du signal.
En 1738, Lorenz Christoph Mizler fonde la Societät der musicalischen Wissenschaften, société active par correspondance et dont ont été membres notamment Georg Philipp Telemann, Georg Friedrich Haendel et Jean-Sébastien Bach.
La « Science des arts » (Kunstwissenschaft) est fondée à la fin du XVIIIe siècle, mais constitue dès l'origine une histoire des arts (Kunstgeschichte). La position de la musicologie naissante est immédiatement différente : elle se préoccupe de grammaire musicale plutôt que d'histoire de la musique.
Johann Bernhard Logier (en) publie en 1827 un ouvrage intitulé System der Musik-Wissenschaft, qui traite d'harmonie, de basse chiffrée et de composition.
Gustav Schilling publie de 1835 à 1842 une Encyclopédie des sciences de la musique en sept volumes, qui propose « outre les biographies de toutes les personnes d'intérêt pour les musiciens, l'explication et l'élucidation de tous les états de faits et de toutes les choses qui, d'une manière ou d'une autre, appartiennent à la musique ».
En 1835 encore, August Gathy (de) fait paraître la première version du Musikalisches Conservations-Lexicon (en français : « Encyclopédie de l'ensemble des sciences de la musique »), couvrant la théorie de la composition, la description des instruments de musique, la biographie des principaux compositeurs, virtuoses, musicographes, etc., et des informations sur les académies, sociétés et associations musicales. Ce sont les premiers ouvrages à faire usage du terme « musicologie ».
On peut rapprocher de ces publications la Biographie universelle des musiciens publiée par François-Joseph Fétis à Bruxelles en huit volumes, de 1833 à 1844.
La naissance « officielle » de la musicologie a lieu dans l'introduction au premier volume de Jahrbücher für musikalische Wissenschaft en 1863, par Friedrich Chrysander. Ce dernier décrit les objectifs de ces annuaires : ils couvriront l'histoire de la musique, la science du son (Tonlehre), l'esthétique, la musique folklorique et nationale. Mais le texte véritablement fondateur est celui de Guido Adler dans le premier volume du Vierteljahrschrift für Musikwissenschaft en 1885, dans lequel il décrit l'objet de la musicologie : la musique elle-même, plutôt que les musiciens ou les aspects sociologiques, envisagée comme un langage.
Depuis le XIXe siècle, la musicologie a été souvent subdivisée en deux domaines : musicologie historique et musicologie systématique. Cette subdivision avait été officialisée dans l'article cité ci-dessus du musicologue autrichien, Guido Adler, « Étendue, méthode et buts de la musicologie » (1885), dans lequel il propose le tableau suivant :
Au XXe siècle, la dernière colonne de ce tableau, qu'Adler avait nommée en allemand simplement Musicologie (à opposer à Musikwissenchaft), est devenue un domaine distinct, celui de l'ethnomusicologie. Pour le reste, la musicologie d'Adler paraît concerner surtout la musique occidentale.
Adler donne aussi une liste de disciplines annexes ou de sciences auxiliaires :
pour la musicologie historique : histoire générale, paléographie musicale, chronologie, diplomatique, bibliographie, bibliothéconomie, archivistique ; histoire littéraire, linguistique ; histoire de la liturgie ; histoire du mime et de la danse ; biographie des musiciens, statistiques des associations, des institutions et des exécutions musicales ;
pour la musicologie systématique : acoustique, mathématiques ; physiologie (perception du son) ; psychologie (représentation du son, éléments du son, sensation du son) ; logique (pensée musicale) ; grammaire, métrique, poétique ; pédagogie ; esthétique, etc.
En dehors de l'Allemagne, le terme « musicologie » apparaît d'abord en français, dans les Mélanges de musicologie critique de Pierre Aubry (1900), puis en anglais, dans le premier volume du Musical Quarterly (1915). En France, le terme est longtemps utilisé comme synonyme d'histoire de la musique : une chaire de ce nom est créée en 1903, à la Sorbonne. Au Conservatoire, l'enseignement est un peu plus ancien (1872). Au Collège de France la chaire d'histoire de la musique est créée en 1904, mais ne trouve pas de successeur après 1910, au décès de Jules Combarieu, son fondateur. La musicologie n'entre à l'université qu'en 1969.