Mohammed Ayoub Khan ou Muhammad Ayub Khan (en ourdou : محمد ایوب خان), né le 14 mai 1907 à Haripur et mort le 19 avril 1974 à Rawalpindi, est un militaire et homme d'État pakistanais. Général en chef de l'armée pakistanaise dès 1951, il s'empare du pouvoir et impose une dictature militaire après que, le 8 octobre 1958, le président Iskander Mirza a abrogé la constitution et proclamé la loi martiale. Il a été président de la république islamique du Pakistan du 27 octobre 1958 au 25 mars 1969 et est l'un des trois grands dirigeants militaires qu'a connu le pays.
D'origine pachtoune et né dans une famille rurale du district d'Haripur, Muhammad Ayub Khan reçoit une formation militaire puis s'engage au sein de l'armée indienne britannique en 1929 avant de rejoindre l'armée pakistanaise en 1947, lors de la création du pays. Il progresse rapidement dans la hiérarchie militaire, jusqu'à devenir le premier Pakistanais à diriger les forces armées de la jeune nation en 1951. Après avoir été nommé ministre de la Défense en 1954, il est le co-auteur d'un coup d’État contre le gouvernement civil le 8 octobre 1958 avec l'aide du président Mirza, qu'il renverse et remplace ensuite rapidement.
Dirigeant le pays pendant dix ans de manière autoritaire, Ayub Khan instaure une nouvelle constitution et entame des réformes économiques et sociales importantes. Il conduit une politique mêlant libéralisme économique, répartition de certaines richesses, réformes séculières et références à l'Islam. D'abord populaire, son pouvoir s'affaiblit progressivement après la deuxième guerre indo-pakistanaise de 1965. Il démissionne le 25 mars 1969 à la suite de vastes mouvements de contestation. Son héritage politique est controversé, étant le premier général pakistanais auteur d'un coup d’État, marquant ainsi le début de conflits récurrents entre pouvoirs civil et militaire dans le pays.
Muhammad Ayub Khan est né le 14 mai 1907 à Rehana, village du district d'Haripur alors situé dans la province de la Frontière-du-Nord-Ouest, dans le Raj britannique. Il appartient à la tribu pachtoune Tarin, installée dans l'Est de la province dans la région dite « Hazara ». Ayub Khan est le premier enfant de la seconde femme de Mir Dad Khan, un ancien officier d'un régiment de cavalerie de l'armée indienne britannique. De par sa famille, il parle donc couramment le pachto ainsi que le dialecte local hindko, en plus de l'anglais et l'ourdou, les deux langues officielles du Pakistan.
Ayub Khan commence son éducation dans le village du district d'Haripur Sarai Saleh, situé à plus de six kilomètres de son village. Il effectue alors régulièrement les trajets à dos de mulet. Il continue ensuite l'école dans la capitale locale Haripur en s'installant chez sa grand-mère. En 1922, il passe son examen de fin d'étude secondaire puis intègre l'université musulmane d'Aligarh. Après quatre années d'études, il quitte l'Inde avant d'avoir obtenu son bachelor pour intégrer l'Académie royale militaire de Sandhurst en Angleterre.
Ayub Khan est marié à Zaidi Khatoon et a eu quatre fils et deux filles. Le plus âgé, Gohar Ayub Khan, est né en 1937 et devient dans les années 1990 président de l'Assemblée nationale puis ministre des Affaires étrangères. Sa fille Nasim se marie en 1955 avec Miangul Aurangzeb, dernier prince héritier de Swat. Son petit-fils Omar Ayub Khan, né en 1970, a été brièvement ministre et député durant les années 2010.
Muhammad Ayub Khan commence sa carrière militaire au sein de l'armée indienne britannique en étant nommé au rang de sous-lieutenant après sa formation au Royal Military College à Sandhurst. Le 2 février 1928, il commence à l'âge de vingt-et-un ans son service militaire obligatoire au sein du premier bataillon du quatorzième régiment du Pendjab. Le 10 avril 1929, il est intégré dans ce même bataillon avant de rejoindre le cinquième régiment du Pendjab. Il est ensuite promu au rang de lieutenant le 2 mai 1930 puis au rang de capitaine le 2 février 1937.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le 19 mai 1941, Ayub Khan est élevé au rang de major. Il est promu lieutenant-colonel l'année suivante puis rejoint le front birman. En 1945, il est promu colonel, puis commandant en second de son régiment durant la campagne de Birmanie. Il aurait cependant été temporairement suspendu durant cette campagne pour « lâcheté ».
À la fin de la guerre, il retourne au Raj britannique dans sa région natale, la province de la Frontière-du-Nord-Ouest, où il est promu au rang de brigadier première étoile et sert au Waziristan. Il est alors l'officier musulman le plus gradé de l'armée indienne britannique. Lors de la partition des Indes, Ayub Khan est chargé d'assister le général britannique Thomas Wynford Rees au sein des forces frontalières du Pendjab, une unité militaire créée spécialement pour faire face aux violences communautaires dans la province. Il est plus tard accusé de laxisme face à ces affrontements. Après la création du Pakistan le 14 août 1947, Ayub Khan choisit de rejoindre le nouveau pays. Là encore, il gravit rapidement les échelons : en 1948, il obtient le grade de major-général et sert au Pakistan oriental en étant responsable d'une division entière. Il recevra à ce titre la décoration militaire Hilal-e-Jurat. En 1949, promu adjudant-général, il est affecté au quartier-général de l'armée pakistanaise à Rawalpindi, puis devient la même année vice-commandant-en-chef, c'est-à-dire subordonné au chef de l'armée Douglas Gracey, plus haute fonction militaire du pays.
À l'approche de son retrait, le chef de l'armée pakistanaise Douglas Gracey laisse des recommandations au Premier ministre Liaquat Ali Khan. Parmi les noms proposés pour le remplacer, on trouve notamment Iftikhar Khan, mais ce dernier meurt dans un accident d'avion le 13 décembre 1949. Muhammed Akbar Khan fait également partie des favoris, étant donné qu'il est l'un des plus âgés. C'est pourtant Ayub Khan qui est nommé commandant-en-chef le 16 janvier 1951 par le Premier ministre. C'est le plus haut poste militaire du pays et il est le premier Pakistanais à l'occuper, mettant fin à la période de transition menée par les officiers britanniques. Il aurait finalement été choisi car il était vu comme le plus loyal au gouvernement civil et le moins ambitieux.
Dans un contexte de guerre froide où le Pakistan hésite entre une alliance avec l'URSS ou les États-Unis, le Premier ministre Liaquat Ali Khan est assassiné le 16 octobre 1951 peu après une réunion stratégique qu'il avait tenu avec Ayub Khan et le ministre des Affaires étrangères Zafarullah Khan, à propos de la coopération avec les Américains. Au début de l'automne 1953, Ayub Khan rend visite à l'administration américaine de sa propre initiative, peu avant une rencontre officielle prévue avec le gouvernement civil. Le général aurait fait bonne impression sur le secrétaire d'État John Foster Dulles. Les deux hommes discutent notamment d'une forte alliance stratégique entre leur pays respectif. Durant cette période, les relations entre le pouvoir civil et le pouvoir militaire se dégradent sérieusement, notamment à la suite de la première guerre indo-pakistanaise au cours de laquelle les généraux pakistanais reprochent le manque de soutien de la part du gouvernement. C'est dans ce contexte que le gouverneur général Malik Ghulam Muhammad propose à Ayub Khan de prendre le pouvoir en renversant le gouvernement. Cependant, le chef militaire refuse mais accepte ensuite l'offre de Ghulam d'entrer en politique.
Ministre de la Défense (1954-1958)
Le 24 octobre 1954, Ayub Khan devient ministre de la Défense tout en conservant son poste de chef de l'armée. Il a été nommé au sein du gouvernement dirigé par Muhammad Ali Bogra grâce au soutien du gouverneur général Malik Ghulam Muhammad. Pendant cette période, le rôle politique d'Ayub Khan augmente considérablement alors qu'il va connaître cinq Premiers ministres différents en quatre ans. Ayub Khan commenta plus tard que ses deux principaux objectifs au sein du gouvernement étaient de « protéger l'armée des interférences politiciennes » et d'unir le Pakistan occidental en une seule province. Ce second objectif est vu comme un moyen de lutter contre l'influence du Pakistan oriental. Ayub Khan va également contribuer au rapprochement de son pays avec les États-Unis, notamment en négociant l'adhésion au pacte de Bagdad et à l'Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est.