Mouammar Kadhafi (en arabe : معمر القذافي, Muʿammar al-Qaḏāfy ou Abū Minyar Muʿammar ʿAbd al-Salām al-Qaḏhdhafî), né vers 1942 à Qasr Abou Hadi (Libye italienne) et mort le 20 octobre 2011 dans les environs de Syrte (Libye), est un militaire et homme d'État libyen. Il est le dirigeant de la Libye de 1969 jusqu'à sa chute en 2011.
Officier des forces armées libyennes, Kadhafi arrive au pouvoir lors du coup d'État de 1969, qui renverse la monarchie. Il se distingue d'emblée par une politique volontariste visant à concrétiser les objectifs du panarabisme social. En 1977, il réorganise les institutions de la Libye en faisant du pays une Jamahiriya (littéralement un « État des masses »). En 1979, il renonce au poste officiel de chef de l'État, mais demeure de facto aux commandes de la Libye avec le titre de « guide de la Révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste » (ou plus simplement « guide de la Révolution » ou « frère guide »), exerçant un pouvoir absolu en dehors de tout cadre temporel ou constitutionnel.
Sur le plan intérieur, son régime utilise les ressources financières de la Libye pour en développer les infrastructures, l'éducation et le système de santé ; les libertés politiques sont en revanche quasi nulles et le pouvoir s'appuie sur un système de terreur et de surveillance constante de la population. Sur la scène internationale, Kadhafi milite pour le panarabisme et le panafricanisme ; il utilise en outre la manne pétrolière pour financer des organisations terroristes et autres mouvements de rébellion à travers la planète. Il est notamment accusé d'être le responsable de l'attentat de Lockerbie en 1988 et de l'attentat contre le vol 772 UTA en 1989, qui ont coûté la vie à 440 personnes. Sa politique vaut un temps à la Libye d'être isolée sur le plan international.
Par la suite, au début des années 2000, il opère un changement d'attitude diplomatique et parvient à revenir en grâce en se positionnant en allié de l'Occident dans la « guerre contre le terrorisme ». Il abandonne également durant la même période le panarabisme pour se concentrer uniquement sur le panafricanisme.
À partir de février 2011, son pouvoir, en place depuis plus de 41 ans, est menacé par une contestation populaire dans le contexte du Printemps arabe. La répression qu'il exerce la transforme rapidement en insurrection armée, puis en guerre civile. Le régime de Kadhafi affronte également l'OTAN, qui mène une intervention militaire en Libye à partir de mars 2011. En août, Mouammar Kadhafi doit fuir la capitale Tripoli, tombée aux mains de l'Armée de libération nationale lors de l'opération Aube de la sirène.
Le 20 octobre 2011, il est capturé, torturé et tué dans les environs de Syrte. Les affaires politico-financières qui entourent sa chute sont connues en France comme l'affaire Kadhafi, qui mène à l'incarcération de l'ancien président Nicolas Sarkozy en 2025.
Mouammar Mohammed Abu Minyar Kadhafi naît dans une zone rurale située à l'extérieur de la ville de Syrte dans les déserts de la Tripolitaine, à l'ouest de la Libye. Sa famille est issue d'un petit groupe tribal relativement peu influent appelé Qadhadhfa (ou Kadhafa ; al-Kadhafi n'est pas un nom de famille mais un nom d'usage signifiant « de la tribu des Kadhafa »), d'ascendance arabe. Sa mère (décédée en 1977) s'appelle Aisha, et son père (décédé en 1985), Mohammad Abdul Salam bin Hamed bin Mohammad, est connu sous le nom d'Abu Meniar.
Sa date de naissance, généralement présentée comme étant le 19 juin 1942, n'est cependant pas connue avec certitude. Ses parents, illettrés, sont issus d'une communauté qui ne tient alors pas de véritable registre des naissances : il est possible qu'il soit né en réalité durant le printemps 1943, bien que ses biographes David Blundy et Andrew Lycett aient noté que sa naissance aurait pu avoir lieu avant 1940. Diverses rumeurs, parfois fantaisistes, ont couru au sujet de sa naissance — l'une des plus connues le prétendant fils naturel de l'aviateur corse Albert Preziosi — sans qu'aucune ne soit vérifiable. Il est le seul fils de ses parents à avoir survécu à l'accouchement ; il a trois sœurs.
Il grandit dans la région désertique de Syrte et reçoit tout d'abord une éducation islamique dispensée par un cheikh sunnite malikite. Son éducation dans la culture bédouine influence ses goûts personnels pour le reste de sa vie ; il préfère le désert à la ville et se retire souvent là-bas pour méditer. À l'âge de neuf ans, il entre à l'école primaire de Syrte, devenant le premier membre de sa famille à suivre des études. De 1956 à 1961, il suit les cours de l'école préparatoire de Sebha, dans le Fezzan, fief traditionnel de sa tribu. Féru de politique, admirateur de Charles de Gaulle, Tito et Mao Zedong, il se passionne tout particulièrement pour l'action de Gamal Abdel Nasser qui, avec le mouvement des officiers libres, a renversé la monarchie égyptienne et apparaît comme le principal héraut du nationalisme arabe. Kadhafi écoute régulièrement la radio du Caire et distribue livres et brochures nasséristes. En 1961, lors de la rupture du traité d'alliance entre la Syrie et l'Égypte, Kadhafi contribue à organiser avec ses camarades une manifestation de soutien au régime égyptien. Chassé de l'école de Sebha, il doit poursuivre sa scolarité à Misrata. Il y apprend l'anglais et l'italien, langues utiles à l'époque pour un Libyen qui souhaite faire une carrière militaire. Convaincu de sa vocation révolutionnaire, il dit avoir dès cette époque commencé à constituer des « cellules clandestines » parmi les élèves.
Mouammar Kadhafi étudie le droit à l'université de Libye puis, désireux de faire carrière dans l'armée, entre à l'Académie militaire de Benghazi en 1963. Il organise dès lors clandestinement, avec d'autres élèves officiers, le « mouvement des officiers unionistes libres », qui ambitionne de renverser, sur le modèle nassériste, la monarchie libyenne pro-occidentale. Le « comité central » du mouvement, dont Kadhafi est l'un des dirigeants, est formé dès 1964. Kadhafi affirme par la suite : « Quand nous avons décidé d'entrer à l'Académie militaire, ce n'était pas pour devenir des soldats de métier, mais pour infiltrer cette institution et préparer la révolution. Notre pays était occupé par des forces étrangères [américaines et britanniques] […]. Tout cela s'ajoutait à la présence permanente de l'armée italienne de colonisation. Notre devoir était de libérer notre terre de cette occupation ». Après l'obtention de son diplôme en 1965, il est envoyé au Royaume-Uni pour suivre un entraînement supplémentaire au British Army Staff College (ou Staff College, Camberley), et revient en 1966 en tant qu'officier dans le corps des transmissions. Il est promu capitaine, mais son avancement est retardé de trois mois pour « motifs disciplinaires », semble-t-il pour avoir brutalisé un soldat de son unité. Peu avant le coup d'État de 1969, il est rétrogradé au rang de lieutenant, à nouveau pour raisons disciplinaires.
Coup d'État militaire du 1er septembre 1969
Au cours des années 1960, le mécontentement populaire va croissant à l'égard du régime monarchique, qui échoue à sortir de sa sclérose politique comme à lutter efficacement contre les problèmes sociaux, malgré des réformes dont les effets tardent par ailleurs à se faire sentir. À cela s'ajoute sur le plan international l'alliance étroite avec les États-Unis et le Royaume-Uni, perçue par une partie de l'opinion comme un alignement sur l'Occident et d'autant plus mal vécue, du fait de la présence de troupes étrangères sur le sol libyen et de la part des compagnies internationales dans l'exploitation des recettes pétrolières du pays. L'humiliation de la guerre des Six Jours achève d'exacerber le mécontentement en Libye.
Ayant constaté l'impossibilité d'organiser une révolution populaire pour renverser la monarchie, les officiers font le choix de la méthode du coup d'État, longuement préparé par une méthode de noyautage de l'armée et par le recrutement de nouveaux membres. Kadhafi impose aux conjurés une discipline stricte, et des règles draconiennes d'hygiène de vie. Une première date prévue pour le coup d'État, le 12 mars 1969, est abandonnée, car la présence d'une partie des officiers supérieurs à un récital de Oum Kalthoum rend leur arrestation impossible. La date du coup d'État est finalement fixée au 1er septembre, veille du départ prévu d'une partie des jeunes officiers pour un stage au Royaume-Uni. Les conjurés, en contact avec les services secrets égyptiens, sont également informés par ces derniers que la date du 2 septembre était prévue par le roi pour annoncer son abdication en faveur du prince héritier Hassan Reda.