Ce Jour-là

Monument à Alfred Sisley

Buste de l'artiste, citoyen adoptif de Moret-sur-Loing, placé au sommet d'une stèle ornée d'une allégorie de la ville

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Le monument à Alfred Sisley est un groupe statuaire situé à Moret-sur-Loing (Seine-et-Marne - France). Réalisé par Eugène Thivier et de conception allégorique, il est composé d'un buste en bronze du peintre franco-britannique Alfred Sisley sur un piédestal auquel est adossée une sculpture en pierre représentant une jeune femme symbolisant la vallée du Loing.

Mort en 1899 à Moret-sur-Loing, région où il passe les dix-neuf dernières années de sa vie et peint environ 550 toiles et quelques pastels, Alfred Sisley est le premier artiste impressionniste à être honoré par un monument posthume, envisagé dès 1905 dans la ville par un comité exécutif. Cette commémoration d'un des impressionnistes visait à satisfaire l'engouement public naissant en 1900, tout en prenant en compte l'identité indépendante de ces peintres, longtemps opposés à l'art officiel, en concevant une glorification modeste assurée par la provincialisation de l'emplacement choisi. Le sculpteur américain George Grey Barnard, ayant son atelier à Moret, est pressenti dès mars 1905 pour la réalisation du monument. La fille du peintre, Jeanne Sisley, sollicite Auguste Rodin, mais le comité fait appel au sculpteur Eugène Thivier pour réaliser le buste de Sisley et le monument. La sculpture, un nu féminin exposé en 1908 au salon des artistes français au Grand Palais, est similaire à d'autres statues réalisées par Thivier du début du XXe siècle.

L'édicule, inauguré le 15 juillet 1911 sur le Champ de Mars à l’entrée ouest de Moret sous la présidence d'Étienne Dujardin-Beaumetz, est érigé grâce à une souscription publique ouverte par le comité du monument Sisley comportant des habitants de Moret, et la participation notable de Francis Picabia. Le buste d'Alfred Sisley placé sur le piédestal regarde en direction de la rivière du Loing. Seul membre de la famille Sisley présent, son fils Pierre Sisley remercie tous ceux qui ont participé à l'érection du monument. En 1994, à la faveur de la préférence pour la Belle Époque des impressionnistes sur le Moyen Âge dans la politique culturelle de la ville, le monument est déplacé sur la place Samois, devant la porte de Samois, à proximité de l’office de tourisme et du musée municipal de Moret.

En 1905, il est prévu d’installer le monument sur la place du Pont, actuelle place de la Division-Leclerc, « qui était particulièrement affectionnée par l’artiste ». Comme le monument en l'honneur de Boudin face au port de Honfleur, le buste de Sisley ferait face à un motif qu’il contribua à rendre emblématique et encore représenté par ses épigones dont Francis Picabia. « Deux sujets réunis, l’artiste et son cadre merveilleux de la Vallée du Loing dont les beautés artistiques et sans rivales lui attirent du monde entier une pléiade d’artistes » ces deux sujets transparaissant dans la composition du monument unissant le buste de Sisley et l’allégorie du Loing. Pourtant, à partir de 1907, le Conseil municipal écarte le monument du centre-ville pour le placer dans « l'axe du port de Moret, entre la rivière du Loing et le kiosque de la fanfare », place du Champ-de-Mars où son installation est inaugurée en 1911. En 1994, le monument à Alfred Sisley est déplacé depuis le Champ de Mars à l’entrée ouest de la ville, sur la place Samois, devant la porte fortifiée de Samois, à proximité de l’office de tourisme et du musée.

Alfred Sisley (1839-1899), un des fondateurs de l'impressionnisme, s'installe en 1880 à Veneux-Nadon et s'intéresse alors à l'ensemble de la région, ce qui peut être considéré comme un changement dans le parcours du peintre ou comme un retour aux sources des environs de la forêt de Fontainebleau. Dès le 31 août 1881, Sisley en vante ainsi les avantages à Claude Monet : « Le pays n'est pas mal, un peu paysage dessus-de-tabatière, du reste vous devez vous en souvenir. Du côté où je suis, il y avait au moment où je suis venu de fort jolies choses à faire, mais on a fait des travaux pour le canal, abattu des arbres, fait des quais, aligné des berges. Moret est à deux heures de Paris, manque pas de maisons à louer dans les prix de six cents à mille francs. Marché une fois par semaine, église fort jolie, vues assez pittoresques ; d'ailleurs si votre idée est de venir par ici, venez voir. Veneux-Nadon est à dix minutes de la station de Moret. » Sisley s'installe à Moret-sur-Loing en septembre 1882 puis aux Sablons en octobre 1883, avant un retour définitif à Moret en novembre 1889. Il peint environ 550 toiles et quelques pastels durant les 19 ans de son séjour dans la région.

Dans une lettre à Adolphe Tavernier de 1892, Sisley affirme que c'est là qu'il a créé ses meilleures œuvres : « Je suis donc depuis bientôt 12 ans à Moret où aux environs. C’est à Moret devant cette nature si touffue, ses grands peupliers, cette eau du Loing si belle, si transparente, si changeante, c’est à Moret certainement que j’ai fait le plus de progrès dans mon art ; surtout depuis trois ans. Aussi quoiqu’il soit bien dans mes intentions d’agrandir mon champ d’études, je ne quitterai jamais complètement ce coin si pittoresque. » Sisley travaillait en plein air à tout moment de l'année, capturant ses vues préférées de la ville et de ses environs. Nombre de ses peintures sont dédiées au donjon, à la porte de Bourgogne, à l'église dont il réalise une série, au pont de Moret sur le Loing, ainsi qu'aux paysages fluviaux de Saint-Mammès à proximité, là où le Loing se confond avec la Seine.

Une photographie, datée de 1897 ou 1898 par Christophe Langlois, figure Alfred Sisley, coiffé d'un haut-de-forme victorien, et sa fille Jeanne Sisley devant le coteau de Saint-Nicaise, un des versants de la Montagne Creuse, sur une passerelle de bois enjambant l’Orvanne à proximité de Moret-sur-Loing.

Sisley meurt démuni le 29 janvier 1899 à Moret et est enterré le 1er février avec son épouse Marie-Louise Adélaïde-Eugénie Sisley, morte quatre mois plus tôt, dans le cimetière de la ville, sous un rocher de grès de la forêt de Fontainebleau, en présence de Claude Monet, Camille Pissarro et Auguste Renoir, les trois autres fondateurs de l'impressionnisme, accompagnés par le peintre Jean-Charles Cazin, la modèle Alice Hoschedé, ainsi que les journaliste Adolphe Tavernier et Arsène Alexandre. Sa tombe se trouve dans le caveau de la famille Greatorex, trois peintres et amies américaines. La tombe d'Eliza Pratt Greatorex, et de ses filles, Eleanor Greatorex et Kathleen Honora Greatorex se trouve à côté de la tombe de Sisley.

Le 15 juin 1905, une annonce dans la revue Mercure de France du comité exécutif du monument Sisley, affilié à la Société des artistes français, indique qu'il a pour projet de célébrer au nom de la ville de Moret-sur-Loing la mémoire d'Alfred Sisley par l'érection d'un monument artistique sur la place du Pont, chère au peintre. Étienne Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts, en est nommé président d'honneur. Le peintre Antoine Guillemet et le sénateur Charles Prévet en sont les deux vice-présidents d'honneur. Le Comité a pour président M. de Brequeville, pour vice-présidents MM. Barbey, Geoffroy, Bellier, pour secrétaire général, M. Drège, pour secrétaire adjoint, M. Thoiré, pour trésorier maître Lalande, notaire à Moret (A. Bellier, président-fondateur de la Société civile du Musée de la Vallée du Loing, deviendra trésorier du comité), et compte parmi ses membres, MM. Sauvé, Tolin, Turpin, Paupardin, Picabia, Hœniger, Thiesson, Berthier, Chesnoy. Selon le comité, les enfants de Sisley acceptent l'hommage et laissent au comité toute liberté pour accomplir son projet. La provincialisation de l'emplacement du monument lui assurera une cérémonie aussi « discrète » que « modeste » selon les termes du critique d'art Louis Vauxcelles.

Le sculpteur américain George Grey Barnard, ayant son atelier à Moret, est pressenti dès mars 1905 pour la réalisation du monument.

Jeanne Sisley, la fille du peintre, demande à Auguste Rodin de réaliser un buste représentant Alfred Sisley et lui fournit deux photographies réalisées peu avant la mort de son père et un portrait ancien et ressemblant par le peintre Auguste Renoir. Rodin accepte la proposition, mais le comité la refuse, ayant fait appel au sculpteur Eugène Thivier, si bien que Jeanne Sisley retire son soutien au monument le 13 juillet 1905. En 1907, le conseil municipal déplace le projet du centre-ville vers l'axe du port, entre le Loing et le kiosque de la fanfare.

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