Le mont Saint-Michel est un îlot rocheux granitique d’environ 960 mètres de circonférence situé à l’est de l’embouchure du fleuve du Couesnon, dans le département de la Manche en Normandie. Son nom se réfère à l'archange saint Michel qui aurait exigé la construction d'un sanctuaire, selon un récit légendaire. Avant l'année 709, il était connu comme le « mont Tombe ». Pendant tout le Moyen Âge, il est appelé « mont Saint-Michel au péril de la mer ». Sur le mont est située l'abbaye du Mont-Saint-Michel. L'îlot constitue une petite partie du territoire de la commune du Mont-Saint-Michel.
Le mont baigne dans la baie du Mont-Saint-Michel, ouverte sur la Manche et s’élève dans une grande plaine sablonneuse. L’îlot atteint 92 mètres d’altitude et offre une superficie émergée d’environ 7 ha, la partie essentielle du rocher étant couverte par l’emprise au sol de l’abbaye du Mont-Saint-Michel et de son domaine.
Les monuments du Mont et sa baie sont le site touristique le plus fréquenté de Normandie. Le mont est le troisième site touristique culturel le plus fréquenté de France après la tour Eiffel et le château de Versailles, avec près de 2,3 millions de visiteurs par an, amenant une réflexion sur une régulation des flux touristiques.
L'abbaye et ses dépendances sont classées au titre des monuments historiques. L'îlot et le cordon littoral de la baie figurent sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979. Depuis 1998, le mont est inscrit une seconde fois au patrimoine mondial, en tant que composante des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France.
L'abbaye est habitée par des religieux des Fraternités monastiques de Jérusalem. Le sanctuaire est desservi par des prêtres de la Communauté Saint-Martin. L'économie au mont est essentiellement touristique et est gérée principalement par trois familles.
À l'origine, il était connu sous l'appellation de in monte qui dicitur Tumba vers 850 (mont Tombe) : le mot tumba, « tombe », rare en toponymie, est à interpréter dans le sens de « tertre », « élévation ». Le nom de la localité est attesté sous les formes Montem Sancti Michaelis dictum en 966, loco Sancti Archangelis Michaelis sito in monte qui dicitur Tumba en 1025 et, en 1026, Saint Michiel del Mont au XIIe siècle, au Moyen Âge, il est couramment appelé « mont Saint-Michel au péril de la mer » (en latin : Mons Sancti Michaeli in periculo mari).
Le terme d'oïl tombe « tumulus, butte » serait issu du celtique (gaulois) hypothétique *tumbos qui convient sans doute davantage pour des raisons géolinguistiques et sémantiques puisqu'il signifierait « tertre, élévation, mont » et est attesté par le moyen irlandais tomm « petite colline » et le moyen gallois tom « élévation, tertre ». Il remonte ultimement à une racine indo-européenne *tum-, dont la racine étendue *tum-bʰ- a donné le celtique (gaulois) *tumbos et une autre racine étendue *tum-o-ló-s qui a abouti au latin tumulus. Le mont Tombe serait donc simplement une tautologie et signifierait « mont tertre ».
L'élément Tumba a disparu de manière relativement précoce et représente l'appellation primitive du Mont. François de Beaurepaire établit un parallèle entre l'ancien nom du Mont-Saint-Michel (Tumba 850) et l'îlot contigu de Tombelaine. Tombelaine procèderait d'une forme Tumb-ell-ana. En revanche, Ernest Nègre écrit pour Tombelaine « probablement oïl tombe « tumulus, butte » + double suffixe -ellaine, comme dans chast-elaine », alors que François de Beaurepaire explique qu'il s'agit, selon toute vraisemblance, d'un dérivé du mot tumba (« tombe ») « cimetière, sépulture », peut-être « monument mégalithique », tout comme le français tombe, issu du latin chrétien tumba « tombe, sépulcre ». Cependant, aucun élément archéologique ou historique ne confirme l’existence de sépultures ou d'un cimetière antique remarquable. Des formations toponymiques analogues sont en outre attestées au nord-ouest de l'Europe, par exemple : Tombes à Lumbres (Pas-de-Calais, Tumbas 1219); Thommen (Belgique, Tumbas 816); Tumben (Allemagne, Tumba vers 1200).
Son nom aurait pour origine un petit oratoire en forme de grotte construit en 708 (ou 710) par saint Aubert, évêque d'Avranches et dédié à l'archange saint Michel. Les restes de cet oratoire ont été retrouvés et sont encore visibles dans la chapelle Notre-Dame-sous-Terre, c’est-à-dire sous la terrasse qui prolonge la nef de l’abbatiale.
Le mont Saint-Michel (l’îlot ou l’abbaye) est situé dans la baie du Mont-Saint-Michel, dont le cordon littoral figure au patrimoine mondial de l’Unesco (inscription de 1979).
La baie qui fait partie du Massif armoricain repose sur un socle précambrien de grès et de schistes argileux qui se métamorphisent autour des éperons granitiques cadomiens de Cancale, Avranches, Chausey et Carolles. Toujours pendant le cycle cadomien, les granites intrusifs cambriens ont donné le mont-Dol, l'îlot Tombelaine et le mont Saint-Michel qui est constitué d'un pluton de leucogranite à biotite et muscovite datant de 525 millions d'années : l'îlot Saint-Michel fait une circonférence d'environ 960 mètres et une hauteur de 92 mètres. Ces granites intrusifs cambriens constituent un inselberg car ils s'érodent moins vite que leur environnement grâce à une plus grande dureté de leur roche, et ressortent ainsi dans le paysage. Le rocher (sans les bâtiments) présente une base grossièrement elliptique de 950 m de circonférence pour une superficie de 28 ha, et mesure 91 m de haut.
Les marées dans la baie du mont Saint-Michel ont une amplitude de près de treize mètres les jours de fort coefficient, la mer se retire à grande vitesse sur une dizaine de kilomètres, mais revient aussi vite. L’expression consacrée est « qu’elle revient à la vitesse d’un cheval au galop ». Le mont Saint-Michel n’est entouré d'eau et ne redevient une île qu’aux grandes marées d'équinoxe, cinquante-trois jours par an, pendant quelques heures. Mais c’est un spectacle impressionnant qui attire de nombreux touristes ces jours là.
La baie était plus vaste aux temps historiques anciens, et seules trois îles émergeaient : le mont Dol, situé maintenant à l'intérieur des terres, le mont Tombe (futur mont Saint-Michel) et l'îlot de Tombelaine, dont le nom dérive du précédent.
Un village, implanté sur le mont dès 709, voit vers le milieu du siècle suivant sa population s'accroître à la suite semble-t-il des raids vikings qui incitent les populations habitant des établissements ruraux et des villages voisins au mont, à s'y réfugier. Il se développe tout au long du Moyen Âge à l’ombre de son abbaye. Au nord de l’église paroissiale Saint-Pierre, le bâtiment double appelé La Merveille est un chef-d’œuvre de l’architecture gothique. Il est construit sur trois niveaux à flanc de rocher.
Le mont Saint-Michel est le seul lieu en Normandie qui ne tomba jamais aux mains des Anglais pendant la guerre de Cent Ans. Il fut assiégé à plusieurs reprises durant la dernière phase du conflit, notamment en 1424 et 1425 puis en 1434 tout en subissant un blocus continu de la part des Anglais de 1417 à 1434 au moins. Une plaque commémorative disposée dans le transept de l'abbatiale liste les 119 gentilshommes ayant pris part à la défense du mont en 1434 sous les ordres de leur capitaine Louis d'Estouteville. La liste fut dressée par l'abbé Dom Huysnes au XVIIe siècle.
L’économie du mont a donc été tributaire, pendant douze siècles, des nombreux pèlerinage du mont Saint-Michel, notamment jusqu’à la Révolution française, la population locale s'installant pour proposer gîte et couvert aux miquelots. Le pèlerin, appelé michelet, venait de toute l’Europe : depuis l’Angleterre, la France du nord et de l’ouest, etc. Un réseau de routes montoises a été récemment étudié et remis en valeur, notamment à cause de l’attrait touristique important que représente le site et sa baie. À la suite de la tempête de fin décembre 1999, les vestiges d'un ancien atelier de plombs de pèlerinage sont mis au jour.
Des prisons furent établies sur le mont Saint-Michel durant une très longue période de son histoire. Après que les moines furent chassés lors de la Révolution française, le mont Saint-Michel fut transformé en prison pour prêtres réfractaires en 1793 et son nom changé en Mont Libre ; puis en 1811 en maison de force pour prisonniers de droit commun et prisonniers politiques jusqu'en 1863.