Ce Jour-là

Monique d'Hippone

Sainte chrétienne, mère de saint Augustin

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Monique, connue sous l'appellation de sainte Monique, née vers 332 à Thagaste dans l'Empire romain (aujourd'hui Souk Ahras en Algérie) et décédée en 387 à Ostie (aujourd'hui en Italie), est une chrétienne d'origine berbère. Son fils, Augustin, un des plus grands théologiens chrétiens, lui a rendu un vibrant hommage, particulièrement dans ses Confessions, ouvrage qui reste la principale source d'information biographique à son sujet. Reconnue sainte par l'Église catholique et l'Église orthodoxe, elle est fêtée le 27 août, veille de la fête de son fils. Toutefois, dans le rite tridentin jusque dans les missels de 1962, et en Wallonie, elle est fêtée le 4 mai.

Monique est née en 331 ou 332, (en actuelle Algérie), à Thagaste, petite ville située sur l'une des routes qui reliait Hippone à Carthage, dans la province romaine d'Afrique anciennement en Numidie. La future mère d'Augustin présente donc une double identité culturelle : berbère et romaine, ou plutôt romanisée. D'ailleurs, le nom de Monica est une adaptation latine de Monnica, l'un des nombreux noms libyques formés sur la racine Monn-.

Il constitue le diminutif de Monna, nom indigène bien attesté, qui provient d'une divinité locale « dont le culte est mentionné sur une inscription de Thignica ». C'est en effet dans un monde encore majoritairement païen où le christianisme n'est toléré que depuis l'édit de Milan publié par l'empereur Constantin en 313, que Monique a vu le jour vers 331, au sein d'une famille de vieille tradition chrétienne.

Dès son enfance, elle fut confiée aux soins d'une servante âgée, dont la piété et la moralité étaient éprouvées. Aux côtés de celle-ci, elle apprit à ne pas « admettre comme agréable ce qui n'était pas honnête », et à se déshabituer de prendre un peu de vin à l'insu des responsables de son éducation.

Plus tard, Monique ira à l'école, et quand elle dirigera la maisonnée, on y parlera non la langue punique, mais le latin. Elle n'aura cependant rien d'une intellectuelle et demeurera attachée à certaines pratiques traditionnelles que les chrétiens cultivés de l'époque considéraient déjà comme primitives.

On sait que Monique avait vingt-trois ans quand elle donna naissance à Augustin, son premier né, et qu'elle était dans « la plénitude de la nubilité » (selon le livre IX des Confessions) quand elle épousa un décurion municipal nommé Patricius de vingt ans son ainé. C'était un homme à la mentalité païenne qui se montrait enclin à la colère et au libertinage. Monique endura vertueusement les travers de ce mari volage, supportant les soupçons de sa belle-mère et les ragots des domestiques. Même s'il critiquait les chrétiens et leurs pratiques, elle restait calme et patiente. L'exemple quotidien de sa douceur et de sa gentillesse finit par porter ses fruits, et un an avant sa mort, qui survint alors qu'Augustin avait dix-sept ans, Patricius accepta la foi de sa femme en recevant le baptême quelque temps avant de mourir.

Petits propriétaires terriens, les parents d'Augustin disposaient d'une domesticité et de quelques biens : pas le grand luxe, mais suffisamment pour financer, en partie, les hautes études de leur fils. Bien insérés dans la société romaine, ils y étaient estimés : Patricius faisait partie du conseil municipal, et Monique était admirée pour sa noblesse naturelle.

Soucieux tous les deux au sujet de l'avenir de leur fils, sa mère persévérante dans la foi, et son père faisant des efforts financiers, ils apparaissent, avec le recul, comme les parents idéaux pour un futur évêque de l'Église d'Afrique aux premiers siècles. Même si, à l'époque, l'enfant semble avoir surtout été frappé par la tension qui régnait entre les époux. En plus d'Augustin, ils eurent un fils et une fille.

Appelé Navigius, le frère d'Augustin paraît avoir été timide et maladif ; il avait hérité de la piété de sa mère ; il participera au stage de Cassiciacum. Quant à la sœur, on ne connaît pas son nom, mais la tradition l'appelle Perpétue d'Hippone. On sait seulement que, devenue veuve, elle se fit religieuse au couvent d'Hippone, où elle dirigea la communauté. Augustin a fait parfois allusion à des nièces devenues moniales, et à un neveu, Patricius, sous-diacre dans sa ville épiscopale, mais on ne dispose pas de plus d'informations sur la question.

Monique n'aura rien épargné en vue de l'éducation d'Augustin, parvenant d'autant mieux à lui inculquer la foi chrétienne que tout, dans son propre comportement, confirmait la véracité et la grandeur des enseignements évangéliques. Et cependant, Augustin a pu faire deux reproches à sa mère. Premièrement, d'avoir différé le baptême de son fils, mais c'était là une coutume en usage dans l'Église de Thagaste d'attendre l'âge adulte pour recevoir ce sacrement. Deuxièmement, de ne l'avoir pas marié au sortir de la puberté, mais Monique craignait de compromettre de brillantes études.

De fait, à l'âge de dix-sept ans, Augustin est envoyé à Carthage pour y parfaire sa formation de rhéteur. Livré à lui-même, le jeune homme consacre d'abord une année à la découverte de la sexualité, avant de fixer son affection sur une femme, restée anonyme, dont il eut un fils, un an plus tard, appelé Adéodat, et avec laquelle il cohabitera durant quatorze ans. Les études à Carthage amènent également Augustin à se poser des questions sur le sens de la vie. À dix-neuf ans, il lit un traité philosophique de Cicéron, intitulé Hortensius : séduit par ce protreptique, il est pourtant déçu de ne pas y trouver le nom du Christ.

Il passe ensuite dans le mouvement religieux des manichéens, entre autres parce que ceux-ci avaient inscrit la figure de Jésus dans leur système quelque peu syncrétiste. Devenu, non sans succès, professeur à Rome, puis à Milan, le jeune rhéteur se détache finalement du manichéisme pour se tourner vers le néo-platonisme, avant de retrouver, avec l'aide de saint Ambroise, l'autorité du Christ dans les écrits de l'Apôtre Paul : c'est la fameuse scène du jardin, qui marque, à trente-trois ans, la conversion d'Augustin, c'est-à-dire son retour au sein de l'Église catholique, et l'acceptation de la doctrine de celle-ci en matière de foi et de mœurs.

Comme l'attestent les Confessions, tout au long de ces années d'errance, Monique, devenue veuve vers quarante ans et obligée de subvenir aux frais scolaires de son fils, aura prié, prêché, pleuré, non sans manifester, dans un premier temps, une mentalité de mère abusive.

Dès 369, Monique a senti que son fils s'éloignait d'elle, au point de vue spirituel comme au point de vue moral. Lorsqu'il se chargea d'une concubine, elle refusa de recevoir celle-ci et, plus tard, persuadera Augustin de renvoyer la mère d'Adéodat (dont elle s'occupera), femme d'un rang inférieur, d'une moralité douteuse à ses yeux, et qui constituait un obstacle à tout mariage honorable. Mais ce fut bien pis lorsqu'Augustin se mit à fréquenter les manichéens : un jour qu'il était revenu à Thagaste, elle refusa tout net de recevoir l'apostat.

Dans les Confessions, il évoquera plus tard la tristesse de sa mère à cette époque, et notera que deux faits l'ont toutefois encouragée à ne pas désespérer : d'une part, un rêve étrange, dans lequel un être lumineux commandait à une Monique en larmes de bannir toute crainte ; d'autre part, une conversation avec un évêque, qui l'aurait congédiée avec ces mots restés fameux : « il est impossible que périsse ce fils de tant de larmes ».

En attendant, celui-ci partit pour Rome à l'insu de sa mère, qui le rejoignit, quelques mois plus tard, à Milan, pour une raison inconnue. Là, Monique apprit, probablement en juin 385, qu'Augustin avait renoncé au manichéisme. Elle rencontra saint Ambroise et se soumit à ses directives concernant le jeûne en usage dans l'Église locale, acceptant même de renoncer à la coutume africaine de porter des aliments aux tombeaux des martyrs, ce qu'elle avait toujours pieusement accompli jusque-là.

Les relations entre la mère et le fils s'étant améliorées, ils en viennent, pour la première fois, à envisager un éventuel mariage qui, dans l'esprit de Monique, pousserait décisivement Augustin à se faire baptiser. Elle avait jeté son dévolu sur une jeune Milanaise de bonne famille, à laquelle ne manquaient que deux ans pour être nubile : le temps de renvoyer la mère d'Adéodat et, pour Augustin, de prendre une nouvelle maîtresse…

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