Monique Hervo (en arabe : مونيك هيرفو), née le 5 janvier 1929 à Paris et morte le 20 mars 2023 à Nanterre (Hauts-de-Seine), est une militante associative et écrivaine française, naturalisée algérienne en 2018.
Elle vit de 1959 à 1971 avec des travailleurs immigrés algériens et leurs familles au sein du bidonville de la Folie à Nanterre, et manifeste à leurs côtés lors de la marche violemment réprimée du 17 octobre 1961. Elle participe à la fondation du Groupe d'information et de soutien des immigrés (GISTI) et s'engage plusieurs années à la Cimade sur la question du mal-logement et du droit des étrangers. Elle témoigne par la suite des conditions de vie insalubres imposées aux populations immigrées et de la brutalité de la répression policière en France dans le contexte de la guerre d'indépendance de l'Algérie. Ses photographies, notes et enregistrements alimentent de manière conséquente l'histoire et la mémoire des bidonvilles et de la lutte pour l'indépendance algérienne en France.
Née en 1929, Monique Hervo est issue d'une famille prolétaire : du côté paternel, sa grand-mère est fille de ferme en Bretagne et son grand-père cheminot ; du côté maternel, son grand père est ouvrier des mines vers Grenoble. Elle grandit en hôtel meublé avenue de Saint-Ouen à Paris, dans un quartier populaire. Elle est marquée enfant par les manifestations de 1936, et les récits de guerre de son père, soldat durant la Première guerre mondiale notamment à Verdun, et gazé.
Jeune, elle pratique le scoutisme au sein des Guides de France, au sein d'un groupe du quartier de Belleville. En 1945, à seize ans, elle est dans ce cadre volontaire pour participer à l'accueil des prisonniers de guerre à la gare de l'Est, puis au brancardage des personnes rescapées du camp d'extermination nazi de Buchenwald à leur sortie des trains. Ces moments la marquent durablement.
En 1947, elle intègre l'école des Arts décoratifs de Grenoble, puis en 1951 l'école des Beaux-Arts de Paris avant de rejoindre l'Académie Julian en 1954. Elle se spécialise en verrerie d'art et vitrail. Elle s'engage brièvement au Rassemblement du peuple français, fondé par le Général de Gaulle. Elle travaille quelques mois à la restauration de vitraux d'églises en Normandie puis à Royan. En 1956, elle s'engage quelque temps au sein de l'Assistance morale aux indigènes nord-africains (AMINA), où elle donne des cours d'alphabétisation à des Algériens, mais n'adhère pas à l'approche des Pères Blancs qui les coordonnent.
En 1956 également, elle entre au Service civil international, association qui réunit des objecteurs de conscience avec la volonté d'une action de terrain. Elle y est d'abord bénévole, puis salariée de 1958 à 1961. Initialement, elle y participe aux travaux de relogements temporaires de la population de Lorient, ville largement détruite dans les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale. Au sein du Service civil international, elle entame des réflexions sur la guerre, l'objection de conscience, le colonialisme. Elle y côtoie le philosophe Lanza Del Vasto, adepte de la non-violence, et Louis Lecoin, militant anarchiste pour l'objection de conscience.
Engagements aux côtés des Algériens à Nanterre
Au sein du bidonville de la Folie
En 1959, via un article de presse, elle découvre l'existence de bidonvilles en France. Avec une équipe du Service civil international, elle décide de se rendre au bidonville de la Folie, à Nanterre, en août 1959. Ce bidonville est, à partir de la fin des années 1950, un lieu de vie insalubre d'une population algérienne immigrée dans l'attente d'un logement social, et un lieu important de la mémoire des migrants coloniaux durant la guerre d'Algérie en France. Il regroupe environ 300 familles qui y vivront pour certaines plus de dix ans, et, contrairement à d'autres bidonvilles, ne bénéficie d'aucun aménagement public (accès à l'eau, assainissement, électricité...). Après quelques participations à des chantiers de construction, Monique Hervo s'y installe durablement.
Pendant douze ans, elle y tient un rôle d'écrivain public, fait de l'aide aux devoirs auprès des enfants et accompagne les habitants dans leurs démarches. Initialement salariée du Service civil international, elle n'a comme revenus, à partir de 1961, que des contributions solidaires d'autres militants. Elle y vit dans des conditions similaires à celle des familles algériennes, installée dans un ancien camion frigorifique, avec la volonté d'être « aux côtés des Algériens par une vie partagée ».
Le bidonville de la Folie est également un lieu d'implantation important du Front de Libération National (FLN) algérien en France, et un espace de construction de la lutte algérienne et de la répression policière dans le contexte de la guerre d'Algérie. Monique Hervo soutient l'indépendance de l'Algérie et agit en articulation avec les militants du FLN qui lui accordent une relative confiance.
Elle reste dans le bidonville de la Folie jusqu'à sa destruction en 1971, et contribue en parallèle aux luttes pour l'amélioration des conditions de vie ou le relogement des populations des différents bidonvilles franciliens. Elle s'oppose notamment au maire communiste de Nanterre, Raymond Barbet, dont elle dénonce l'inaction pour aménager des conditions de vie digne dans les bidonvilles.
Participation à la manifestation du 17 octobre 1961
À la demande d'habitants du bidonville de la Folie, elle manifeste aux côtés des Algériens le 17 octobre 1961. La manifestation, organisée par le FLN, se présente comme un boycott non-violent du couvre-feu imposé aux seuls Algériens. Elle est brutalement réprimée par la police, et fait plusieurs dizaines de morts. Monique Hervo contribue aux témoignages sur la réalité des massacres perpétrés, à la fois par son récit de la manifestation vécue directement et par le décompte des disparus qu'elle réalise les jours suivants au sein du bidonville de La Folie.
Engagements autour du mal-logement et du droit des étrangers
Après la destruction du bidonville de la Folie, Monique Hervo poursuit ses engagements autour du mal-logement et progressivement sur la question du droit des étrangers.
En 1972, à la suite du décès de plusieurs personnes dans un incendie, elle écrit une lettre ouverte au Premier Ministre Jacques-Chaban Delmas, co-signée par Jean-Jacques de Felice, Robert Badinter, Claude Bourdet ou Pierre Vidal-Naquet.
En 1971-1973, elle participe à la fondation du Groupe d'information et de soutien aux travailleurs (GISTI), aux côtés de plusieurs hauts fonctionnaires, avocats, travailleurs sociaux et militants associatifs dont Jean-Jacques de Felice et Simone Pacot.