Monica Seles est une joueuse de tennis yougoslave, puis américaine, née le 2 décembre 1973 à Novi Sad (en actuelle Serbie).
Considérée comme la première cogneuse de l'histoire de son sport, Seles gagne le tournoi de Roland-Garros en juin 1990, à 16 ans et demi : un exploit inégalé sur la terre battue parisienne. Le 11 mars 1991, elle devient la plus jeune numéro un mondiale au classement WTA et, pendant deux ans, interrompt le long règne de sa rivale allemande Steffi Graf. Avant son vingtième anniversaire, elle décroche huit titres du Grand Chelem, remportant plusieurs fois trois des quatre tournois qui le composent, mais échouant à Wimbledon.
Sa chasse aux records s'arrête brutalement en avril 1993 quand, en plein match à Hambourg, elle se fait poignarder dans le dos.
Dans le contexte de la guerre en Yougoslavie, elle acquiert la citoyenneté américaine en 1994.
De retour à la compétition en 1995, Seles triomphe encore à l'Open d'Australie en janvier 1996, puis se maintient parmi l'élite. Elle ne retrouve toutefois jamais la plénitude de ses moyens, souvent blessée ou concurrencée par une nouvelle génération de joueuses. En février 2008, après cinq saisons d'inactivité pour cause de pied abîmé, elle officialise sa retraite sportive à l'âge de 34 ans.
Sur le circuit professionnel entre 1988 et 2003, son palmarès comprend 53 tournois, une médaille de bronze aux Jeux olympiques, trois titres en Fed Cup et 178 semaines à la tête du classement WTA.
Monica Seles, qui jouait revers et coup droit à deux mains, est restée célèbre auprès du public pour les cris qu'elle poussait sur le court au moment de frapper la balle.
Elle est membre du International Tennis Hall of Fame depuis 2009.
Monica Seles est la fille cadette d'une famille hongroise de Serbie vivant à Novi Sad, en Yougoslavie. À l'âge de 5 ans, en vacances au bord de la mer Adriatique, elle s'initie au tennis en voulant imiter son frère aîné Zoltán, lui-même excellent joueur junior. Parce qu'elle trouve sa raquette trop lourde à porter, la jeune gauchère prend l'habitude de la tenir à deux mains, en revers comme en coup droit : cette technique rare, dont elle ne se départira plus, restera l'une des principales singularités de son jeu.
De retour à la maison, son père Károly, ancien athlète de triple saut, bricole un court de tennis devant l'immeuble familial et s'improvise son professeur. Pour aiguiser sa férocité, il griffonne de petites mascottes de Tom et Jerry sur les balles et lui recommande de les frapper aussi vite et aussi fort que possible, en visant les lignes.
La fillette de 9 ans écume les compétitions locales sans savoir compter les points — « Je gagne ? » demande-t-elle pendant les matchs. À 10 ans, elle devient championne d'Europe des moins de 12 ans, puis remporte l'Orange Bowl en 1985 en Floride. Repérée par l'entraîneur Nick Bollettieri, elle rejoint en 1986 l'académie de ce dernier à Bradenton et se livre là, pendant deux années, à un entraînement très intensif, croisant parfois le fer avec les jeunes Jim Courier ou Andre Agassi.
1988-1990 : une ascension fulgurante
Monica Seles fait son galop d'essai sur le circuit WTA (Women's Tennis Association) à 14 ans, le 7 mars 1988 à Boca Raton. Au premier tour, elle élimine Helen Kelesi (31e mondiale) et stupéfie les esprits par la puissance de ses frappes et par les grunts (« grognements ») dont elle les accompagne. Campée sur sa ligne de fond, ses accélérations des deux côtés, retours de service et passing-shots foudroyants font en particulier sensation.
1989 marque ses débuts à plein temps dans le grand bain des joueuses professionnelles. Le 30 avril, elle gagne son premier titre à Houston face à la vétérane Chris Evert.
Le monde entier découvre l'adolescente un mois plus tard à Roland-Garros quand elle offre des fleurs au public en pénétrant sur le court. Zina Garrison, au troisième tour, n'apprécie guère le geste, qu'elle juge antisportif. En demi-finale, alors qu'elle n'est pas tête de série, elle accule l'invincible Steffi Graf dans un troisième set qui scelle le préambule d'une des plus grandes rivalités de l'histoire du tennis féminin. À Wimbledon et à l'US Open, la championne est renvoyée à ses études, respectivement par Graf et Evert. Elle accède au top 10 du classement WTA le 11 septembre 1989, à 15 ans et 9 mois.
Seles plaque l'académie Bollettieri en mars 1990, après que son père a reproché à l'entraîneur son supposé manque de dévouement. Le printemps la voit rafler cinq tournois d'affilée, dont ceux de Rome (Martina Navrátilová, expédiée en 50 minutes lors de la finale, dira en conférence de presse avoir été comme « renversée par un camion. ») et de Berlin (Seles mettant fin à une série de 66 victoires consécutives de Steffi Graf).
Le 10 juin, la jeune Yougoslave triomphe à Roland-Garros contre la même Graf. Elle a 16 ans et demi : un exploit à ce jour inégalé sur la terre battue parisienne.
Si les mois suivants sont plus inconstants — quart à Wimbledon, 3e tour à l'US Open —, elle domine Gabriela Sabatini au Masters de novembre, à l'occasion du premier match de l'ère Open jamais tenu par des femmes en cinq manches. Numéro deux mondiale à l'issue de la saison, Seles est désignée « joueuse ayant le plus progressé » par les instances de la WTA.