Une momie est un cadavre qui a été préservé de la destruction et de la putréfaction par des effets naturels ou par des techniques humaines.
Le plus souvent, il s'agit d'une intense dessiccation et d'une désinfection (pour éviter la prolifération des micro-organismes qui provoquent la putréfaction du cadavre).
Le terme momie dérive d'une étymologie complexe expliquée par l'histoire et les emprunts de termes médicaux, techniques et commerciaux. Il a intégré le français, avec sa variante mumie, du latin médiéval mummia, « substance liquide extraite des corps embaumés utilisée comme drogue médicinale », lui-même issu de l’arabe مومياء (mūmyāʾ), « mélange de poix et de bitume, substance dont les anciens Égyptiens se servaient pour embaumer leurs morts », dérivé du persan موم (mūm), « cire, substances balsamiques »)
Selon les textes des sarcophages, les Égyptiens de l'Antiquité qui croyaient que la préservation du cadavre des pharaons (puis des notables et même de certains animaux comme les chats — des animaux momifiés ont été retrouvés par milliers dans les sites sacrés de l'Égypte antique) — lui assurait une vie éternelle dans l'au-delà, utilisaient un ensemble complexe de techniques dont le retrait des viscères et du cerveau, le lavage au natron, le remplissage du corps avec des goudrons, des bitumes et des plantes, la protection externe de la momie étant complétée par un emballage dans un réseau de plusieurs bandelettes.
En réalité, alors que la véritable momification destinée aux privilégiés apparaît à la IVe dynastie avec la fonction d'embaumeurs attitrés, des techniques de préservation des corps (notamment l'inhumation à même le sable chaud qui séchait les corps) existent dès 4500 av. J.-C. tandis que des techniques de momification plus simples se sont répandues à partir du Ier millénaire avant notre ère et concernent toutes les couches de la société. Des momies partielles (mâchoires ou mains momifiées de femmes à Hiérakonpolis) ont même été trouvées dès 3600 avant notre ère.
Il y avait aussi des momies chrétiennes en Égypte antique. L'adoption progressive du christianisme par la population égyptienne n'a pas brutalement mis un terme à la pratique de la momification. C'est à partir de la fin du IIe siècle que l'on rencontre des traces de christianisation, notamment à Alexandrie, puis progressivement dans le reste du pays. La pratique de la momification n'a jamais été interdite par les textes canoniques chrétiens. Le fait que les chrétiens croient à la résurrection des morts s'accorde d'ailleurs parfaitement avec la volonté de préservation des corps. Néanmoins la technique est différente. On ne note aucune trace d'éviscération abdominale, alors que l'extraction des viscères était un geste primordial dans la momification. Le natron était aussi utilisé. Mais les défunts n'étaient pas embaumés de la même manière.
Une étiquette en bois inscrite attachée à la momie, à l'époque romaine, servait à identifier le corps parmi les dizaines entassés lors des inhumations collectives.
La médecine arabe évoque l'usage couramment de la mummia, terme signifiant aussi bien des substances de bitumes naturelles que des matières issues de la dégradation des momies égyptiennes. Au XIIIe siècle, les traducteurs latins se méprennent sur ce mot qu'ils traduisent par Mumia, poudre de momie qui était supposée avoir le don de guérir contre de nombreuses maladies (céphalées, nausée, paralysie, maux de gorge, fractures, tuberculose, etc.), être un bon engrais. Cette poudre devient si prisée (davantage la mummia bianca provenant de cadavres de fillettes mortes vierges, que la mummia nera issue de momies enduites de bitume) que se développe au XVe siècle un commerce de poudres de momies égyptiennes mais aussi des escroqueries, notamment leur substitution par des corps volés sur les gibets. Se développe aussi le baume de momie, la liqueur de momie aux supposées vertus curatrices. Au XVIe siècle, le brun momie est utilisé en alchimie, comme teinture et comme pigment pour les peintures à l'huile. Au XVIIIe siècle, des séances publiques de démaillotement de momies se déroulent dans les cabinets de curiosités. Jusqu'au XIXe siècle, des milliers de momies humaines et animales sont importés d'Égypte pour servir de papier d'emballage, de bois de chauffage, de combustible pour les machines à vapeur ou d'engrais fertilisants. En 1888, les momies de 300 000 chats sont découvertes dans une nécropole égyptienne. Réduites en poudre, 19 tonnes sont expédiées pour servir d'engrais à des agriculteurs d'Angleterre.
Depuis les années 1970, on a retrouvé en Chine plusieurs corps embaumés dans un état de conservation exceptionnel. La souplesse des membres, la conservation de toutes les parties du corps est tellement exceptionnelle, que les chercheurs chinois les appellent des « corps frais », car ils n'ont rien de l'état desséché des momies égyptiennes.
Une momie chinoise fut découverte en 1972 par l'archéologue Paul Fabre et son fils Francois-Maurice Fabre : c'est le corps d'une femme, découvert in situ, dont les membres ont conservé toute leur souplesse.
En 1974, à Mawangdui à 300 km au nord de Jingzhou, une momie est découverte, présentant des caractéristiques de conservation elles aussi exceptionnelles. Son sang a pu être analysé (groupe AB). Le personnage ainsi embaumé se nommait Su-Hi, et était magistrat, mort en 167 av. J.-C..
En 2002, à Lianyungang, sur la côte, une autre momie (d'une femme) semblable a été découverte, dans le même tombeau que trois autres cercueils ne contenant que des ossements. Malheureusement la chaleur ambiante et le peu de connaissance des archéologues de la région dans le domaine ont rapidement abîmé le corps lors de sa découverte. Zhou Yangchen, un spécialiste de Shanghai, possédant plusieurs momies similaires, dont la momie du militaire Yan Fuzheng, dans des chambres froides les a aidés à limiter les dégâts.
Mais le mieux conservé de ces corps est sans conteste celui de Xin Zhui, découvert en 1972 près de la ville de Changsha dans le Hunan et autopsié par Peng Longxiang. Le corps a été conservé pendant 2 150 ans.
L’état de conservation était exceptionnel, comme les autres momies chinoises, elle avait les particularités suivantes :
les membres étaient restés souples ;
tous les viscères étaient restés en place, parfaitement conservés ;
le cerveau lui-même était parfaitement intact, ayant simplement diminué de volume.
Cette femme appartenait à l’aristocratie : elle était l’épouse du marquis de Daï, morte vers 160 av. J.-C. Son poids, 75 kg, comme le mobilier retrouvé dans le tombeau, indiquent qu’elle était bonne vivante, voire gourmande. Elle était enterrée dans un caveau de 6 × 6 m, avec un millier d’objets, dont les deux-tiers devaient servir à banqueter dans la vie éternelle. Il y avait notamment des paniers contenant toutes sortes de victuailles : fruits confits, viandes, œufs de moineaux, cygne, etc. Le service de table le plus complet trouvé dans une tombe fut également retrouvé.