Mokhtar Belmokhtar (arabe : مختار بلمختار), alias Belaouer ou Laouar (« le borgne ») ou encore Khaled Abou al-Abbas, est un djihadiste algérien né le 1er juin 1972 à Ghardaïa, en Algérie et présumé mort le 15 novembre 2016 à al-Qarda al-Shati, près de Sebha, en Libye.
Après un passage en Afghanistan, il combat pendant la Décennie noire dans le sud de l'Algérie au sein du GIA, puis du GSPC. Il est l'un des principaux artisans du ralliement des djihadistes algériens à Al-Qaïda qui aboutit à la formation d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) en 2007.
Belmokhtar est également le premier chef d'AQMI à s'implanter hors d'Algérie dans les pays du Sahara et du Sahel, et principalement au Mali. En décembre 2012, en conflit avec les autres chefs d'AQMI, il crée son propre mouvement : Les Signataires par le sang, dont la principale action est la prise d'otages d'In Amenas, en Algérie, en janvier 2013. En août 2013, son groupe fusionne avec le MUJAO pour former Al-Mourabitoune dont il est désigné émir en juillet 2015. Il rallie finalement de nouveau Al-Qaïda au Maghreb islamique en décembre 2015.
Depuis le 11 novembre 2003, il fait partie de la liste des organisations et personnes considérées par l'ONU comme proches d'Al-Qaïda ou des talibans, liste instituée dans le cadre de la résolution 1267 de 1999 visant à lutter contre le terrorisme.
Mokhtar Belmokhtar naît le 1er juin 1972 à Ghardaïa, au sein d'une famille modeste appartenant à la tribu arabe des Châambas. Il est prénommé Mokhtar en hommage à l'un de ses oncles, guillotiné en 1959 pendant la guerre d'Algérie. Il est le cadet d'une fratrie de huit enfants et se fait remarquer très jeune par son assiduité à la mosquée.
Vers ses 17 ans, marqué par la mort d'Abdallah Azzam, il décide de rejoindre les moudjahidines afghans. Il gagne l'Afghanistan en 1991 et suit une formation dans divers camps. Il rencontre notamment Abou Qatada et Abou Mohammed al-Maqdissi. Il combat ensuite au sein du Hezb-e-Islami Gulbuddin dans les environs de Jalalabad et de Kaboul et est grièvement blessé à l'œil gauche par un éclat d'obus, ce qui lui vaudra le surnom de « Belaouar » ou « Laouar », qui signifie « le borgne ».
Belmokhtar regagne l'Algérie à la fin de 1992 ou au début de 1993, au moment où le pays est plongé dans la guerre civile, et en juin, il rentre dans sa ville natale. Le sud du pays a jusqu'alors été épargné par les combats, mais Belmokhtar fonde un groupe appelé la katiba As-Shahada, ou Brigade du Martyre, affiliée au Groupe islamique armé (GIA).
En 1993, quelques mois après son retour, il attaque une patrouille de police près de Ghardaïa ; 13 agents sont tués et leurs armes récupérées. La katiba se finance également en déguisant ses hommes en gendarmes pour opérer des braquages sur les routes, particulièrement contre les convois des compagnies d'hydrocarbures, dont les cargaisons et les véhicules sont ensuite revendus au marché noir. Avec l'argent, les djihadistes se fournissent en armes et en munitions dans plusieurs pays de la région
Surnommé « Mister Marlboro » par les services algériens, Belmokhtar est régulièrement accusé de trafic de cigarettes ou de drogues. Mais pour le journaliste et chercheur mauritanien Lemine Ould Mohamed Salem, la rumeur de trafic de drogues « soutenue par les journaux algériens et par les services secrets algériens » n'est pas prouvée et semble infondée. Belmokhtar a très probablement pratiqué la contrebande de denrées alimentaires et surtout de carburant, revendu dix fois plus cher hors d'Algérie, cependant il a toujours nié tout lien avec le trafic de drogue et d'après des témoignages de responsables politiques ou de contrebandiers locaux, des trafiquants ont été arrêtés et fouettés par ses hommes et leurs cargaisons brûlées. Lemine Ould Mohamed Salem cite notamment une source militaire malienne, qui affirme que « Dès 1994, Belmokhtar se trouvait en relation des contrebandiers maliens dans la localité de Hassi Rzaka, au nord de la ville de Goundam ». Selon un haut fonctionnaire malien : « Comme tout le monde dans le désert, Belmokhtar a bien fait du trafic, mais pas de drogue, ni de cigarettes ». De même pour Marc Mémier, chercheur à l'Institut français des relations internationales (IFRI), il semble que Mokhtar Belmokhtar « n'est pas le grand trafiquant de drogues décrit par certains. L'homme serait avant tout un « islamiste pur et dur » qui considère ces trafics comme « haram » (interdit par l’islam) ». Pour Guillaume Soto-Mayor, spécialiste de la criminalité organisée au Sahel, il n'existe pas de « narco-djihadisme » au Sahel.
Le 5 mai 1995 à Ghardaïa, les djihadistes assassinent cinq coopérants étrangers de la compagnie algérienne Anabib, deux Français, un Britannique, un Canadien et un Tunisien. À la suite de cet attentat, la katiba As-Shahada est transformée en émirat, et Belmokhtar est nommé émir de la région.
Vers fin 1994 ou début 1995, Belmokhtar entre pour la première fois en contact avec Al-Qaïda, alors basée à Khartoum, au Soudan. Ben Laden s'engage à fournir une aide aux djihadistes algériens, à condition que ces derniers adoptent une ligne plus salafiste et que le GIA cesse ses dérives « takfiri », adoptées par Zouabri et Zitouni. En 1998, Ben Laden envoie un émissaire en Algérie, Abou Mohamed al-Yamani, que Mokhtar Belmokhtar accueille personnellement, et le 18 septembre, à la demande d'al-Yamani, la majorité des brigades djihadistes algériennes quittent le GIA pour fonder le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC).
Au début des années 2000, Belmokhtar s'attelle à obtenir la fusion du GSPC avec Al-Qaïda, notamment via Abou Mohamed al-Yamani. En 2001 ce dernier fait un nouveau voyage en Algérie, au sein des brigades de Belmokhtar, puis d'Abderazak el Para et fait un compte-rendu élogieux des djihadistes algériens. Il se rend à nouveau en Algérie en juillet 2002, rejoint el Para mais il est tué le 12 septembre 2002 près de Batna dans une attaque de l'armée algérienne, alertée par la CIA. Ben Laden soupçonne une trahison et suspend la fusion tandis que Belmokhtar se brouille avec les autres chefs du GSPC. En décembre 2002, celui-ci tombe dans une embuscade de l'armée algérienne près d'In Salah, il parvient à s'échapper mais plusieurs de ses hommes sont tués. Il choisit alors de se réfugier au Mali.
Belmokhtar gagne Lerneb, près de la frontière mauritanienne et noue une alliance avec la tribu arabe des Bérabiches en épousant une fille de l'influente famille des Hamaha de la chefferie des Oulad Idriss. Belmokhtar enrichit sa belle-famille et dispose désormais d'une assise locale, il bénéficie d'une protection de la tribu et trouve les moyens de blanchir son argent. Par la suite, d'autres djihadistes suivent son exemple, notamment Nabil Abou Alqama. Le gouvernement malien, qui ne tient pas à s'attirer l'hostilité des djihadistes, ne réagit pas.
En 2003, les premières prises d'otages d'occidentaux commencent. En février et en mars, 32 touristes, majoritairement Allemands et Autrichiens, sont enlevés par Abderazak el Para, qui pour échapper à l'armée algérienne choisit de se réfugier au Mali. Les otages sont divisés en plusieurs groupes, certains sont délivrés par les militaires algériens, d'autres sont confiés à Mokhtar Belmokhtar. Des négociations sont engagées entre les ravisseurs et deux notables envoyés par le gouvernement malien ; Iyad Ag Ghali et Baba Ould Cheikh. À l'issue des discussions, les otages sont relâchés le 18 août en échange d'une rançon de cinq millions d'euros qui enrichit considérablement les djihadistes et va les pousser à poursuivre ce type d'action.
Le 4 juin 2005, en représailles à une série d'arrestations d'islamistes mauritaniens et en raison de la participation annoncée de l'armée mauritanienne à des manœuvres militaires coordonnées avec l'armée américaine dans le Sahara, Mokhtar Belmokhtar attaque la caserne militaire de Lemgheity, en Mauritanie. 17 soldats mauritaniens sont tués et 35 faits prisonniers, puis relâchés. Le combat de Lemgheity a un certain retentissement du côté des djihadistes. Au nom d'Al-Qaïda, Abou Moussab Al-Zarqaoui, le chef d'Al-Qaïda en Irak, félicite notamment les « moudjahidines maghrébins » pour leur victoire mais surtout celle-ci permet au GSPC de rétablir son rapprochement et Al-Qaïda. En juin 2006, Younous al-Mauritani, jeune mufti très respecté par les djihadistes, se rend en Afghanistan pour transmettre la lettre d'allégeance du GSPC à Al-Qaïda. Elle est acceptée par Ben Laden et le 24 janvier 2007, le GSPC devient officiellement Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).