Ce Jour-là

Mohammed Harbi

Haut fonctionnaire, historien et universitaire franco-algérien

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Mohammed Harbi, né le 16 juin 1933 à El Harrouch près de Skikda (Algérie) et mort le 1er janvier 2026 à Paris, est un ancien haut fonctionnaire algérien, historien et universitaire, spécialiste de la vie politique et de l’histoire de l’Algérie, ancien membre du Front de libération nationale algérien (FLN).

Après le coup d’État de Houari Boumédiène, il est emprisonné de 1965 à 1968, mis en résidence surveillée par le pouvoir algérien en 1971, il s’évade vers la France en 1973. S’appuyant ensuite sur sa connaissance de l’intérieur du mouvement nationaliste, il en explore les ressorts et les arcanes pour dresser l’historiographie du nationalisme algérien.

Né en juin 1933 à El Harrouch dans une famille de notables, Mohamed Harbi fait son cycle d’études primaires dans sa ville natale, puis rejoint le collège Dominique-Luciani de Skikda jusqu’en première, où il découvre les idées marxistes grâce à deux de ses professeurs d’histoire, dont Pierre Souyri. Il est responsable de la section lycéenne du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD, ex-PPA). Il étudie au collège Sainte-Barbe à Paris, dans la filière philosophie où il décroche son baccalauréat en 1952 et entame une licence d’histoire.

Durant la guerre d’Algérie, Mohammed Harbi rejoint la Fédération de France du FLN et cherche à établir des contacts avec la gauche française. Il est notamment le contact entre le FLN et le Parti communiste internationaliste (PCI, trotskiste). En 1955, il devient membre fondateur de l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA), après avoir été secrétaire de la section de Paris de l’Association des étudiants musulmans nord-africains (AEMNA). En 1958, il entretient des contacts en Allemagne fédérale en vue d’organiser des réseaux européens de soutien au FLN. En septembre 1958, il s’éloigne de la Fédération du FLN lorsqu’il apprend la liquidation d’Abane Ramdane. Il exercera d’importantes responsabilités au sein du FLN, notamment comme ambassadeur en Guinée (1960-1961) puis secrétaire général du ministère des Affaires étrangères (de septembre 1961 à septembre 1962).

Il participe aux premières négociations des accords d’Évian.

Il est un collaborateur du vice-président du GPRA, Krim Belkacem.

Conseiller d’Ahmed Ben Bella, dont il soutient les orientations en matière d’autogestion, il dirige la revue Révolution africaine (1963-1964), où il est parmi les seuls à y dénoncer l’usage de la torture. Après le coup d’État de Houari Boumédiène, il participe à la création de l’Organisation de la résistance populaire (ORP) ; il est arrêté le 9 août 1965 puis emprisonné de 1965 à 1968. Il est interné au pénitencier de Lambèse. En 1971, il est mis en résidence surveillée et interdit de séjour dans les grandes villes. Il s’évade et rejoint la France en 1973.

Il est l’un des premiers historiens à décrire le fonctionnement du FLN de l’intérieur dans son livre Aux origines du FLN. Le populisme révolutionnaire en Algérie (1975). Il y dévoile notamment le fossé entre les idéaux de certains de ses membres et les méthodes adoptées par le parti nationaliste :

« Nos idéaux étaient en contradiction avec les moyens qu’imposaient nos dirigeants pour les faire triompher. Libertaire de conviction, […] je me retrouvais dans une organisation où l’autoritarisme plébéien inculquait à chacun que le mal se convertit en bien sitôt qu’il se fait au nom de la révolution. Je souffrais du recours à des pratiques telles que l’égorgement, les mutilations (nez ou oreilles coupées) et du discrédit que les tueries faisaient peser sur nous…. »

Il devient enseignant de sociologie et d’histoire à l’université Paris-VIII (1975-1978), à l’université Paris-Descartes (1976-1980) et à l’université Paris-VII (1985-1989). Il est maître de conférences puis professeur à l’université Paris-VIII et en deviendra professeur émérite. Il ne retourne en Algérie qu’en 1991.

En 1989, lors du premier débat sur le voile à l’école, il publie une tribune dans Le Nouvel Observateur (26 octobre-1er novembre 1989), où il expose une position prohibitionniste : « Prenons garde que céder aux intégristes sur la question de l’école, c’est rendre plus difficile les résistances des filles musulmanes au chantage affectif de leurs parents et au prosélytisme de groupe ».

En mars 2003, dans une tribune parue dans la quotidien Le Monde à l’occasion de la parution du livre de Fatima Besnaci-Lancou Fille de harki, Mohammed Harbi écrit qu’« une gestion condamnable (de la part du FLN) des rapports avec la population paysanne (...) ont permis à l'armée française (...), de recruter et d'armer des groupes en leur sein et, ainsi, de bouleverser les termes du conflit en lui donnant une forme plus violente et l'allure d'une guerre civile » ; puis il précise plus loin « les harkis ne nourrissaient aucun projet politique, ni pour eux-mêmes ni pour les populations dont ils étaient originaires. Ils n'ont d'ailleurs produit aucune idéologie de la collaboration ».

Il porte un regard critique sur les régimes qui se sont succédé en Algérie, ironisant par exemple sur le fait que « normalement, chaque pays possède son armée. Eh bien, en Algérie, c’est l’inverse : c’est l’armée qui dispose du pays ! » ou estimant que « s’il y a un pays où l’on magnifie le peuple tout en le piétinant, c’est bien l’Algérie ». Benjamin Stora dira de lui : « Harbi aura été un pionnier dans la déconstruction de l’idéologie officielle véhiculée en Algérie. ».

Il est membre du comité de parrainage du tribunal Russell sur la Palestine, dont les travaux ont commencé le 4 mars 2009.

Dans un article du quotidien Le Monde de 2002, Djenett Harbi est mentionnée comme son épouse jusqu’en 1977. Ses enfants sont quatre au total, dont l’un est issu d’un premier mariage.

Mohammed Harbi meurt le 1er janvier 2026 à Paris. Il est incinéré au crématorium du cimetière du Père-Lachaise le 13 janvier 2026.

Mohammed Harbi est l’auteur de nombreux ouvrages de référence sur l’histoire de la révolution algérienne.

Aux origines du FLN. Le populisme révolutionnaire en Algérie, 1975.

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