Mohand Fellag, dit Mohamed Fellag (en arabe : محمد فلاق, en kabyle : Muḥend Saɛid Fellag) ou simplement Fellag ou parfois Mohamed Saïd Fellag, est un acteur, humoriste, metteur en scène et écrivain algérien d’expression kabyle, arabe et française né le 31 mars 1950 à Azeffoun en Algérie.
Mohamed Fellag est né à Azeffoun (appelée alors Port-Gueydon) en Kabylie. Né d'une famille modeste — sa mère est femme au foyer, son père technicien en hydraulique et il a trois frères et trois sœurs dont il est l'aîné —, il ne parle que le kabyle jusqu'à ce que la famille s'installe à Alger alors qu'il a huit ans. Il apprend alors l'arabe algérien et le français.
Son père, militant FLN pendant la guerre, est tué dans un accident de voiture en 1965 lors d'une mission (le jeune Fellag a 15 ans).
Il fait des études de théâtre à l'Institut national d'art dramatique et chorégraphique d'Alger, situé à Bordj el Kiffan, de 1968 à 1972. À cet âge, dira Fellag, « c'était faire l'acteur ou le suicide ».
Après avoir terminé ses études, il quitte l'Institut national et fonde sa compagnie avec d’anciens élèves, produisant des spectacles dans plusieurs théâtres d'Algérie. Ils écrivent des textes, partent en tournée, jouent dans les prisons, les usines, etc. N'y tenant plus sous le régime autoritaire de Boumédiène, il émigre au Québec en 1978, puis à Paris en 1982, vivant de petits emplois. En septembre 1985, il retourne en Algérie, « revoir Alger et reprendre ses rêves », et est engagé par le Théâtre national algérien pour interpréter L'Art de la comédie de Eduardo De Filippo. Il travaille en tant que comédien et metteur en scène et commence à écrire ses textes, dont son premier spectacle, Les Aventures de Tchop, en 1986. Il devient une vedette grâce à des performances mêlant berbère, arabe et français. À cette époque d'éphémère libéralisation qui précéda la décennie de guerre civile, il est le premier à oser plaisanter en public du président algérien et de la sécurité militaire. « À tous les niveaux, son numéro rompait avec les usages », raconte l'acteur Mustapha Laribi. Même au Maroc et en Tunisie, partout où la télévision nationale algėrienne — symbole absolu de la langue de bois officielle — est captée, le spectacle provoque un véritable séisme. Fellag se permet tout, rien ne l'arrête. Pour le peuple, il représente bien plus qu'un humoriste, il est adulé comme un véritable héros populaire.
En 1991, Babor Australia est créé en kabyle, puis joué en arabe algérien à Paris. Au théâtre de l'Europe en 1992, il est joué alternativement en kabyle et en arabe algérien. Babor Australia, actualisé en Un bateau pour l'Australie en 2002, est basé sur une rumeur évoquant l'arrivée prochaine à Alger d'un bateau australien supposé emmener des chômeurs pour leur procurer là-bas emploi et logement, rumeur qui provoqua une longue file d'attente devant l'ambassade d'Australie.
Il dirige quelque temps le théâtre de Béjaïa, à l'est d'Alger, en 1992-1993.
En pleine guerre civile algérienne, Fellag part en tournée en 1994 avec Babor Australia, en Algérie puis en Tunisie. À la fin de l'année, il s'établit à Tunis où il crée Delirium. En 1995, il s'exile à Paris. Il y écrit Djurdjurassique Bled, qui est représenté alternativement en kabyle et en arabe algérien. Puis, il l'adapte en français et ce premier spectacle dans la langue de Molière, créé en décembre 1997, lui vaut le prix du Syndicat de la critique 1997-1998, révélation théâtrale de l'année.
S'ensuivent alors de nombreux spectacles, dont le dernier, Bled Runner, produit pour la première fois en 2016 au Théâtre du Rond-Point à Paris et qui fera l'objet d'une longue tournée, est un florilège des scènes les plus marquantes de ses comédies.
Fellag, également acteur dans une vingtaine de films et auteur d'une dizaine de livres, a vécu avec la comédienne Marianne Épin, morte le 9 décembre 2017, qui a mis en scène plusieurs de ses derniers spectacles.
Daniela Morella : « [S]es spectacles […] racontent avec un humour corrosif l'histoire et le présent tragique de l'Algérie ainsi que la vie en émigration, les difficultés quotidiennes, les tabous, les histoires de folie ordinaire, le désarroi individuel et collectif. »
1987 : Les Aventures de Tchop, à Alger
1989 : Cocktail Khorotov, spectacle en dialecte algérien, Petit Théâtre de Riadh-el-Fath, Alger
1991 : Un bateau pour l'Australie (Babor Australia), duquel a été tiré un DVD (2002)
1991 : Sinni, adaptation en kabyle par Mohya des Émigrés (pl) de Sławomir Mrożek au théâtre de Bougie
1995 : Djurdjurassic Park, Théâtre du Gymnase Marie-Bell, Paris
1997 : Djurdjurassique Bled, Théâtre international de langue française, Paris
2001 : Rue des petites daurades, Théâtre international de langue française, Paris