La Mississippi State Sovereignty Commission (en français : Commission pour la souveraineté de l'État du Mississippi) est une agence de l'État dirigée par le gouverneur du Mississippi entre 1956 et 1977 afin de lutter contre le mouvement des droits civiques et pour maintenir la ségrégation. Elle est initialement créée pour coordonner les activités de relations publiques de l'État et présenter les lois sur la ségrégation raciale qui y sont en vigueur sous un jour plus favorable.
Le but de la commission est de « protéger la souveraineté du Mississippi et de ses États frères » contre « l'empiétement du gouvernement fédéral » en matière de droits civiques et de ségrégation.
La commission est composée de douze membres nommés, dont trois membres de la Chambre des représentants et deux sénateurs, chacun nommé par le président de la chambre dont ils sont membres, ainsi que d'autres nommés par le gouverneur à raison de trois par district de Cour suprême.
Le président de la Chambre des représentants de l'État, le procureur général d'État, le lieutenant-gouverneur et le gouverneur en sont également membres ex officio, ce dernier en étant également le président, bien qu'un directeur exécutif soit nommé pour les opérations courantes.
Elle dispose aussi d'une chancellerie pour ses tâches administratives, d'agents à elle et d'un réseau d'espions et d'indicateurs, rémunérés ou non. En plus de tout ceci, cette commission pouvait payer les services d'agences de détectives. Il a été envisagé de lui affecter les services d'avocats pour défendre la ségrégation devant les tribunaux fédéraux mais cette proposition fut refusée.
Son budget annuel initial est de 250 000 US$.
Cette commission a le droit de convoquer des témoins, bien que cette disposition ne semble pas avoir été utilisée.
Pour accomplir sa mission, la Commission utilise diverses méthodes telles que la propagande : production de films tels que Message from Mississippi, tournées de conférences, notamment par le Speakers Bureau, ou bien pamphlets défendant la ségrégation; cet ensemble de document fut surnommé une "Bible." Des visites organisées de journalistes du Nord dans des villages Potemkine furent organisées, afin de "démontrer" que la ségrégation était une réussite que Blancs et Noirs souhaitaient voir maintenir. Les résultats de ces tours étaient mitigés : si certains participants à une tournée de vingt rédacteurs de Nouvelle-Angleterre en 1956 se mirent à dire qu'il n'y aurait jamais d'intégration au Mississippi, d'autres écrivirent que la ségrégation ne durerait pas, et certains journalistes au Mississippi critiquèrent ces programmes comme étant inutilement dispendieux.
L'unité de propagande est initialement dirigée par Hal DeClerk, éditeur du journal Pilot de la ville de Rolling Fork et ancien chargé de la publicité durant la campagne électorale de Coleman. La Commission considère, comme la majeure partie de l'establishment sudiste, le mouvement des droits civiques comme étant sous contrôle communiste, un point qui entre en compte dans leur propagande.
Des indicateurs noirs sont également chargés de la propagande à l'intérieur de leurs communautés ou bien en direction du public nordiste, que ce soit dans leurs journaux, comme dans le cas de Percy Greene ou de J. W. Jones, ou au cours de conférences.
La propagande et les relations publiques occupèrent une place relativement importante: ce n'est qu'en l'année fiscale 1963-1964 que la part du budget consacré à l'investigation dépassa celle pour la communication.
La récolte d'informations était aussi une des méthodes utilisées par la Commission: en plus de ses propres agents entreprenant des investigations, elle disposait d'un "pipeline" composé de divers notables tels que shériffs, députés, ministres du culte, hommes d'affaires ou avocats; l'un des indicateurs les plus notables fut le sénateur James Eastland, qui dressa une liste d'opposants à la ségrégations locaux tels que A. D. Beittel, président du Tougaloo College. Elle réussit également et plus difficilement à infiltrer les milieux noirs, retournant certains leaders trouvant que la jeune génération manquait de modération, ou tout simplement poussés par des besoins d'argent et voulant toucher une prime comprise entre 10 US$ et 500 US$.
Il arrivait que certains réussirent à obtenir des fonds de la Commission pour des prestations non rendues.
Grâce à ces méthodes, la Commission avait récolté des informations sur plus de 87 000 personnes physiques et morales, contenues dans 134 000 pages. Des institutions telles que la NAACP ou bien le Tougaloo College (en) furent également mises sous surveillance.
L’espionnage toucha aussi certaines célébrités telles qu'Elvis Presley et les Rolling Stones.
Les agents de la commission disposaient de moyens matériels réduits pour leurs opérations: si quatre émetteurs-récepteurs radio Motorola pour voitures furent achetés sous Ross Barnett, deux furent revendus à la police d'état en 1963 dans un état neuf, n'ayant jamais servi, et deux autres furent revendus l'année suivante après avoir été placées dans les véhicules personnels de deux agents, qui ne les ont jamais utilisés. Des demandes de mouchards ou même d'appareils photographes faites par l'agent Hopkins restèrent infructueuses. Enfin, les agents ne reçurent pas d'armes et avaient l'interdiction d'avoir leurs armes personnelles dans les bureaux de la Commission. Tout ceci concourut à ce que la majeure partie de la surveillance fut déléguée à des agences privées.
La répression prenait plusieurs formes, telles que l'intimidation, les séquestrations et la manipulation de jurys. Par exemple, Clyde Kennard fut victime d'un coup monté dont la Commission avait été l'auteure ou du moins avait été consciente du fait après coup, qui entraîna son arrestation pour contrebande d'alcool et sa condamnation à sept ans de prison pour vol de nourriture pour volailles. Bien que l'usage de la violence, voire l'homicide volontaire ait été plusieurs fois envisagé et discuté par certains agents, par exemple dans le cas de Clyde Kennard, il n'y a pas de preuve que ces projets aient réellement été mis à exécution.
Elle envoyait également des documents aux forces de l'ordre du Mississippi afin de les aider à combattre le mouvement des droits civiques.