Mireille Balin est une actrice de cinéma française, née le 20 juillet 1909 à Monte-Carlo (Monaco) et morte le 9 novembre 1968 à Clichy.
Une des comédiennes les plus en vue du cinéma français dans les années 1930, elle incarne les aventurières ou les femmes fatales, notamment aux côtés de l'acteur Jean Gabin dans Pépé le Moko et Gueule d'amour et du chanteur Tino Rossi dans Naples au baiser de feu.
Dans la vie, elle a des liaisons avec le boxeur Victor Young Perez, l'homme politique Raymond Patenôtre, ses compagnons à l'écran Jean Gabin et Tino Rossi puis, sous l'Occupation, avec le patron de presse collaborationniste Jean Luchaire[réf. souhaitée] et l'officier allemand attaché à l'ambassade de son pays à Paris, Aloïs (dit « Birl ») Deissböck. Elle est violée en septembre 1944 à Monaco par un groupe de résistants qui seront jugés et condamnés quatre ans plus tard. Elle est ensuite brièvement arrêtée par les autorités françaises qui tentent sans succès de l'inculper. Sa carrière est néanmoins brisée, devenue dépressive et alcoolique, poursuivie par le fisc, Mireille Balin meurt dans l'anonymat et la misère à 59 ans.
Mireille Balin naît le 20 juillet 1909 dans la clinique de Monte-Carlo à Monaco, sous le nom d'état civil de Blanche Mireille Césarine Balin, d'un père sergent, Charles Balin, un temps typographe à la Tribune de Genève (métier qu'il reprendra après son divorce), et d'une mère florentine, Annita Locatelli, blanchisseuse.
Ses parents habitent dans un quartier ouest de Monaco. La famille déménage rapidement à Genève, avant de revenir s'installer dans un quartier populaire du Cap-d'Ail fin août 1914, Charles Balin étant mobilisé.
Tenant à ce que leur fille reçoive une bonne éducation, ses parents l'inscrivent en 1917 à l’école paroissiale de Saint-Honoré-d'Eylau, à Paris, ville où ils viennent eux-mêmes s'installer en 1918. Jusqu'à ses 12 ans, c'est une élève modèle, mais à partir de ses 16 ans, on la voit « sautant et courant comme un garçon ». Elle y manifeste des dispositions pour les langues étrangères : italien, anglais et allemand. Elle suit aussi des cours de piano et d'équitation.
À sa sortie de pension en 1928, ses parents ayant divorcé, Mireille va vivre avec sa mère rue de la Tombe-Issoire dans le 14e arrondissement de Paris et doit rapidement travailler.
La jeune femme travaille un temps comme vendeuse, puis est recrutée en 1929 comme secrétaire par le couturier Jean Patou, mais on l'oriente vers l'activité plus rémunératrice de mannequin de cabine (la présentation des vêtements aux clientes) : « Grande, le teint clair contrastant avec sa chevelure et ses yeux en amande, elle avait véritablement un port de reine ». Elle gardera de ce métier « un goût pour les toilettes somptueuses et les parures étincelantes ». Désormais, sa photo est publiée sur des cartes postales, des affiches de publicité (pour du savon et des machines à écrire), puis dans des revues de mode, ce que découvrent avec stupeur ses parents qui pensaient qu'elle était encore simple secrétaire.
La jeune vedette mène dès lors une vie mondaine : on la voit à La Coupole, au Fouquet's, chez Maxim's aux côtés du jeune boxeur prodige originaire de Tunisie, Victor Young Perez, dit « Mâchoire de Béton », qu'elle a rencontré à la fête donnée en 1931 pour célébrer son titre de champion du monde et avec qui elle entretiendra une relation sentimentale en 1932. En octobre 1933, elle rencontre Raymond Patenôtre, richissime patron de presse, député, sous-secrétaire d'État à l'Économie nationale — et futur ministre —, avec qui elle noue une relation passionnée.
En 1933, Mireille Balin fait ses débuts au cinéma dans la version française du Don Quichotte de Georg Wilhelm Pabst, dont l'attention a été attirée sur elle par le réalisateur Jean de Limur, ami de Raymond Patenôtre : elle y incarne Maria, la nièce du héros campé par la célèbre basse russe Fédor Chaliapine. Bien que pensant cette expérience sans lendemain, elle se rend à Nice pour tenir ce petit rôle, malgré son absence de formation artistique. Mais, le film tourné, elle reçoit de nouvelles propositions : sa carrière cinématographique est lancée, elle fait ses adieux aux maisons de couture.
La même année, Claude Moulins lui propose le rôle de Lilette de Charzay, fille de châtelain, dans Vive la compagnie, film où elle est aux côtés de Noël-Noël, Raymond Cordy et Paulette Dubost et qui obtient un beau succès. Puis elle s'impose dans Le Sexe faible de Robert Siodmak, où elle joue le rôle de Nicole, une vendeuse de prêt-à-porter, aux côtés de Pierre Brasseur, Victor Boucher, Betty Stockfeld et Marguerite Moreno. Elle tient un petit rôle dans Adieu les beaux jours d'André Beucler, auprès des vedettes que sont Brigitte Helm et Jean Gabin.
En 1934, elle emménage au 47, rue Spontini, dans le 16e arrondissement de Paris. Elle joue dans Si j'étais le patron, film de Richard Pottier, sur un scénario de Jacques Prévert, avec Max Dearly et Fernand Gravey. Le film remporte un grand succès.
La même année, dans On a trouvé une femme nue, de Léo Joannon, elle est Denise, demoiselle enterrant sa vie de jeune fille et qui, abandonnée nue dans la rue, se réfugie malencontreusement chez son futur mari, qu'elle ne connaît pas encore. Elle doit se déshabiller devant la caméra et refuse d'être doublée, ce que n'aurait pas supporté Raymond Patenôtre : « Le cinéma ou moi ! », lui aurait-il lancé. Mais si la rupture est consommée en 1936 avec l'homme politique, c'est surtout parce que l'actrice est consciente d'être surtout décorative dans sa vie : « Je ressemblais à une vitrine de bijoutier. C’était atroce. »
Début 1935, elle est la pieuse Marie Ortès, l'héroïne de Marie des Angoisses, mélodrame religieux de Michel Bernheim, avec Pierre Dux et Françoise Rosay. Le film s'inspire de la fin d'un roman de Marcel Prévost de 1932, Marie-des-Angoisses, qui décrit les rapports entre des amis, français et espagnols, sur un demi-siècle. Il semblerait que Mireille Balin a enregistré les chansons du film (Polydor, 1935), d'après l'article de Doringe, qui en est la seule mention.
En 1936, elle est Cora, la veuve d’un riche marchand, dans Le Roman d'un spahi du même cinéaste, d'après le roman de Pierre Loti publié en 1881. Par ce film, elle « accède soudain au rôle de femme fatale », qu'elle « investit d'une assurance stupéfiante. »
« La femme fatale du cinéma de l'entre-deux-guerres »
En 1936, Julien Duvivier lui confie le rôle de l’aventurière Gaby Gould dans Pépé le Moko ; elle y retrouve Jean Gabin. Le film est une grande réussite et consacre l'actrice comme vedette : « Jusqu'ici on regrettait que cette charmante jeune femme eût un registre dramatique si peu varié. Dans Pépé le Moko, elle est tout à fait remarquable », écrit Marcel Achard.
Jean Grémillon la choisit alors pour tenir le rôle de Madeleine Courtois, femme fatale entretenue, face à Jean Gabin, dans Gueule d'amour, film au scénario de Charles Spaak d'après le roman éponyme d’André Beucler. Jean Gabin y joue le rôle d'un séducteur qui est détruit par sa passion pour une aventurière. Le film, sorti en 1937, est un énorme succès. La liaison de la comédienne avec Jean Gabin, entamée lors du film précédent, prend fin peu de temps après le tournage.