Mileva Marić-Einstein ou Mileva Marić (en cyrillique serbe : Милева Марић), née le 19 décembre 1875 à Titel, Serbie et morte le 4 août 1948 à Zurich, est une physicienne d'origine serbe. Elle fut la camarade d’études d’Albert Einstein, puis sa première épouse. Depuis les années 1980, il existe un débat concernant sa participation à la plupart des travaux scientifiques de son mari.
Mileva Marić naît le 19 décembre 1875 à Titel en Voïvodine, province hongroise de l'Autriche-Hongrie de l'époque, actuellement la Serbie. Elle est l'aînée de trois enfants. Ses parents sont des propriétaires terriens serbes assez aisés — et non des paysans comme indiqué dans certaines biographies, de religion orthodoxe. Peu après la naissance de Mileva, son père quitte son poste dans l’armée pour travailler au tribunal de Ruma puis d'Agram (le nom austro-hongrois de Zagreb, aujourd'hui en Croatie).
Elle intègre le lycée pour filles à Novi Sad en 1886, où elle étudie deux ans. En 1888, elle change de lycée pour celui de Mitrovica près de Ruma, une école équipée de laboratoires de chimie et de physique. C'est dans cette école que l'intérêt de Mileva Marić pour la physique et les mathématiques peut s'exprimer pleinement.
Elle termine l’école en 1890 avec d’excellentes notes en mathématiques et physique. Ensuite, elle intègre l’école royale d'Agram où elle a le droit de suivre les cours de physique qui, à l’époque, étaient réservés aux garçons.
Durant l'été 1896, Mileva Marić quitte son pays et poursuit des études de médecine à l’Université de Zurich. Dès l'hiver de la même année, elle commence des études de mathématiques et de physique à l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), une des premières écoles germanophones à accorder des diplômes aux femmes. Elle est la seule femme dans sa classe, et seulement la cinquième dans toute l'histoire de l’EPFZ. Pendant les travaux pratiques de physique, Mileva Marić rencontre Albert Einstein.
Elle quitte l'EPFZ pour étudier à Heidelberg (Allemagne) en 1897. Ses sujets d'études sont alors la théorie des nombres, la mécanique analytique, les calculs différentiel et intégral, les fonctions elliptiques, la théorie de la chaleur et l'électrodynamique. Elle suit notamment les cours du physicien Philipp Lenard, qui s’intéresse aux particules qui constituent les rayons cathodiques et fabriquait des tubes permettant de les étudier.
Elle revient à Zurich au bout de six mois, à la demande d’Albert, où elle commence une collaboration intense et productive avec lui, Marcel Grossmann et Michele Besso. La théorie de la relativité commence à prendre forme.
En 1900, malgré ses bonnes notes durant l'année (une moyenne de 4,00/5), Mileva échoue à l'examen final.
L'année suivante, alors qu'elle est enceinte de trois mois, Albert refuse de reconnaître l'enfant. Elle échoue à l’examen une seconde fois, bloquée par le professeur Heinrich Friedrich Weber, qui lui reproche sa liaison avec Albert. Elle abandonne ses études et retourne en Serbie.
Sa fille Lieserl nait en Serbie en janvier 1902, qui aurait été adoptée ou serait décédée très jeune (faits non établis clairement), selon Estelle Asmodelle (en). La suite de cette naissance est le mariage avec Albert Einstein le 6 janvier 1903. Les parents d'Einstein, qui ont toujours manifesté du mépris envers Mileva, n'acceptent pas cette union. Le mariage a lieu à Berne, en présence de deux témoins.
Leur second enfant, Hans Albert, naît le 14 mai 1904.
Après 1905, « l’année miraculeuse d’Einstein », elle se consacrera surtout à son rôle d’épouse et de mère, délaissera en partie la science, ne contribuant qu’à aider Albert dans plusieurs de ses entreprises. Elle travailla cependant à relire les articles d'Albert.
Le troisième enfant du couple, Eduard Tete, naît le 28 juillet 1910. Il sera le dernier de la famille.
Mileva et Albert se séparent entre 1913 et 1914. Elle reste à Zurich avec leurs deux enfants ; Albert reçoit un nouveau poste de recherche à Berlin. Leur divorce est prononcé en 1919 et ils décident que l’argent d’un éventuel prix Nobel lui sera attribué.
Après le divorce, Mileva organisa essentiellement sa vie autour d’Eduard, qui multipliait les maladies, tout en continuant à donner des cours de piano et de mathématiques. Elle-même était de santé fragile. Aux dires de tous, c’était une femme discrète et silencieuse. Elle ne revendiqua qu’une fois avoir pris part aux découvertes d’Einstein, en 1925, peut-être avec l’intention d’écrire des mémoires qui lui auraient rapporté quelques droits d’auteur, ou bien pour justifier la remise de l’argent du prix Nobel. Elle se vit rétorquer dans une lettre d’Albert : « T’est-il jamais venu à l’esprit, ne serait-ce qu’une seconde, que personne ne prêterait la moindre attention à tes salades… Quand une personne est quelqu’un de complètement insignifiant, il n’y a rien d’autre à dire à cette personne que de rester modeste et de se taire. C’est ce que je te conseille de faire ».
Mises à part quelques disputes dues à des questions financières et aux perpétuels retards de paiement d’Albert, les relations entre les deux époux s’apaisèrent après leur divorce. Libéré d’un mariage dont il ne voulait plus, Albert passa progressivement de l’animosité à la tolérance, et même à l’amitié. Au cours des années suivantes, il rendit plusieurs fois visite à ses enfants à Zurich, séjournant même chez Mileva, au grand dam de la bien-pensance zurichoise. Toute à sa joie, Mileva ne se préoccupait pas des « on-dit ». Quant à Albert, il était visiblement parfaitement heureux de la situation. Il n’était décidément pas fait pour le mariage.
Le prix Nobel de physique sera attribué à Albert en 1921, la totalité de ce prix étant utilisée pour traiter la schizophrénie de leur fils Eduard Tete.
Mileva a continué à se battre pour sa survie financière tout le reste de sa vie. Sa mère mourut en 1935. N’ayant pu se rendre à ses obsèques, elle écrivit à son parrain qui l’avait informée : « Je suis comme un chien au bout d’une laisse. Tete est malade depuis deux ans et demi à présent. […] Je ne peux pas le laisser seul et du fait de cette crise effroyable, nos moyens financiers ont décliné à tel point que je n’ai plus les moyens de le placer dans un sanatorium. Sinon il y a bien longtemps que je serais venue ».