Moshe Brand, dit Mike Brant (en hébreu : מייק בראנט), né le 1er février 1947 à Nicosie (Colonie britannique de Chypre) et mort le 25 avril 1975 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), est un chanteur et compositeur israélien.
C'est en France qu'il rencontre le succès, au début des années 1970, avant sa mort prématurée à l'âge de 28 ans. Ses chansons les plus connues sont Laisse-moi t'aimer (1970), C'est ma prière (1972), Qui saura (1972), Rien qu'une larme (1973), C'est comme ça que je t'aime (1974) et Dis-lui (1975). Au début de sa carrière dans l'Hexagone, Mike Brant ne parle, ni ne comprend le français et interprète par conséquent ses chansons phonétiquement sans en comprendre les paroles. Il apprendra la langue par la suite. En cinq années de carrière, Mike Brant vend environ 15 millions de disques.
Mike Brant est le fils de Fishel Ephraïm Brand (1903-1968), juif polonais de Biłgoraj, professeur de danse de salon devenu maquisard auprès de l'armée russe pour combattre le nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale, et de Bronia Braha Rosenberg (1923-1983), juive également polonaise, originaire de Łódź et survivante du camp d'extermination d'Auschwitz, qui a vu son père se faire tuer et sa mère mourir de faim sous ses yeux. Fishel rencontre Braunice à la sortie de la guerre, à Pocking en Bavière, dans un camp de réfugiés ou sur le navire qui devait les conduire en septembre 1947 en Palestine sous contrôle britannique, qui allait devenir le 14 mai 1948 l'Etat d'Israël . Il est son aîné de vingt ans et prendra soin de cette jeune rescapée qui a perdu toute sa famille dans la Shoah. Tous deux parlent yiddish et essaient d'émigrer en Palestine sous mandat britannique mais à cause de quotas stricts décidés par les Britanniques à l'encontre de l'immigration juive à cette époque, leur navire de l'Aliyah Bet est détourné en mer par les Britanniques vers l'un des camps d'internement pour réfugiés juifs installé à Famagouste sur l'île de Chypre où ils sont obligés de vivre dans des conditions difficiles et entourés de barbelés. C'est dans ce camp que le couple scelle son union et que naît dans la nuit du 1er au 2 février 1947 Moshé Brand qui va devenir plus tard Mike Brant.
La famille Brand parvient finalement à débarquer à Haïfa, ville située au nord du pays, en Galilée, fin septembre 1947 et y vit de l'agriculture en habitant au 9 rue du kibboutz Galuyot (« Rassemblement des exilés (en) ») dans la ville basse puis s’installe définitivement d'abord au 10 rue Sarah, dans le quartier Wadi Nissans puis déménage au 8 rue Partizanim, dans le quartier Kiryat Eliezer (he) fondé en 1951, où le frère de Mike, Zvi, naît trois ans après lui, le 7 janvier 1950. Fishel Brand trouve un travail à la municipalité et son épouse s'occupe du foyer : la famille est très modeste.
Moshé parle bien plus tardivement que les autres enfants ; il reste muet de longues années mais se rattrape plus tard avec une passion telle pour le dessin et le chant qu'il affirme très tôt à son entourage : « Plus tard, je serai vedette… ou clochard ! ». À l'âge de 10 ans, alors que sa mère est hospitalisée pour dépression, il apprend par hasard son passé à Auschwitz, les épreuves qu'elle a traversées et qu'elle lui a cachées.
À 11 ans, il est le seul garçon dans la chorale de son école et fait partie d'un mouvement scout. D'un tempérament angoissé, sa scolarité est erratique et à l'âge de 12 ou 13 ans, Moshé déménage au kibboutz Gesher (he), situé dans la vallée du Jourdain, à 15 km au sud de Tibériade. Après environ une année à vivre proche de la nature, il retourne à l'appartement de ses parents et travaille dans plusieurs emplois temporaires comme vendeur de glaces, employé chez un garagiste ou gardien au musée national maritime israélien (he) à Haïfa. À 15 ans, l'opération qu'il subit à l'estomac pour un ulcère l'empêchera d'effectuer son service militaire de trois ans. L'année suivante, à 16 ans, il tombe amoureux d'une voisine plus âgée que lui, Sarah Itskovitchi, relation qu'il justifiera dans une interview plus tard en disant : « L'amour n'est pas un calendrier ».
Fort d'un succès local, il est invité à chanter dans les fêtes et les Bar mitsva. À seize ans, il est choisi pour animer le réveillon de la Saint-Sylvestre 1963-64 dans un grand hôtel de Haïfa, et, à dix-sept ans, il rejoint le groupe de son frère cadet Zvi, joueur d'accordéon, « The Chocolates », en tant que chanteur principal. Le jeune groupe se produit dans des soirées, des clubs, des cafés ou des hôtels de Haïfa comme celui de l'hôtel Dan Carmel de la ville, et au Hilton Tel-Aviv, en reprenant les succès de la musique pop rock que Moshé chante phonétiquement. Un patron de night-club conseille de mettre le jeune homme, qui semble séduire la clientèle, en avant et le groupe s'intitule désormais « Michaël Sela et les Chocolates » qui offre 150 chansons par soirée. Moshé devient peu après un artiste reconnu dans les grands hôtels israéliens, à la tête de son groupe « The Skymasters ». Il interprète pour la clientèle internationale des hits américains de ses chanteurs préférés : Tom Jones, Elvis Presley, Frank Sinatra, Aretha Franklin, les Platters ; il est amateur de jazz et sa voix de crooner le sert. Il commence avant tout avec des reprises des succès du Festival de Sanremo. Dès 1965, il se fait appeler Mike, ce qui sonne plus américain.
Son père meurt d'une crise cardiaque en 1968 ; Mike qui n'a que vingt-et-un ans en est très affecté, d'autant plus qu'étant en tournée, il arrive trop tard à son chevet. Désormais, il commencera chacune de ses prestations en interprétant la chanson préférée de son père, en son honneur "when the rabbi dances"[réf. souhaitée]. La même année, il entre comme chanteur dans la célèbre troupe de chanteurs et danseurs israéliens du grand Music-Hall d'Israël, Lakat Karmon, dirigée par le chorégraphe Jonathan Karmon (he) qui a découvert la voix et le charisme du jeune Mike dont il perçoit le potentiel, et pendant un à deux ans, il fait connaître en Afrique du Sud et aux États-Unis des airs du folklore israélien.
Après cette tournée, il retourne travailler au club de l'hôtel Hilton de Tel Aviv où il entame une liaison avec la musicienne Michal Tal. Il y est remarqué et embauché, par l'intermédiaire de Noam Semel, en hiver 1968 par le propriétaire du Baccara, le night-club réputé de l'hôtel Hilton à Téhéran en Iran où il enchaîne tous les soirs plusieurs dizaines de chansons. Le 17 mai 1969, sa voix, son sourire et son charme interpellent la chanteuse Sylvie Vartan et son secrétaire d'alors, le futur chanteur Carlos, tous deux de passage lors d'une tournée, qui l'invitent à leur table puis en France où ils lui assurent qu'il aura un bel avenir, bien qu'il ne parle pas le français et seulement un peu l'anglais.
Deux mois plus tard, le jeune Israélien de 22 ans arrive à Paris et s'installe dans une chambre d'hôtel au Quartier latin. Il possède peu d'économies et téléphone quotidiennement à Carlos et Sylvie sans que personne lui réponde, jusqu'au jour où, à court d'argent, il se voit obligé de reprendre un avion pour quitter la France. Lors d'une dernière tentative depuis l'aéroport d'Orly, Carlos décroche enfin son téléphone et explique qu'il est de retour d'une tournée d'été avec Sylvie.
La carrière de Moshé Brand va commencer à se dessiner. Il se produit au club Bistingo grâce à Carlos, qui l'héberge chez lui à Saint-Germain-des-Prés et lui fait rencontrer Eddie Barclay et d'autres professionnels du show-biz, dont l’un des compositeurs de Sylvie Vartan et Johnny Hallyday, Jean Renard, qui est impressionné après que Mike lui a interprété le standard de jazz Summertime de George Gershwin, lors du premier rendez-vous chez Jean-Claude Vannier :« En plus de son allure, de sa beauté, ce qui ressortait, à travers son sourire clair, c'était un magnétisme de star. Et puis, il avait une telle aisance de voix et, surtout, une telle vibration qu'il m'a fallu quelques secondes pour me remettre du choc éprouvé ».Jean Renard lui propose aussitôt Laisse-moi t'aimer et devient son producteur, agent, costumier et confident. Il rassemble une équipe de professionnels pour assurer le lancement de son poulain : Catherine Angelloz aux relations publiques ainsi que toute l'équipe de promotion de CBS Disques et en particulier Robert Toutan pour la promotion télévision, le guitariste et arrangeur Slim Pezin pour chef d'orchestre et Inno Saada comme accompagnateur de gala.