Ce Jour-là

Miguel Abensour

Philosophe français, spécialiste de philosophie politique

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Miguel Abensour, né le 13 février 1939 à Paris et mort dans la même ville le 22 avril 2017, est un politologue et philosophe français.

D'abord professeur de science politique à Dijon puis à l'université de Reims, il enseigne ensuite à l'université Paris VII-Denis-Diderot dont il devient professeur émérite. En parallèle, il collabore à des revues de sciences sociales, il dirige la collection éditoriale « Critique de la politique » et il préside le Collège international de philosophie.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, Abensour œuvre au retour de la philosophie politique en France en suivant plusieurs axes : réfléchir l'auto-émancipation des dominés, penser la politique contre la sociologie politique, prolonger les intuitions de la première « Théorie critique ».

Concrètement, outre la publication de textes critiques de la politique dans sa collection éditoriale, il étudie des écrits et analyse des faits politiques. Des écrits : attentif aux controverses sur le legs, le déroulement et l'historiographie de la Révolution française, il interroge les contradictions des révolutionnaires et il commente leurs textes ; accompagnant la redécouverte de Karl Marx, notamment ses écrits de jeunesse, il entend démarquer la pensée de Marx de la pensée marxiste. Des faits : après l'advenu du Troisième Reich et la Shoah, après le fascisme italien et face à l'URSS stalinienne et la Chine maoïste, il questionne la nature de ces systèmes totalitaires où la domination se répand et où la politique disparaît ; d'autre part, quand nombre de chefs d'État ou de gouvernement se réclament de la démocratie libérale, il conserve et creuse la distinction entre le gouvernement représentatif et la démocratie, dont il examine les formes au cours de l'histoire.

Dans la même perspective critique, il étudie les écrits des penseurs de l'utopie (comme Thomas More, Pierre Leroux ou Emmanuel Levinas). Contestant les filiations qui font de l'utopie la matrice des totalitarismes du XXe siècle, il explore les utopies (politiques, littéraires, philosophiques, ainsi que les expériences concrètes) et découvre un « nouvel esprit utopique ». Plus encore, concevant l'être humain comme un être « an-archique » (c'est-à-dire sans fondement ni commandement), il avance que tout être humain est par essence un « animal utopique ».

L'influence de l'œuvre de Miguel Abensour se déploie sur différents plans. D'abord sur le plan éditorial : inaugurée en 1974, sa collection « Critique de la politique » continue de diffuser des textes de l'École de Francfort et poursuit son exploration du politique contre l'étatique. Ensuite sur le plan utopique : ses travaux qui réévaluent positivement la place de l'utopie dans l'histoire de la modernité offrent de nouvelles perspectives de recherches. Enfin sur le plan démocratique : sa conception d'une « démocratie insurgeante » (située dans le spectre de la démocratie radicale) suscite autant l'intérêt que des critiques.

Miguel Abensour est né le 13 février 1939 à Paris de parents venus d'Algérie française quelques mois avant le début de la Seconde Guerre mondiale.

Sous l'Occupation, Abensour doit vivre caché car son père est juif. Ainsi, ses parents et lui-même quittent Paris et s'installent dans un village des Basses-Pyrénées. Après la Seconde Guerre mondiale, son père travaille comme interprète d'allemand au procès de Nuremberg ; dans les dossiers de ce dernier, il découvre des photographies de déportés et des camps de concentration nazis .

En 1957 durant la Guerre d'Algérie, Abensour passe une partie de l'été à Oran d'où il revient choqué par les tensions qui minent les communautés. À son retour, alors que son père souhaite qu'il devienne avocat, il suit des études de philosophie politique.

Miguel Abensour commence sa carrière universitaire comme professeur assistant en science politique à l'université de Dijon en 1962, mais dès 1964 il quitte ce poste pour travailler au CNRS.

En 1973, Abensour est reçu 1er au premier concours de l'agrégation de science politique. La même année, il obtient un doctorat en science politique après la soutenance d'une thèse d'État intitulée Les formes de l'utopie socialiste-communiste : Essai sur le communisme critique et l'utopie, dirigée par Charles Eisenmann puis par Gilles Deleuze (Georges Lavau figure dans le jury).

Au début des années 1980, Abensour est nommé à l'université de Reims où il est chargé de diriger le DEA de philosophie politique ; sur place, il crée une revue et le Centre de philosophie politique, où Claude Lefort et Pierre Clastres donnent des conférences. En 1983, Abensour commence à tenir des séminaires de philosophie au Collège international de philosophie, dont il devient le président de 1985 à 1987.

Enfin, en 1990 Abensour est nommé professeur de science politique l'université Paris-VII-Denis-Diderot où il enseigne jusqu'au terme de sa carrière, et dont il est professeur émérite. Au sein de cette université, il est membre du Centre de Sociologie des Pratiques et des Représentations Politiques (CSPRP).

Comme professeur, Abensour dirige les thèses de doctorat de penseurs et de philosophes qui participent au renouvellement de la question politique en France dans les années 1980-1990 : Jean-Michel Besnier, Luc Ferry, Philippe Raynaud et Étienne Tassin. Il prend sa retraite en 2003.

En parallèle de ses activités universitaires Miguel Abensour collabore à de nombreuses revues, dont certaines contribuent au retour de la philosophie politique en France au tournant des années 1980.

D'abord compagnon de route de la revue Utopie fondée par Hubert Tonka en 1967, au début des années 1970 Abensour collabore à la revue Textures créée par Marc Richir ; en 1977, avec Cornelius Castoriadis, Pierre Clastres, Marcel Gauchet, Claude Lefort et Maurice Luciani, il co-fonde la revue Libre (dont le sous-titre est « Politique - Anthropologie - Philosophie »). De 1982 à 1984, il collabore à la revue créée par Claude Lefort, Passé-Présent ; en 1983, il lance les Cahiers de philosophie politique quand il enseigne à l'université de Reims ; et en 1992, au sein du CSPRP de Paris-VII, il prend part à la création de la revue Tumultes dirigée par Sonia Dayan-Herzbrun.

Enfin, juste avant son décès en 2017, Abensour co-fonde avec Michèle Cohen-Halimi, Katia Genel, Anne Kupiec, Gilles Moutot et Géraldine Muhlmann la revue Prismes (dont le premier volume paraît en 2018).

À la tête d'une collection éditoriale

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